samedi, 17 août 2013 16:35

Interview de Dr Bachir Sabo, président du Conseil de Ville de Zinder : «Nous avons mis en place un comité de sensibilisation pour apporter une réplique vigoureuse à l’incivisme fiscal chronique qui affecte nos recettes»

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Dans cette interview qu’il a accordée à  notre correspondant régional à Zinder, le président du Conseil de ville de Zinder dresse le bilan des deux années et demie d’actions à la tête de la deuxième ville du Niger. Ce bilan fait ressortir de grandes réalisations enregistrées au profit des populations, en dépit de certaines difficultés rencontrées, dont l’incivisme fiscal. Le maire central affirme avoir injecté, sur fonds propres de la mairie, et avec l’appui des partenaires au développement, un (1) milliard 300 millions de FCFA dans les secteurs sociaux de base.

Monsieur le président du Conseil de ville de Zinder, après plus de deux ans à la tête de la ville de Zinder, quel bilan ferez-vous face à ceux qui vous ont élu ?

Merci. Mais permettez–moi d’abord de vous présenter brièvement la carte postale de la ville de Zinder. La ville de Zinder, qui  compte une population de 326.000 habitants au dernier recensement général de la population de 2012, est composée à 65 pour cent de jeunes. Elle est distante de 1000 km de Niamey, la capitale, et  couvre une superficie de 560 km2. La ville compte cinq arrondissements communaux et 78 conseillers municipaux. Elle dispose de trois grandes zones géographiques qui sont Birni, Zango, Garin Mallam et Kara-Kara. En outre, quatre-vingt-deux villages sont rattachés à la ville.

Quand nous avions pris fonctions, les caisses de la collectivité étaient vides. Les dettes contractées par la ville auprès de ses différents fournisseurs se chiffraient à plus de 100 millions de FCFA. C’est également un grand vide concernant le matériel de voirie: il  n’y avait aucun camion, et aucun dispositif  concourant à rendre la ville propre. Aussi, l’incivisme fiscal a atteint son point culminant. Devant une situation chaotique, tout était à refaire,  à reconstruire, somme toute.

Cette situation n’a pas été favorable pour nous. Elle ne nous a pas permis de travailler, de faire des investissements aussitôt après notre prise de service et d’honorer les engagements salariaux d’un personnel pléthorique. Les dépenses étaient plus importantes que les recettes, ce qui du reste compliquait la situation de fonctionnement  des différentes entités placées sous la tutelle de la ville et  des services classiques. Au cours des six premiers mois, nous nous sommes attelés à faire un diagnostic social, économique et culturel de la ville. C’est ainsi que nous avions procédé  à la réorganisation des services dans l’optique d’assurer leur  fonctionnement  à plein temps.

Au regard des urgences à régler, nous avions consacré l’année 2012 à la sensibilisation, à la planification et à la recherche des débouchés de financement. C’est pourquoi nous nous sommes investis à renforcer la coopération avec les partenaires au développement traditionnels et à scruter d’autres horizons susceptibles d’apporter des changements qualitatifs dans la vie quotidienne des populations.

Par la Grâce de Dieu, le Tout Puissant, le Miséricordieux, nous avons bénéficié d’une assistance de certains partenaires au développement. Nous avons utilisé l’année 2012 à  trouver des solutions à certains problèmes sociaux face à  des mécontentements des populations par rapport au contentieux dans le recrutement opéré par la SORAZ, au phénomène des Palais (la jeunesse en crise), la résorption de la pénurie d’eau, l’emploi des jeunes, pour ne citer que ceux-là.

Ces urgences  et ces difficultés  ont relégué  au second plan les actions de développement, car il fallait résoudre ces impératifs. Toutes les démarches entreprises   ont permis de trouver des palliatifs à ces maux et de stopper les soubresauts. Pour vous dire que c’est véritablement en 2013 que nous avons commencé à entreprendre des investissements, notamment au cours des six premiers mois de l’année en cours. Nous avons réussi à mettre en place un Plan Urbain de Référence et un plan  de développement qui a débuté en 2012 et a été finalisé en  2013.

