vendredi, 28 février 2014 07:08

Invité : M. Foumakoye Gado, ministre de l’Energie et du Pétrole : «La SORAZ va continuer à fonctionner, et tout ira pour le mieux»

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Foumakoye Gado InterviewMonsieur le ministre, dans un message qu’il a récemment rendu public, la SORAZ, après avoir accusé la SONIDEP de ne pas honorer ses engagements vis-à-vis d’elle, notamment au niveau du paiement des factures, a évoqué le risque d’assister à un arrêt des activités de la raffinerie du pétrole. Quels sont les éclaircissements que vous aimeriez apporter par rapport à cette situation ?


Merci de cette opportunité que vous nous offrez pour parler de ce communiqué émanant de la SORAZ. Effectivement, la société de raffinerie de Zinder a rendu public un communiqué où elle faisait le bilan de ses activités 2013, tout en soulignant à la fin, le retard des paiements de la SONIDEP vis-à-vis d’elle. Il est bien vrai que depuis 2012-2013, pendant les deux années d’exploitation de la SORAZ, la SONIDEP, qui est client unique de cette société, accuse de temps en temps des arriérés de paiements. Mais, à chaque fois, nous avons tenu, ici même au niveau du Ministère, des réunions entre la SORAZ  la SONIDEP et y compris d’ailleurs la CNPC qui fournit le brut, et le Ministère pour faire des arbitrages en cas de litige entre  les deux sociétés. Et chaque fois, nous avons trouvé des compromis qui permettent à la SONIDEP, dans des délais raisonnables, de pouvoir s’acquitter de ses obligations vis-à-vis de la SORAZ. C’est ainsi que, initialement dans le premier contrat, les délais de paiement étaient de deux (2) mois. Or, il se trouve que la SONIDEP donnait 60 jours notamment à ses clients nationaux pour la régler. Il est évident que dans ces conditions, on ne peut pas honorer ses engagements.

Nous avons dû faire une autre réunion pour harmoniser les différents délais de paiement. A cet effet d’ailleurs, il est convenu de porter entre la SORAZ et la SONIDEP, un délai de paiement de 30 à 60 jours. C’est dire que la SONIDEP a 60 jours pour honorer ses engagements vis-à-vis de la SORAZ. Cette dernière, elle aussi,  comme elle achète le pétrole brut à la CNPC, on lui a accordé 70 jours pour régler la CNPC.

Il se trouve que la CNPC a des taxes à verser à l’Etat à travers la Direction Générale des Impôts (DGI) sur une base mensuelle. Là également, nous avons intervenu auprès de la DGI pour harmoniser la situation. Malgré  cet engagement que nous avons pris pour adopter et harmoniser le délai de paiement soumis d’ailleurs à une expérimentation jusqu’à fin décembre 2013, on a constaté encore qu’il y avait effectivement quelques arriérés du côté de la SONIDEP, et conséquemment des arriérés entre la SORAZ et la CNPC. Donc tout le monde se plaint.

La SORAZ se plaint de la SONIDEP et la CNPC  se plaint de la SORAZ, tout comme le Trésor Public se plaint de la CNPC. Et une réunion est prévue aujourd’hui  même avec les responsables de la SONIDEP  et de la SORAZ en vue de confronter les chiffres et clarifier les choses. Certainement, un terrain d’entente  sera trouvé pour que la SORAZ puisse rentrer rapidement dans ses droits. C’est pour dire que ce n’est pas une situation nouvelle. On a toujours arbitré et trouvé les compromis nécessaires qui permettent de faire en sorte que la production soit continuelle. Je dirai que la SORAZ a été un peu alarmiste et qu’il n’y a aucun danger par rapport à la production, car des solutions vont être trouvées, et à ce niveau la direction de la SONIDEP nous a assuré que dans la semaine, elle va faire un versement à la SORAZ, ce qui va permettre de rééquilibrer la situation.

 

La SORAZ parle également de mévente et de vente déséquilibrée des produits raffinés. Des mots qui viennent contredire des chiffres donnés par la même société lors de la 1ère édition de son forum, tenue en janvier, et où il est ressorti des progrès de l’ordre de 50% sur la vente de presque tous les produits, relativement à l’année passée. Quels commentaires vous inspire ce discours alarmiste de la SORAZ ?
Là également, je pense que c’est un discours totalement alarmiste, parce qu’il n’y a pas de mévente. Si nous prenons l’année 2012, la SORAZ a traité à peu près 605.000 tonnes de brut et l’entièreté de la production a été vendue. Il n’y avait pas de stock en fin d’année.

En 2013 effectivement, c’est heureux de le dire,  qu’il y a eu une augmentation de la production parce qu’elle a traité à peu près 880 000  tonnes de brut. Et là également, l’entièreté des produits, en ce qui concerne le gasoil et l’essence, ont été enlevés. Dans ce tableau, on va constater qu’au niveau de l’essence, et du gasoil, c’est l’entièreté qui a été vendue.

Là où nous accusons un manque, où on peut éventuellement parler de mévente, c’est au niveau du gaz GPL. Et à ce niveau, il ressort que sur la production de 50 000 tonnes, il a commercialisé 14 000 tonnes au domestique, donc à l’intérieur du pays, et 29.000 tonnes à l’export. Ce qui fait un total d’à peu près 43 000 tonnes sur une production de 50 000 tonnes. Ça c’est en fin décembre 2013. Là, il y a un gap de 7.000 tonnes qui ne saurait être assimilé à une mévente, parce que de temps en temps, pour la production de l’électricité au niveau de la SORAZ même, ils utilisent le GPL au niveau de la Centrale. Ce GPL est donc brûlé pour produire de l’électricité. Donc même là, on ne peut parler de mévente. Pour toutes les deux (2) années de production, tous les produits ont été entièrement enlevés et vendus par la SONIDEP.

