vendredi, 15 août 2014 16:31

Interview de Elh Laouali Chaibou , ministre de la Fonction Publique et de la Réforme Administrative

Évaluer cet élément
(1 Vote)

Laouli Chaibou 1Monsieur le ministre, le Gouvernement a adopté, à l’issue du Conseil de ministres du 22 juillet dernier, le Projet  de décret portant  approbation  des  Statuts  de  la  Caisse Autonome des Retraites du Niger (CARENI). Pouvez-vous nous édifier par rapport à l’importance de cette mesure prise par le gouvernement ?

 

Il faut tout de suite dire que la création de la ‘’Caisse Autonome des Retraités du Niger’’ (CARENI) s’inscrit dans un processus de réforme du Fonds National de Retraite (FNR), dans la dynamique de modernisation de l’administration publique, en vue d’améliorer le fonctionnement et l’efficience des services publics. L’un des objectifs poursuivis à travers ce processus de modernisation est d’adapter le régime des retraites hérité de la période coloniale au nouveau contexte socio-économique et démocratique de notre pays. Dans ce cadre, le gouvernement a engagé, sous la conduite d’un comité paritaire de pilotage, une étude actuarielle visant à déterminer les conditions de viabilité financière du FNR dans la perspective de la création d’une caisse autonome des retraites viable. L’étude actuarielle a dégagé un certain nombre de dysfonctionnements, tant au niveau de la gestion administrative que financière des pensions, qui causent beaucoup de préjudices aux pensionnés.

«La création de la CARENI vise à remédier aux dysfonctionnements liés à la gestion administrative  actuelle des pensions et des retraites, dans l’intérêt de l’Administration et des pensionnés»


 Il s’agit, entre autres, de la stagnation du taux de cotisation des employés fixé à 6% du salaire indiciaire depuis 1961, alors que les mesures ultérieures successives de revalorisation entraînent des charges financières difficilement supportables par la Trésorerie Générale de l’Etat ; de l’unicité des caisses avec la Trésorerie de l’Etat qui compromet le paiement à terme échu des pensions, en cas de tension de trésorerie; de la  maîtrise approximative des recettes des cotisations des fonctionnaires détachés et la faible mobilisation des ressources liées à la validation des services auxiliaires. S’ajoutent également l’absence d’autonomie du Fonds National des Retraites qui fragilise la protection sociale des pensionnés, des stagiaires, et des agents contractuels, ainsi que l’insuffisance de suivi dans la gestion des pensionnés, entraînant d’importants mandatements indus.


Quels sont les avantages qui émaneront de la mise en place  de la CARENI ?
La mise en place de la CARENI se traduira entre autres par les avantages ci – après : offrir aux pensionnés civils et militaires de services de qualité. Il s’agira notamment de réduire les délais de délivrance des livrets de pensions ; mensualiser le paiement des pensions dès que les disponibilités financières le permettront ;  assurer une gestion sécurisée de la Caisse conformément aux principes édictés par la Conférence Interafricaine de Prévoyance Sociale. Tout cela permettra sans aucun doute de soulager les souffrances des pensionnés. 


Une des activités réalisées en  prélude  à la mise en place de la CARENI  est  le recensement  physique  des pensionnés  civils et militaires. Pouvez-vous, monsieur le Ministre, nous dire pourquoi un tel recensement ?
Effectivement, pour  déterminer  les conditions de viabilité de la CARENI, le Ministère de la Fonction  Publique et de la Réforme Administrative et le Ministère des Finances  ont procédé à ce recensement physique des retraités civils et militaires sur l’ensemble du territoire national. Cette opération a permis de connaître les effectifs réels des retraités civils et militaires affiliés au Fonds National de Retraites et de déterminer avec précision les coûts des pensions que supportera la nouvelle Caisse. Aussi, cette action  de recensement  permettra-t-elle d’identifier les effectifs fictifs en vue de les extirper du fichier et réaliser ainsi des économies budgétaires sur la masse salariale.


Peut-on, Monsieur le ministre, avoir une idée des résultats de ce recensement ? Autrement dit est-ce que tous les pensionnés ont été recensés ?
Il ressort du rapport d’étape de ce recensement que : dix sept mille cinq cent treize (17513) pensionnés ont été recensés  avec un montant payé de trois milliards cinq cent douze millions six cent dix sept mille deux cent quarante quatre francs(3. 512. 617. 244) CFA; deux mille sept cent dix huit (2718) pensionnés restent à recenser (parce qu’ils ne se sont pas présentés devant les équipes de recensement pour diverses raisons.)