Peut-on connaître le répertoire des réalisations enregistrées durant l’année 2013 ?

Nous avons construit un dalot sur la route Jacques Chirac pour permettre aux populations et leurs biens de circuler aisément. En dépit du ralentissement des activités, nous avons investi plus de 9 millions de FCFA. Nous avons mis en place un caniveau de 410 m dans le 5ème arrondissement construit 50 puits maraîchers avec l’appui de CADEV-CARITAS, et installé un Collège à Baban Tapki, entièrement financé par le département du Val- De-Marne, pour plus de 400 millions de FCFA.

Dans le 1er arrondissement, en plus du dalot, nous avons construit une piste de 1600 m avec bordure et un caniveau de 295 m. Au niveau du 2ème arrondissement communal, nous avons construit une route longue de 990 m pour désenclaver le quartier Kara-Kara, et une route pavée longue de 170 m avec une largeur de 9 m. S’agissant du 3è arrondissement, la ville a construit une route de 1200 m, plus un dalot en béton armé long de 15 m.

A cela, s’ajoute une route en béton armé  de 150 m afin de favoriser l’évacuation des eaux pluviales à  partir de la mare Dankaro et la circulation  des personnes et leurs biens. Dans le 4ème arrondissement communal, une route de 2000 m est en chantier. Sur neuf gros ouvrages réalisés au cours du premier semestre 2013, sept ont été financés sur fonds propres à plus de 200 millions de FCFA, malgré l’incivisme fiscal, et les deux autres grâce à l’appui des partenaires au développement pour une somme de 800 millions de FCFA.

Les feux optiques  endommagés lors des manifestations de rue ont été repris et de nouvelles installations de ces infrastructures ont été effectuées dans d’autres quartiers pour un coût de 70 millions de FCFA. Des travaux de réhabilitation des voies bitumées dégradées suite à la colère des manifestants ont également vu le jour.  En 2012, les prévisions budgétaires sur les taxes municipales et axes de voirie étaient de 370 millions de FCFA. A peine 3 millions de FCFA ont été recouvrés. Les investissements se poursuivent au rythme de nos ressources. C’est ainsi que les six derniers mois de l’année 2013 seront consacrés à la construction, dans le 3ème arrondissement, d’une route bitumée dont le financement sera assuré par la CAFER  pour un coût de 250 millions de FCFA, la construction d’un caniveau de 300 m dans le 4ème arrondissement et l’installation des lampadaires solaires.

La ville s’est dotée d’un Plan quinquennal autour duquel s’articule un plan annuel d’investissement. Toutes ces réalisations ont été menées avec la participation de la population et des conseillers municipaux. Nous avons comme ambition de construire Zinder NYALA avec  les moyens dont nous disposons et avec le concours des partenaires au développement. Au cours du second semestre, nous avons prévu la reconstruction de cinq écoles et la clôture de trois autres. Nous avions envisagé la création d’une Police municipale composée de 70 agents. Elle sera opérationnelle à partir de janvier 2014 s’il plait à Dieu.

Nous avons constitué un dossier  de crédit au niveau d’une banque pour permettre à la ville de se doter du matériel de voirie adapté. Ce qui  peut paraître  extraordinaire aux yeux des observateurs, c’est que la ville de Zinder n’a pas connu d’enlèvement des ordures depuis une vingtaine d’années. Nous venons de mettre sur pied un programme d’urgence d’enlèvement pour donner un cachet particulier à la physionomie de la ville. Nous avons mené plusieurs campagnes de démoustication afin d’épargner aux populations  une épidémie de paludisme, et cela  avec  uniquement les ressources de la collectivité.

Est-ce qu’il est envisagé de mettre en place une stratégie pour faire face à l’incivisme fiscal ?

