mercredi, 10 septembre 2014 10:25

Hama Amadou: «Mahamadou Issoufou a des intentions mortifères à mon égard»

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Hama A Interview ParisHama Amadou sort de son silence : Après Jeune Afrique lundi, c'est à RFI que le président de l'Assemblée Nationale du Niger s'est confié. Hama Amadou, principal opposant au régime actuel, a pris la fuite le 27 août dernier, prétextant un complot politique contre lui.

 

Il est soupçonné de complicité de supposition d'enfants dans un dossier de trafic présumé de bébés entre le Niger, le Nigeria et le Bénin. Sa deuxième épouse est en prison depuis juin. Pourquoi avoir pris la fuite ? Pour échapper à quoi ou à qui ? Comment voit-il son avenir politique? Se sent-il affaibli pour la présidentielle de 2016 ?

 

RFI : Vous dites que vous avez quitté le Niger parce que le pouvoir du Niger cherchait à vous arrêter et à vous empoisonner. Mais vous avez des preuves de ces accusations ?

Hama Amadou : Je peux vous dire que depuis octobre 2013, je suis régulièrement harcelé par ce pouvoir qui tente par tous les moyens de me déstabiliser et de m’éliminer de la scène politique.
 
Qu’on cherche à vous affaiblir politiquement, c’est une chose, mais de là à imaginer que le président en place, Mahamadou Issoufou, cherche à vous assassiner, ce n’est pas aller assez loin ?
 
Je le dis avec d’autant plus de certitude que chaque fois que Monsieur Issoufou Mahamadou rencontre des étrangers, il leur dit que « Monsieur Hama Amadou est un prétentieux qui raconte à qui veut l’entendre qu’il a avec lui une partie de l’armée et que son intention c’est de lui faire un coup d’Etat, et que ce sera lui ou moi ».
 
C’est votre parole contre la sienne ?
 
Absolument, mais je sais que cette intention mortifère à mon égard existe bien au niveau de Monsieur Issoufou Mahamadou.
 
Au moment de votre fuite, le bureau de l’Assemblée nationale, en levant votre immunité parlementaire, permettait à la justice de vous entendre. Pourquoi ne pas avoir attendu la convocation du juge pour vous expliquer sur ce qui vous était reproché ?
 
D’abord, le bureau de l’Assemblée ne peut pas lever l’immunité d’un député.
 
La Cour constitutionnelle a rendu son avis sur cette requête d’interprétation...

 
Et c’est bien pourquoi je m’interroge sur la Cour constitutionnelle elle-même. Vous trouvez que c’est conforme à l’esprit de la Constitution, à l’esprit de l’immunité parlementaire d’un député ?

En tout cas cette levée d’immunité donne la possibilité désormais au juge de vous entendre s'il l'estime nécessaire...

 
Absolument.

Donc ce juge nigérien a été saisi. Il y a 17 femmes dont la vôtre justement qui sont soupçonnées d’avoir dissimulé un accouchement pour justifier l’achat de nourrisson - c’est ce qu’on appelle la supposition d’enfant. Pourquoi ne pas avoir évacué tous ces soupçons dans cette affaire finalement en réalisant le test ADN ?
 
Précisément, quand ma femme s’est retrouvée devant le juge d’instruction, spontanément elle a dit au juge : « Je suis prête à faire le test ADN  ». Il lui a été répondu devant les avocats qu’il ne s’agit pas de ça pour le moment, « Madame vous allez en prison  ». A partir du moment où l’objectif n’est pas de prouver que les enfants sont bien les enfants de ma femme, les avocats de ma femme ont dit : dans les conditions où ce dossier est instruit, nous vous déconseillons ardemment de le faire.
 
Pourquoi l’islam empêcherait-il les hommes de faire des tests ADN ?
 
Parce que le principe posé dans l’islam est que tout enfant que peut avoir une femme se trouvant dans les liens du mariage appartient systématiquement au mari et qu’il lui est interdit de procéder à des contrôles parce qu’il faut protéger les enfants. Vous pouvez vérifier avec n’importe quel imam.
 
Avec cette affaire, on touche à des questions très intimes. Pourquoi avez-vous choisi que votre épouse accouche au Nigeria ?
 
Je n’ai rien choisi du tout. Ce qui m’importait, c’est de constater que ma femme était en grossesse et elle a fait le test de grossesse au Niger. Le test de grossesse a été opéré dans une clinique nigérienne qui a déposé des examens au niveau du juge d’instruction pour bien montrer qu’il a eu lieu au Niger. Maintenant, elle a décidé d’aller accoucher [au Nigeria] parce qu’elle a eu trois avortements de suite. Donc un médecin nigérian l’a suivie, elle voulait que cela se fasse devant lui pour ne pas encore perdre les enfants. C’est la raison pour laquelle elle a décidé d’y aller. Au moment où elle y a été, je n’étais même pas au Niger, j’étais au Maroc.
 
Pourquoi avoir fait enregistrer les naissances des jumeaux à Niamey alors qu’ils étaient nés à l’étranger ?
 
Tout le monde au Niger déclare la naissance des enfants, que ce soit au Niger ou ailleurs.
 
Il y a néanmoins une accusation de faux en écriture pour votre secrétaire...

 
Je vous ai dit que quand ça s’est passé, j’étais absent. Donc je n’ai pas donné d’instruction à mon secrétaire particulier. Il l’a fait en toute bonne foi. Nous ne pensions certainement pas qu’une telle affaire prendrait des proportions de ce genre.

Est-ce que vous rentrerez au Niger si la justice nigérienne vous convoque dans les prochains jours, sachant qu’avec la couverture médiatique dont vous faites l’objet ces jours-ci, finalement, est la meilleure protection pour vous aussi ?
 
Il y a beaucoup d’obscurité qui a été sciemment créée autour de ce dossier. Je préférerais que le juge lance un mandat d’arrêt international contre moi. A ce moment-là, il faut envoyer le dossier pour démontrer que Monsieur Hama Amadou, par rapport à ce dossier, a quelque chose à se reprocher. J’ai foi dans les juges français.
 
Finalement qu’allez-vous faire maintenant ? Vous restez en France ? Vous rejoignez un autre pays ?
 
En fonction de l’évolution des affaires, je verrai ce que je devrais faire. L’avocat de ma femme a engagé deux requêtes pour démontrer que ce dossier n’a pas lieu d’être. L’aspect judiciaire n’est qu’un prétexte pour se débarrasser d’un adversaire politique que l’on redoute.

Et qui se présentera à la présidentielle de 2016 ?
 
C’est bien pour cette raison que j’ai refusé d’aller en prison parce que je voudrais pouvoir me préparer et l’affronter en 2016. Et quoi qu’il fasse, il aura des adversaires de poids en face de lui en 2016. Inch’Allah.

 

Ecouter :
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10 septembre 2014
Source : http://www.rfi.fr/emission/20140910-hama-amadou-i-mahamadou-intentions-mortiferes-egard/

 

 

Dernière modification le dimanche, 26 octobre 2014 11:54

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