Ces équipes sont composées des représentants des Gouverneurs, des représentants des Préfets, des Trésoreries régionales, des Trésoreries départementales, les représentants de la Gendarmerie nationale, des représentants des partenaires sociaux, notamment de l’Association Nationale des Retraités. Je remercie très sincèrement tous ceux et toutes celles qui ont contribué à la réussite de cette opération.


Laouli Chaibou 2Par ailleurs  je voudrai rappeler que l’article 15 de la loi créant la CARENI avait prévu une période de trois ans pour achever  la mise en place de l’institution .Mais lors de l’installation du comité  le 07 novembre 2013, j’ai donné des instructions pour que tous les organes soient mis en place au avant le 30 juillet  2014 conformément  aux vœux de S.E. Monsieur Brigi Rafini , Premier ministre, Chef du gouvernement.
 Dieu merci, les Statuts  de la CARENI ont été adoptés et  le DG de la CARENI nommé le 22 juillet 2014 en Conseil des Ministres.


Je voudrais en conséquence renouveler mes félicitations aux cadres du ministère, en particulier aux membres du comité ad hoc sur la CARENI, pour avoir réalisé en un an ce qu’ils avaient  prévu de faire en trois ans.


Aussi, avec la nomination de Monsieur Seybou Moussa Kassey (Economiste planificateur, ancien Ministre de la Fonction publique et du Travail et un des initiateurs du projet de création de  la CARENI), en qualité de Directeur Général de la CARENI, l’espoir est permis pour une gestion rationnelle de cette nouvelle Institution.


Monsieur le Ministre, le Gouvernement vient d’adopter lors du Conseil des Ministres du 22 juillet 2014, un statut des agents auxiliaires de l’administration publique. Pourquoi un statut des agents auxiliaires de l’administration publique ? Et surtout, pourquoi maintenant seulement ?
A ce sujet, il faut noter que les agents auxiliaires de l’administration étaient jusqu’alors engagés et gérés conformément au Code du Travail, à la Convention Collective Interprofessionnelle et à un arrêté en date de juillet 1957 qui précise en effet que les agents auxiliaires de l’administration sont engagés à titre précaire et essentiellement révocables.


En outre, les mesures de maîtrise de la masse salariale des agents de l’Etat prises dans le cadre du programme d’ajustement structurel ont engendré le blocage de cette carrière depuis le 14 novembre 1981. Or, malgré le caractère précaire de leur emploi, les agents auxiliaires de l’administration publique font en réalité une carrière à l’instar des fonctionnaires. C’est pour ces raisons que les autorités de la 7ème République, avec à leur tête S.E.M. ISSOUFOU MAHAMADOU, Président de la République, et S.E.M  Brigi Rafini Premier ministre, Chef du gouvernement, sensibles aux sollicitations des travailleurs en général et des agents auxiliaires de l’administration en particulier, ont décidé de doter ces derniers d’un statut qui leur consacre une carrière normale, en supprimant la précarité de leur emploi et en leur donnant les prérogatives d’agents chargés d’une véritable mission de service public.


En plus des mesures de revalorisation de la rémunération des agents, l’innovation majeure du présent statut c’est l’adoption d’une grille de traitement de base consacrant une progression de salaire tous les deux (2) ans en fonction de l’échelon atteint par voie d’avancement.


Quel sera l’impact de la mise en œuvre de ce statut pour l’Etat et pour les agents auxiliaires ?
Au niveau de l’Etat, l’adoption du statut qui consacre indirectement une revalorisation de la rémunération constituera une charge supplémentaire pour les finances publiques. Pour les agents auxiliaires, l’amélioration de leurs conditions de vie et de travail va constituer une source de motivation pour les amener à faire preuve de plus d’ardeur au travail et de conscience professionnelle, de loyauté, de dévouement et de respect de la chose publique.


Enfin, l’institution de l’avancement d’échelon en fonction de l’ancienneté de service et du mérite qui va se traduire par une augmentation de salaire de base de chaque agent méritant tous les deux (2) ans, va permettre à cette catégorie de personnel de faire face à l’évolution des coûts de la vie.


Dans l’immédiat, la situation de chaque agent sera transposée dans la nouvelle grille.    


L’adoption du statut avait suscité des réactions positives et de manifestation de joie de la part des concernés, auxiliaires de l’administration publique et des autres organisations syndicales des travailleurs qui, à maintes occasions, ont souhaité voir aboutir la réalisation de ce vieux rêve des agents auxiliaires. Que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?
Effectivement comme vous l’avez constaté à travers les médias publics et privés, l’adoption du statut a suscité des déclarations de remerciement et de profonde gratitude des agents auxiliaires envers les autorités de la 7ème République en général et, en particulier, envers le Président de la République, SE. Issoufou Mahamadou,  et  le Premier ministre, sans l’engagement desquels ce vieux rêve des agents auxiliaires ne pourrait se réaliser. Rappelons que depuis l’indépendance du Niger, aucun autre gouvernement n’a accepté de faire cette réforme en faveur des auxiliaires.


