vendredi, 03 octobre 2014 04:12

Invité : M. Assane Seydou, président du Conseil de Ville de Niamey

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Assane Seydou NiameyM. le président, la ville de Niamey fait face chaque année à des problèmes d’inondations dans certains de ses quartiers. Pourquoi n’y a-t-il toujours pas de solution définitive à ce problème ?
Je vous remercie très sincèrement d’être venu nous voir pour recueillir, par la voix la plus autorisée, les informations de première main sur la ville de Niamey dont nous avons  l’honneur de présider le Conseil.

C’est cela la meilleure approche, plutôt que de diffuser des informations approximatives ou des contrevérités. Par ailleurs, vous nous donnez l’occasion d’éclairer la lanterne de beaucoup de nos concitoyens, et particulièrement les populations de Niamey, par rapport à nos occupations, nos préoccupations et nos attentes de tous les jours.

Comme vous le savez, le problème des inondations est un phénomène récurrent qui dépend de plusieurs facteurs. Parmi ces facteurs, nous avons ceux qui ont pour cause la nature elle-même, c’est-à-dire des aléas climatiques; et ceux qui dépendent de l’œuvre humaine, de nos comportements et de la façon dont nous construisons la cité.

Dans le premier cas, il faut susciter au niveau des populations la capacité de développer des réponses à ces aléas climatiques. Parce qu’il est difficile, et voire impossible, d’enrayer ces phénomènes d’inondations, on ne peut qu’en atténuer les effets et s’adapter au phénomène; c’est cela qu’on appelle, dans le jargon des techniciens, la résilience climatique ; et en ce qui nous concerne, nous dirons la résilience urbaine.

Pour ce qui est du second cas évoqué tantôt, il y a des inondations parce que des constructions sont faites  dans des zones naturellement inondées (bras morts du fleuve, koris, cuvettes etc) ; ou parce que la ville s’est étendue inexorablement et l’assainissement n’a pas suivi, faute de moyens financiers; mais aussi parce que des constructions sont faites sans aucune autorisation de construire préalable.

Au-delà des zones dites inondables, la plupart des quartiers de la ville connaissent aussi des problèmes d’assainissement, avec des ruelles inondées par endroits. Que font vos services pour remédier à cela ?
Oui, effectivement vous avez raison, ce n’est pas seulement dans les zones inondables qu’on constate le phénomène, mais presque un peu partout dans les différents quartiers de la ville. Mais ce qu’il vous faut savoir, c’est que l’assainissement de la ville, et surtout de la capitale, ne doit pas être laissé à la seule responsabilité de la  ville. Je crois que dans toutes les capitales du monde, le gros assainissement est de la responsabilité des ministères techniques de l’Etat (Ministère de l’Urbanisme, Ministère de l’Hydraulique et de l’Assainissement, Ministère de l’Equipement...) pour la réalisation   d’abord   des   différents   schémas   directeurs   (urbanisme, assainissement) et surtout de la construction des gros ouvrages (égouts, collecteurs etc.), donc de la grande trame. Ensuite, oui les communes et la ville  s’occupent de la confection des caniveaux secondaires qui se déverseront dans ces égouts ou collecteurs.

Cependant, nous pensons que les services techniques de la ville et des arrondissements communaux font tous leurs efforts pour aménager les rues et ruelles de la capitale, mais d’un autre côté, les populations doivent y contribuer d’abord en s’acquittant régulièrement de la taxe de voirie, et en changeant de comportement dans leurs manières d’utiliser les ouvrages publics d’assainissement (caniveaux, collecteurs etc.).

Certains quartiers de la ville souffrent du non enlèvement des ordures ménagères. C’est le cas entre la Centrale Nigelec et le Cimetière de Yantala, pour ne citer que cet exemple. Que leur répondez-vous ?
En ce qui concerne l’enlèvement des ordures, nous connaissons d’énormes problèmes. En fait, que ce soit la Centrale Nigelec ou autour des Cimetières de Yantala, ou tout autre quartier de la ville, l’enlèvement des ordures ne se fait pas de manière régulière, il est vrai. Mais je puis vous assurer que 65 à 70% de nos dépenses de fonctionnement vont dans la gestion des ordures ménagères (carburant, pièces de rechange, pneumatiques etc...). Si je prends seulement le carburant, il nous faut, pour chaque semaine, disposer de 20. 000. 000 de FCFA pour alimenter la soute du garage, donc environ de 80. 000. 000 de FCFA par mois.

