vendredi, 11 octobre 2013 13:51

Invité : M. Habi Mahamadou Salissou, ministre de l’Urbanisme et du Logement

Évaluer cet élément
(1 Vote)

Salissou HabiM. le ministre, à l’instar de la communauté  internationale, le Niger a célébré lundi dernier, la Journée Mondiale de l’Habitat. Quelle signification revêt pour vous un tel événement ?

 

 

‘’Je pense qu’il faudrait faire un développement équilibré et endogène de l’habitat pour que toutes les populations nigériennes se sentent véritablement concernées’’

La Journée Mondiale de l’Habitat a été instituée depuis 1985 par l’Organisation des Nations Unies et, elle est célébrée le premier lundi du mois d’octobre de chaque année. Cette Journée  est une occasion pour les Etats de se pencher sur la situation des établissements humains à travers des thèmes d’actualité. Elle constitue également une opportunité pour réfléchir sur l’état de nos villes en pleine  croissance  et  l’urbanisation rapide et irréversible à l’échelle planétaire. Elle est enfin l’occasion particulière    pour se pencher sur les problèmes d’accès  aux  établissements  humains  et  aux  services  sociaux  de   base, notamment pour les couches de populations à faibles et moyens revenus.

 

Cette année, le thème choisi pour la commémoration de cette journée est ‘’la mobilité urbaine’’. Quelle est la pertinence d’une telle thématique en relation avec l’habitat ?

Après vingt-sept célébrations sous divers thèmes d’actualité, le thème de cette année  a été choisi pour d’une part, faire prendre conscience que  la mobilité  urbaine et l’amélioration de l’accès aux biens et services sont des éléments essentiels pour le bon fonctionnement de nos villes; et d’autre part, intensifier la sensibilisation aux problèmes d’organisation et d’utilisation de l’espace urbain à l’endroit des décideurs, des urbanistes, des architectes, des ingénieurs, des planificateurs, des partenaires, des leaders d’opinions et des populations sur la question de la mobilité urbaine en tant que fonction déterminante dans la conception et l’organisation de nos villes. La prise en compte d’une telle fonction est de nature à contribuer à une meilleure qualité de la vie urbaine et à un développement économique en permettant la circulation optimale des personnes et des biens, nécessaires au travail, à la production et aux échanges commerciaux.

Depuis quelques années, le Niger connaît une urbanisation accélérée. Quels sont les problèmes que pose une telle tendance de nos villes ?

L’urbanisation accélérée est la conséquence d’une explosion démographique de nos villes, ayant comme corollaires les problèmes de circulation, l’insécurité, la pollution de l’environnement urbain, la criminalité, la délinquance et tous les autres problèmes liés à la forte concentration en milieu urbain. Ces réalités sont vécues chaque jour par les citadins qui, par exemple, passent de longues heures dans les transports pour se rendre à leurs lieux de travail. C’est pourquoi, les villes doivent être des endroits propices à un développement équilibré, où les populations vivent dans l’harmonie et dans des conditions favorables à leur épanouissement. II faut bien l’admettre, au Niger, toutes nos grandes villes, à commencer par Niamey la capitale, sont horizontales et se sont développées ces dernières années par lotissements successifs sans viabilisation et cela pour l’essentiel en l’absence de tout document de planification urbaine, gage d’un développement harmonieux de nos centres urbains. Cela tient, certes de notre culture et de notre mode d’habiter, mais les villes ont leurs propres exigences, et je peux l’affirmer, développent leurs propres cultures en dépit des lenteurs des mutations sociales. Nos villes se sont donc étalées avec comme conséquence des problèmes énormes de mobilité, d’accès aux services et équipements sociaux, de renchérissement du prix des transports surtout pour les quartiers périphériques où en raison de l’absence de voiries aménagées, les taxis urbains, là où il en existe, refusent de s’y rendre ou l’acceptent moyennant un doublement voire un triplement du tarif normal.

M. le ministre qu’est-ce que votre département ministériel envisage de faire pour pallier les problèmes inhérents à l’urbanisation accélérée de nos villes ?

Les autorités de la 7ème République ont pris conscience de cette réalité et ont décidé d’inverser cette tendance en engageant des actions et en prenant des mesures de nature à  améliorer et garantir une meilleure mobilité urbaine et  un meilleur accès aux équipements et services sociaux. Ces actions et ces mesures ont, en effet, été inspirées par la ferme volonté  exprimée par SEM. Issoufou Mahamadou, Président de la République, Chef de l’Etat, d’aménager non seulement Niamey la capitale, mais aussi les villes, les communes et chefs-lieux des régions pour en faire des pôles de développement socio-économique assurant la circulation aisée des personnes et des biens, gage du travail, de la production et de l’essor du commerce.

Pour les actions, nous pouvons noter la construction du deuxième pont et l’aménagement de ses voies d’accès ainsi que le lancement du vaste programme ‘’Niamey Nyala’’, constitué  de treize composantes qui concourent à répondre à la vision et aux ambitions du Président de la République de donner, à  notre capitale, toute son attractivité et sa vitalité. Il s’agit de l’aménagement de réseau de transport et d’échangeurs ; l’assainissement, principalement en ce qui concerne les eaux pluviales et les eaux usées; la  rénovation du centre-ville; la rénovation de la zone administrative; l‘aménagement du plateau de Saguia; la réhabilitation  des villages urbains de Gamkallé et Saga; l’aménagement de la corniche de Yantala-Gamkallé; l‘aménagement du Gounty-Yéna; la construction de 5000 logements; l’aménagement de la ceinture verte; l’aménagement d’une nouvelle Zone industrielle; l’élaboration d’un Schéma de Cohérence Territoriale (S.C.O.T); et enfin la composante accompagnement, notamment la règlementation, le décongestionnement l’embellissement et la salubrité.