Les autorités de la 7ème République continueront à faire des efforts, tant que les finances publiques le permettront, pour améliorer davantage les conditions de vie et de travail de cette catégorie de personnel dont le rôle est aussi vital pour l’accomplissement de la mission des services publics au profit des citoyens usagers.


Monsieur le ministre, le Gouvernement a adopté le 23 mai 2014 un décret modifiant et complétant le décret n°2013-503/PRN/MFP/RA du 04 décembre 2013, portant organisation du Ministère de la Fonction Publique et de la Réforme Administrative afin de permettre la création de Directions régionales. Quel est l’objectif poursuivi dans la création de ces Directions régionales ?
Le Plan de Développement Economique et Social (PDES) relève dans son diagnostic sur la gouvernance administrative que l’administration publique nigérienne se caractérise entre autres par une faiblesse dans la gestion des ressources humaines ; une inadéquation entre la localisation des effectifs et les besoins des services publics ; plus de 62% des fonctionnaires nigériens sont concentrés à Niamey.


Pour accroître l’efficacité des structures de l’Etat et faire en sorte qu’elles puissent jouer pleinement leur rôle de promotion de développement, il convient de rapprocher la décision administrative des citoyens conformément  à l’article 5 de la Charte Africaine des Services Publics. Cet objectif ne saurait être atteint sans un déploiement du Ministère de la Fonction Publique et de la Réforme Administrative au niveau territorial.


Quelles seront, les attributions de ces Directions régionales ?
Ces directions régionales seront chargées, entre autres, de mettre en œuvre les directives du Ministère en matière de gestion des ressources humaines de l’Etat et de réforme administrative ; appuyer et/ou encadrer  les services des ressources humaines des collectivités territoriales ; rapprocher l’administration des usagers ; réduire le délai de traitement des dossiers ; encadrer les collectivités territoriales en matière de fonction publique et de réforme administrative ; valoriser l’expertise locale ; faire une gestion de proximité du personnel de l’Etat en vue d’une meilleure maîtrise des effectifs de l’Etat et de la masse salariale ; assurer le suivi régulier de la carrière des agents, facteur de motivation  et d’amélioration du rendement des services publics.


Où est ce qu’on en est aujourd’hui, Monsieur le ministre ?
Après l’adoption en Conseil des Ministres du 23 mai 2014 du décret portant création des directions régionales de la Fonction Publique et de la Réforme Administrative, une réunion s’est tenue dès le  lundi  26 mai 2014 au Ministère de l’Urbanisme et de Logement afin de définir les modalités pratiques pour la mise en œuvre du projet de construction de ces Directions Régionales.


Les terrains sont acquis au niveau de toutes les régions depuis le 13 juin 2014,  soit deux (2) semaines seulement après notre rencontre. Le 07 juin 2014, les DAO ont été élaborés, et l’avis d’appel d’offre a été publié le 06 juillet 2014. Le pari est de tout finir dans un délai d’un an maximum Incha Allah (constructions, équipements, nomination et installation des directeurs régionaux) ! Je tiens à remercier très sincèrement le ministre Salah Habi et le staff du Ministère de l’Urbanisme et du Logement pour la célérité, disons carrément l’efficacité, avec laquelle ce dossier a été traité.

 
Le 9 septembre 2013, sous le haut patronage du Premier ministre, Chef du gouvernement, vous avez rencontré les responsables en charge de la gestion du personnel des ministères et autres institutions de l’Etat. Il a été relevé, lors de cette rencontre, un certain nombre de dysfonctionnements persistants au sein de l’Administration publique nigérienne. Qu’en est-il de ces dysfonctionnements ?
Comme vous le savez, l’Administration publique nigérienne se caractérise, depuis des années, par une faiblesse dans la gestion des ressources humaines, une insuffisance de cadres qualifiés et expérimentés, et un déficit de communication entre les services devant travailler normalement en symbiose.


A ces caractéristiques s’ajoutent une faible performance  des ressources humaines et leur mauvaise répartition géographique entrainant du coup une concentration du personnel dans les centres urbains ; l’absence de plans de carrière et de politique ; la non maîtrise des effectifs de la fonction publique ; des délais anormalement longs dans le traitement des dossiers ; l’adéquation profil poste-emploi pas toujours respectée ; le mauvais accueil des usagers et le non respect de la hiérarchie.