Mais ce n’est qu’une question de temps. Actuellement, en collaboration étroite avec le Haut Commissariat au programme Niamey Nyala et d’autres partenaires, nous sommes en train de tester, dans l’arrondissement communal Niamey I, un projet pilote de gestion des ordures ménagères qui durera 6 mois. Nous pensons qu’après les six mois, cette expérience pourra être répliquée dans les autres arrondissements de la ville de Niamey.

Les citoyens lamda ont l’impression que malgré les grands moyens en termes de matériels de travail et d’engins dont dispose la ville de Niamey, vous êtes souvent sans réaction par rapport à tous ces problèmes évoqués par les populations. Quel commentaire cela vous inspire ?
C’est vraiment l’impression que vous avez, comme vous le dite si bien. Oui, pour tout profane, la ville de Niamey dispose d’énormes moyens matériels, et le travail ne se fait pas. Mais lorsque, plus haut déjà, je vous informais sur notre consommation de carburant par semaine, il faut vous dire que tous nos camions et engins sont utilisés quotidiennement. Seulement, lorsque vous regardez comment la ville s’est étendue anormalement avec une population de plus d’un million d’habitants qui produisent plus de 1200 tonnes d’ordures ménagères par jour, et de l’autre côté un budget annuel qui tourne autour de 20 milliards pour le budget ordinaire et 25 milliards pour l’investissement, dont 85% proviennent des ressources rétrocédées par l’Etat et difficilement accessibles, vous comprendrez qu’avec seulement ses ressources propres, la ville de Niamey ne peut, et ne pourra jamais, apporter des solutions à tous les problèmes évoqués par certaines langues ou certaines plumes. Il faut que, d’un côté, ceux qui se plaignent s’acquittent de leurs impôts et taxes, et que de l’autre l’Etat mette à la disposition de la ville, à travers le Trésor public, les ressources rétrocédées tant il est vrai que la dépense est régulière et légale.

Depuis l’incendie qui a ravagé le Petit Marché de Niamey, il y a de cela environ trois ans, le site reste toujours vierge. Pourtant, il a été évoqué l’idée de la construction d’un centre commercial sur ce site. Qu’en est-il de ce dossier ?
Effectivement, le dossier du Petit Marché suit son cours normalement. La ville de Niamey, avec l’appui du programme Niamey Nyala et d’autres partenaires techniques et financiers, est en train d’élargir la réflexion sur le devenir de la place du Petit March, tout en ouvrant les éventails vers une étude globale de remise à niveau des marchés de Niamey. Voyez-vous, il nous faut régler définitivement le problème de concentration de l’activité commerciale uniquement dans le centre ville. Cette étude permettra dedévelopper d’autres pôles de croissance afin de désengorger le centre, tout en développant, en modernisant les marchés secondaires et en renforçant leur capacité d’accueil pour loger tous les commerces en bordure des voies, et ainsi désencombrer les voies et places publiques.

Les espaces publics ne sont pas toujours respectés à Niamey. Ce qui crée souvent trop d’encombrement sur les routes. Que fait la ville de Niamey pour amener les citoyens à respecter ces espaces ?
Je rejoins ainsi votre question, car ce qui est dit tantôt apportera des solutions à l’encombrement des voies. Mais d’une manière générale, il vous souviendra que l’ex-Communauté Urbaine de Niamey(CUN) a émis, en 2004, un arrêté réglementant l’occupation des voies ; cet arrêté a été réactualisé par le Conseil de ville de Niamey en 2012, mais cela n’a pas suffi pour réguler le phénomène. Aussi, très bientôt, à travers une brigade de contrôle de l’occupation du domaine public, la ville va s’attaquer à ce phénomène qui prend des proportions inquiétantes et qui entrave totalement toute mobilité dans le centre ville.

A travers le plan d’investissement annuel 2013, des prévisions significatives dans certains secteurs porteurs de croissance, notamment les infrastructures et le développement de la production, ont été faites. Est-ce que ces prévisions ont été mises en œuvre?
Voyez-vous, au cours de chaque élaboration du budget, nous faisons toujours  des  prévisions  pour  les  infrastructures,  qu’elles  soient  de communication, sociales ou du développement de la production, comme le prévoit la nomenclature budgétaire. Cependant, comme avec tout budget, on ne peut faire qu’à la mesure de ses moyens; et quelques réalisations ont été effectivement faites dans ces domaines cités, mais dans  des proportions relatives aux ressources mobilisées. Je vous invite, à la communication que je vais bientôt faire sur l’état de la ville à l’endroit de la population, et en ce moment, vous aurez tous les ratios par rapport aux réalisations.

Oumarou Moussa

03 septembre 2014
Source : Le Sahel

Interview