Nous avons mis en place un comité de sensibilisation pour  apporter une réplique vigoureuse à l’incivisme fiscal chronique qui affecte nos recettes. Pour cela, la société civile et les conseillers municipaux, ainsi que les partis politiques,  seront mis à contribution.

Pour juguler ce fléau, nous n’entendons pas utiliser les moyens de coercition, c’est-à-dire impliquer la force publique pour réaliser le recouvrement.

Nous préférons privilégier la sensibilisation accrue des populations  à comprendre l’intérêt de s’acquitter de leur  devoir civique en payant leurs impôts. Car, c’est à  partir de ces impôts qu’on  effectue  les actions de développement.  Nous avons bon espoir d’accéder à un avenir prometteur; il suffit de s’armer de courage et de patience.

Certains conseillers municipaux entretiennent des relations conflictuelles avec vous. Quelle explication pouvez-vous donner à cet état de fait ?

C’est l’ignorance qui caractérise l’état d’esprit de certains conseillers. Le Code général des collectivités territoriales a défini les tâches dévolues au maire et le rôle des conseillers.

Nous avons constaté qu’un groupe affiche sa volonté pour  aller de l’avant tandis que le second  groupe  manifeste sa désinvolture. Il faut relever que certains s’efforcent d’entretenir l’incivisme fiscal, prétextant que les recettes deviennent une propriété du maire central. J’ai certes été élu par trois maires sur cinq et vous comprenez la portée des crocs-en-jambe.

Que renferme le programme annuel d’investissement 2014 ?

Nous comptons mettre en place un éclairage public conséquent et un désenclavement  efficace pour répondre aux attentes des contribuables.

Quel est l’apport de la raffinerie dans les recettes de votre collectivité ?

Nous n’avons pas commencé à percevoir les redevances liées à la vente du Pétrole de la SORAZ. Nous sommes en train de faire une campagne offensive en direction des opérateurs économiques du Nigeria  pour investir à Zinder. La proximité avec  Kano ne favorise pas le développement économique de la ville de Zinder. Et pour preuve, un opérateur économique de Zinder ne peut s’empêcher de se rendre à Kano pour acheter  un seul pneu. Il existe ici un état d’esprit archaïque de certains opérateurs  et la dépendance,  qui est très grande, freine quelque peu la croissance économique de la ville de Zinder.

Les maires des arrondissements communaux  estiment que la dotation globale en ressources financières qui leur est attribuée par la ville pour faire face à certaines dépenses de fonctionnement reste insuffisante. Quelle réaction cela suscite en vous ?

La dotation globale est affectée aux entités de proximité en fonction des recettes que réalise chaque collectivité. Elle est allouée au prorata des recettes  réalisées par chaque arrondissement communal. Si un arrondissement communal  enregistre un faible recouvrement, il est évident que  sa dotation  ne sera pas consistante.

Un arrondissement  qui verse 200.000 FCFA sur une prévision annuelle de 10 millions ne doit pas s’attendre à  une dotation extraordinaire. Les entités de proximité ne font pas le travail qui leur est demandé. Nous estimons que l’heure de la gabegie est dépassée ; les uns et les autres doivent se désillusionner. Si nous avions pu réussir ces performances au titre des investissements, c’est essentiellement grâce aux recettes provenaient  de la vente des parcelles.

Les agents de la ville et des cinq arrondissements communaux ont-ils des arriérés de salaires ?

Nous arrivons à payer les salaires à terme échu pour tous les agents de la ville et des cinq  arrondissements  communaux. Par contre, les maires  élus ont deux mois d’arriérés d’indemnités. Nous sommes en train de réfléchir pour changer le système de recouvrement dans l’optique de répondre au programme d’investissements, c’est-à-dire à  la satisfaction générale.

Réalisée par Sido Yacouba, ANP/ONEP/Zinder

17 août 2013
Publié le 16 août 2013
Source : http://lesahel.org/

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