Quelles sont les mesures  prises pour apporter des améliorations dans le fonctionnement de notre administration publique ?
Pour faire face à cette situation des actions de réforme de l’administration ont été entreprises. Il s’agit, entre autres, de l’adoption par le Gouvernement en juin 2013, du document de politique Nationale de Modernisation de l’Etat dont la mise en œuvre est assurée par le Haut Commissariat à la Modernisation de l’Etat ; de la validation le 19 décembre dernier du Programme Intégré de Modernisation de l’Administration Publique(PIMAP) initié depuis 2008.


L’Etat s’étant acquitté de ses obligations en procédant à une amélioration substantielle des conditions de vie et de travail des agents par l’augmentation de leurs traitements, il est normal qu’il exige de ses agents une stricte observance de leurs obligations, notamment la présence au service, la ponctualité, l’assiduité,  la responsabilité, l’ardeur au travail, le respect du cadre organisationnel et réglementaire, le respect de la hiérarchie, la célérité dans le traitement des dossiers.


Il est de notoriété publique qu’aucun développement ne peut se faire sans une  ressource humaine de qualité. Quelles sont les priorités que vous vous êtes fixées pour que l’administration publique soit un véritable levier du développement ?
L’administration publique reste l’outil indispensable de la mise en œuvre des politiques publiques de l’Etat. Au Niger, la principale difficulté rencontrée dans la mise en œuvre du  Plan de Développement Economique et Social (PDES) réside dans les faiblesses des ressources humaines notamment son incapacité à consommer les ressources mobilisées. Pour que l’Administration publique soit un véritable levier du développement, mon département ministériel s’est fixé quatre axes stratégiques prioritaires à savoir la remise au travail des agents de l’Etat, la maitrise des effectifs, l’amélioration de performance de l’administration notamment la réduction des délais de traitement des dossiers  et la Réforme Administrative.


Quelles sont les actions que votre département ministériel entend mettre en œuvre pour une maîtrise réelle des effectifs ?
Il s’agit d’inventorier, dans l’immédiat, les effectifs du personnel afin d’en maîtriser les différentes compétences et positions. Il faut également engager un recensement  biométrique des agents de l’Etat pour connaitre le nombre réel des fonctionnaires et autres agents de l’Etat, les positions administratives et d’identifier les effectifs fictifs en vue de les extirper du fichier et réaliser ainsi des économies budgétaires sur la masse salariale.


Ces actions permettront également d’identifier les structures administratives en situation de sur- effectifs et de sous - effectifs et d’engager en conséquence des mesures correctives notamment des redéploiements. D’une manière générale, l’utilisation du fichier biométrique  mettra définitivement fin aux mandatements indus.


En définitive, quel regard jetez-vous sur le chemin parcouru à la tête de ce département ?
Il ne s’agit bien sûr pas de mon bilan, mais des actions menées, avec l’ensemble des cadres du Ministère de la Fonction Publique et de la Réforme Administrative. Ce sont eux qui font le travail et c’est le programme du Président de la République que nous mettons en œuvre ! Aussi, en plus des efforts en vue de la remise des agents au travail, de la maitrise des effectifs, de la recherche de l’amélioration de la performance des agents de l’Etat et de l’évaluation des besoins en ressources humaines des différents ministères en vue d’un recrutement à la Fonction Publique, il est indéniable que les faits marquants resteront ceux que je viens de développer  plus haut à savoir : la mise en place de la CARENI (une attente de plus de dix ans des retraités) ; l’adoption du statut des auxiliaires ; la création des Directions Régionales de la Fonction Publique le 23 mai 2014; la finalisation document du programme intégré de Modernisation de l’Administration Publique (PIMAP) ; le recrutement de plus de  26 383  agents  à la Fonction Publique. Au total, en 2013, ce sont  30 693 dossiers individuels  qui ont été traités au niveau des différentes directions centrales.


- Il y a également l’augmentation significative des traitements des agents et contractuels de l’Etat et l’octroi d’indemnités diverses ; ce qui a fait passer la masse salariale de moins de 100 milliards en 2011 à plus 200 milliards en 2013. Ce qui est inédit dans le monde entier.
Tout ceci traduit la volonté du Président de la République de faire de notre administration un outil performant au service du développement.
Toutes ces réformes contribueront, à terme, à l’amélioration de la performance de l’administration nigérienne qui  travaillera selon les principes de la gestion axée sur les résultats au service de la population.  C’est la raison pour laquelle le Gouvernement engage les uns et les autres à s’impliquer et à adhérer massivement en vue de la réussite totale desdites réformes.

Assane Soumana

15 août 2014
Publié lé 15 août 2014
Source : Le Sahel

Dernière modification le vendredi, 15 août 2014 17:09

Interview