Est-ce à dire que, dans ce communiqué rendu public, la SORAZ a respecté les clauses définies, en collaboration avec ses partenaires ?
 Quand ils parlent d’arriérés, ils ont raison parce que je vous ai dit que nous avons dû faire ici plusieurs réunions d’arbitrage pour faire des échéances et permettre à la SONIDEP de rattraper ses retards. Je vous ai dit que nous avons dû faire une réunion pour étendre le délai de payement entre la SONIDEP et la SORAZ et entre la SORAZ et la CNPC, de même entre la CNPC et l’Etat. Nous sommes à un début où on cherche les voies et moyens pour permettre à chacun de pouvoir respecter ses engagements. C’est pour ça qu’il n’y a pas lieu d’être alarmiste. Ce sont des choses qui arrivent dans les transactions commerciales  et on finira par trouver les voies de la normalité, les délais qui permettent à chacun de pouvoir rentrer dans ses droits à temps.

Au regard de la menace à peine voilée, proférée par la SORAZ, les citoyens se demandent si on ne va pas vers des perturbations dans la chaine de production du pétrole nigérien. Quelle assurance  pouvez-vous donner, monsieur le ministre, quant à la pérennité de la production et de la distribution de nos produits pétroliers ?
Incha Allah, la SORAZ va continuer à fonctionner et tout ira pour le mieux. Pour preuve, je vous ai dit qu’en 2012, la SORAZ a traité à peu près 12 000 barils par jour, tandis que l’objectif pour l’année encours est de 20 000 barils/jour, car c’était la première année de production et l’usine n’avait pas atteint sa vitesse de croisière. L’année dernière, c’est-à-dire 2013, on est monté à une moyenne de 18 000 barils par jour d’une part, et d’autre part avec une amélioration des recettes qui s’élèvent aujourd’hui à 107 milliards FCFA.  En amont comme en aval, vous avez exactement au niveau de la CNPC un aspect d’à peu près 51 milliards en amont et 55 milliards au niveau de la raffinerie.  Ça c’est les recettes qui ont été engrangées par le Trésor Public pour cette activité qui porte sur une production inférieure à 20 000 barils jours. Si cette année nous arrivons à faire les 20 000 barils/ jour, l’objectif est d’aller vers les 120 milliards de FCFA pour l’année. Imaginez, au moment où on va commencer l’exportation du brut qui portera sur 60 000 barils/jour, donc les recettes vont encore s’améliorer. Mais nous sommes encore dans le processus de la mise en place de toutes les infrastructures à même de permettre cette exportation. Nous projetons cela à l’horizon 2016.

Quel est, à l’heure actuelle, l’apport du pétrole nigérien dans l’économie nationale ?
Pour le moment, on est à 18 000 barils/jour. Donc on  n’a pas encore atteint l’objectif des 20 000 barils/jour. Certes, c’est  presque une production insignifiante, quand on compare aux pays qui font 2 millions, 3 millions de barils par jour, mais c’est quand même à l’échelle de notre pays une avancée significative. C’est ainsi qu’en 2012, l’amont, c’est-à-dire la production de brut et les activités de raffinage, a rapporté au Trésor Public à peu près 94 milliards de FCFA, les deux cumulés. Nous venons de faire le point pour l’année 2013 et il ressort qu’il y a eu, non seulement une augmentation de la production, mais également une amélioration des recettes qui s’élèvent aujourd’hui à 107 milliards FCFA.

Quelles sont, Monsieur le ministre, les perspectives qui se présentent dans le cadre de l’exploitation et de la commercialisation du pétrole nigérien ?
Les perspectives sont encourageantes comme je vous l’ai dit ; nous voyons qu’au niveau de la raffinerie, la production s’améliore, tout comme d’ailleurs la commercialisation, parce que les premiers mois, quand on a ouvert la raffinerie, on avait effectivement de la mévente car, au niveau de la sous-région, la raffinerie n’est pas connue. Maintenant, c’est chose faite, désormais la raffinerie est connue  et nous avons beaucoup de clients. Aujourd’hui, on n’arrive même pas à satisfaire justement la demande des clients du Mali, du Burkina Faso, du Nigeria, parce que nous avons une faible capacité de production. La production s’améliore au niveau de la raffinerie, mais également les perspectives d’exportation du pétrole brut à l’horizon 2016 pour environ 60 000 barils par jour vont permettre à l’Etat de l’améliorer de façon très significative. D’ailleurs, au cours du dernier trimestre, c’était carrément entre 20 000 et 21 000 barils/jour qui ont été traités. Mais globalement, dans l’année 2013, on se situe aux environs de 18 000 barils/jour. On est monté progressivement de 12 000 barils jour en 2012 à 18 000 barils en 2013. Et Incha Allah, en 2014, on va atteindre la vitesse de croisière. C’est pour dire que la Raffinerie est partie non seulement pour améliorer ses rendements, mais également pour être pérenne. Nous allons  faire en sorte qu’il n’y ait pas de rupture de production dans ce pays concernant les hydrocarbures.

Votre dernier mot, Monsieur le ministre…
Je dirais tout simplement qu’au Niger, l’industrie pétrolière est bien partie ! Comme je vous le disais, au niveau de la raffinerie, la production va en s’améliorant; au niveau de l’amont, toutes les dispositions sont en train d’être prises pour qu’on aille, dans deux ans, vers l’exportation du pétrole brut. Ce qui va permettre à  coup sûr de booster l’économie de notre pays.

Assane Soumana et Hassane Daouda

28 février 2014
Publié le 28 février 2014
Source : http://www.lesahel.org/

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Dernière modification le vendredi, 28 février 2014 07:25

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