Comme on peut le constater, la mise en œuvre du programme ‘’Niamey Nyala’’ contribuera pleinement à l’amélioration de la mobilité urbaine. En termes d’actions concrètes dans le cadre de ce programme, on peut citer les études du projet de construction de  68 kilomètres de voiries urbaines dans la ville de Niamey, et la construction du premier échangeur sur quatre programmés  à moyen terme pour la ville de Niamey. Cet échangeur a été  inauguré, vous vous en souvenez, le 18 septembre 2013 par Son Excellence le Président de la République. 

En termes de mesures, il me plaît de relever d’importantes dispositions retenues dans la loi fixant les principes fondamentaux de l’urbanisme et de l’aménagement urbain, des dispositions devant permettre d’assurer la sécurité et la commodité de la circulation, ainsi que celles des accès et du stationnement, tout cela aux fins d’une optimale mobilité urbaine. Autant la Journée Mondiale de l’Habitat constitue une occasion de mener des réflexions autour d’un thème d’actualité, autant elle m’offre l’occasion d’évaluer les actions entreprises au Niger en matière de fournitures d’établissements humains convenables à nos populations. Il s’agit entre autres, en  matière d’urbanisme, des importantes études réalisées dans le cadre du Schéma Directeur d’Aménagement et d’Urbanisme (SDAU) de 1984 de la ville de Niamey; des études similaires réalisées par la suite sur les autres capitales régionales (Zinder, Maradi, Tahoua, Agadez et Dosso) et en 2009-2010 dans la ville de Niamey (Plan Urbain de Référence); de l’élaboration et de l’adoption, en septembre 2004, d’une Stratégie Nationale de Développement Urbain (SNDU); de la stratégie bâtie autour d’un certain nombre d’axes importants, dont   entre autres, la gouvernance locale et la gestion urbaine, puis le développement économique local dont la  mise en œuvre des actions devrait  permettre  une   amélioration substantielle des conditions de vie de nos populations urbaines.

Que prévoit la politique nationale en matière d’habitat ?

Sur le plan de l’habitat et du logement, on peut relever la loi du 29 décembre 1998, portant adoption de la Politique Nationale en matière d’Habitat, qui constitue le document cadre de notre politique en la matière. Il y a également la préparation d’opérations d’amélioration de l’Habitat et les programmes de construction de logements sociaux. Par rapport à ces derniers, d’importants efforts ont été déployés par le Ministère de l’Urbanisme et du Logement dans le cadre de la législation et de la réglementation en matière de financement et de promotion immobilière, des dispositions facilitant la réalisation des opérations de logements et de la recherche de financements.

Les résultats enregistrés sont entre autres, la finalisation en cours des projets de textes régissant la promotion immobilière et ceux relatifs à la création d’un Fonds National de l’Habitat; la finalisation en cours de la stratégie de financement de l’habitat social au Niger ; la création future de la banque de l’habitat et l’acquisition foncière de 88 hectares en 2012 à  Niamey.

Le problème de logement se pose avec acuité  dans nos villes, et particulièrement à Niamey. On sait que l’Etat a prévu la construction de nombreux logements sociaux pour soulager la souffrance des populations. M. le ministre, quelles sont les perspectives de votre département ministériel en termes de construction de logements sociaux ?

Vous savez, le Chef de l’Etat a pris un engagement il y a quelques jours, celui de mettre en place une banque de l’habitat. Cela est très important, car cette banque soulagera véritablement tous les agents de la Fonction Publique, et pratiquement toutes les populations nigériennes. Deuxièmement, on a un très grand programme de construction de logements sociaux en vue. Il consiste à faire 1000 logements sociaux et à viabiliser 2000 parcelles. Tout cela est en train d’être mis en œuvre. Nous avons approché beaucoup de partenaires qui sont prêts à nous aider. A l’heure actuelle, on n’a pas de logements qui sont construits, mais il y a beaucoup de privés qui ont commencé la construction des logements sociaux. Il y a aussi la SONUCI qui, au nom de l’Etat, fait beaucoup de choses dans ce secteur. De temps en temps, elle construit des logements et viabilise des parcelles; et je crois que les Nigériens peuvent venir s’en approprier. Du 3 au 8 septembre dernier, nous avons participé,  à Kigali au Rwanda, à une réunion sur l’éradication de la pauvreté à travers un investissement durable dans la construction. Il s’agit de faire en sorte que des personnes ne vivent plus dans des bidonvilles. Nous avons mis dans ce projet-là, les populations de Gamkalé et de Saga. Avec le programme ‘’Niamey Nyala’’, le Chef de l’Etat a prévu beaucoup de réalisations pour faire en sorte que notre capitale ait un nouveau visage. Cela est aussi valable pour les villes de l’intérieur du pays. Dans notre programmation, nous avons prévu qu’à chaque fois que des gens veulent construire des logements sociaux à Niamey, on fera en sorte que des logements sociaux soient aussi construits dans les chefs-lieux de régions, de départements ou de communes. Je pense qu’il faudrait faire un développement équilibré et endogène de l’habitat pour que toutes les populations nigériennes se sentent véritablement concernées.

Réalisé par Oumarou Moussa

 

11 octobre 2013
Publié le 11 octobre 2013
Source : http://lesahel.org/

{module 583}

 

 

Dernière modification le vendredi, 11 octobre 2013 14:43

Interview