vendredi, 15 novembre 2013 10:13

Entretien avec M. Abou Maman Kané, inventeur de la Télé-irrigation

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Abdou Maman KaneM. Kané, vous avez conçu le système de Télé-irrigation. Est-ce que vous pouvez nous dire d’où vous est venue l’idée de réfléchir sur la mise au point d’un tel système ?

 

Je vous remercie pour cette occasion que vous m’offrez pour parler de nos réalisations. En effet, l’origine de la ‘’Télé-Irrigation’’ est simple à comprendre: je suis de formation développeur des solutions en informatique et TIC, et issu, comme beaucoup de Nigériens, du milieu rural. La vie quotidienne dans ce milieu nous amène à  ces constats simples et récurrents : un, l’autosuffisance alimentaire est le combat quotidien de tous les Nigériens dans un contexte de pluviométrie aléatoire et de sécheresse récurrente; deux, l’agriculture irriguée et le maraichage, qui sont les armes de ce combat, n’ont pas beaucoup évolué dans leurs pratiques et dans le temps ; et trois, la ressource en eau qui est une denrée précieuse au Sahel n’est pas rationnellement exploitée et la crise énergétique renforce le contraste.

‘’Cette nouvelle dimension, qu’acquiert le maraicher à travers ce système, va certainement changer la vie de ce dernier en irriguant son exploitation avec son téléphone portable,  indépendamment du temps et de l’espace’’.

Avec ces réalités, cohabitent aussi d’autres évidences, notamment l’abondance du soleil 12 mois sur 12 dans l’année, et la régularité de son intensité dans la journée; la  fulgurante évolution technologique de ces dernières années caractérisée par un taux élevé de pénétration de la téléphonie mobile en milieu rural (2 foyers sur 3 disposent d’un téléphone cellulaire) ; et la  volonté affichée de la population rurale à  lutter contre l’adversité et le changement climatique.

Pour moi, avec ces atouts naturels et technologiques évidents, nous n’avons aucune excuse. Nous devons  apporter des solutions durables à la problématique de la sécurité  alimentaire au Niger et en Afrique.

Toutes ces raisons nous ont amené à mettre en synergie la puissance et la portée de la technologie mobile et l’abondance du rayonnement solaire pour solutionner le problème de gestion d’eau et d’irrigation (puisage et distribution) en milieu rural. En terme simple, transformer le cellulaire en outil de production agricole comme la hilaire, la houe ou la daba.

Votre invention révolutionne l’irrigation. Comment a-t-elle été accueillie par la communauté scientifique mondiale ?

La Télé-irrigation est une initiative qui a été  révélée en 2011, en remportant le 1er prix de l’Entrepreneur Social en Afrique (17 pays, 600 candidatures) organisé par Orange France et Africacom à Cape Town, en Afrique du Sud. Cette innovation a été présentée en 2012 au Forum Mondial de l’Eau (Marseille, France) et au Salon International des Inventions de Genève (Suisse) où elle a remportée une médaille. Elle a fait l’objet d’une publication dans la Revue scientifique LEF (Liaison Energie Francophone de l’Institut Francophone du Développement Durable et remporté une médaille au concours Ecologique de l’OIF à Nice. La Télé-irrigation est protégée par un brevet de l’OAPI (Organisation Africaine de la Propriété Intellectuelle). L’innovation a fait l’objet d’une expérimentation au Niger sur plusieurs exploitations maraichères. Face à la demande et aux divers sollicitations du système, nous venons de mettre en place une structure pour gérer et exploiter commercialement le produit et ses dérivés.

Quelles sont les avantages qu’offre le système de Télé-irrigation ?

La Télé-Irrigation est un procédé de pilotage et de contrôle à distance du système d’irrigation d’une exploitation par le téléphone portable. Au stade actuel de la technique, trois usages supplémentaires peuvent se faire aussi avec le système : l’abreuvage automatique, le kiosque d’eau potable et la météo mobile. Ces innovations assurent aux maraichers une mobilité et une omniprésence sur leurs exploitations et sur les autres activités de la chaine de valeur agricole.  Cette nouvelle dimension qu’acquiert le maraicher à travers ce système va certainement changer la vie de ce dernier en irriguant son exploitation avec son téléphone portable  indépendamment du temps et de l’espace ; en  relevant  à distance et en temps réel les données météorologiques et hydrologiques de son terrain ; en abreuvant de façon automatique ses animaux ;  et en traitant l’eau puisée par rayon Ultra Violet à travers une caisse UV pour la rendre potable pour la consommation domestique. Ce système permet à ses usagers un gain de temps et une mobilité dans les activités agricoles, un accroissement de la production par l’augmentation d’espace irrigable, une amélioration de revenu, un usage productif du téléphone et une gestion maitrisée de l’eau. D’une manière indirecte, la télé-irrigation contribue à la réduction de la pauvreté en générant  des revenus aux maraichers. Au plan macro économique, elle participe d’une part à la réalisation de l’Objectif N°1 du Millénaire pour le Développement (OMD1) qui est de réduire l’extrême pauvreté et la faim et surtout la précarité. Ce  qui doit passer nécessairement par la bonne gestion de l’eau, donc de l’irrigation, et d’autre part,  la réduction de la fracture numérique par l’accroissement du taux de pénétration de la téléphonie en zone rurale, la création du trafic chez les operateurs de téléphonie et l’accès universel aux nouveaux médias.

M. Kané, avez-vous  réfléchi sur la vulgarisation de votre gamme  de Télé-irrigation ?

Comme indiqué plus haut, nous avons créé une structure (Tech-Innov SARL) pour commercialiser le système et ses sous produits. Sur le plan technique, nous sommes en partenariat avec Orange Niger pour l’acheminement des appels sur notre plate-forme ‘’serveur mutualisé’’ à travers le n° 142 mis en place à cet effet. En tant qu’entrepreneur social, nous continuons à mettre l’accent sur la recherche et le développement  pour apporter davantage des solutions adaptées aux réalités des populations à faible accès à la prouesse technologique.

Oumarou Moussa

 

15 novembre 2013
Publié le 15 novembre 2013
Source : http://lesahel.org/

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Dernière modification le dimanche, 17 novembre 2013 21:49

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