lundi, 26 janvier 2015 05:57

Interview - MAROU AMADOU : Ministre de la Justice, Garde des Sceaux et Porte-parole du Gouvernement de la République du Niger « Le Président de la République a eu raison de se rendre à Paris. »

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Marou A Saadi KhadafiDans cette interview exclusive,  le ministre Marou AMADOU  a abordé plusieurs sujets d’intérêt national et international. Il s’est surtout focalisé sur la participation du Président de la République du Niger à Paris, à la suite de l’attentat perpétré par contre le journal satirique  français, Charlie Hebdo.  Son propos est clair :

 

« Nos raisons étaient doubles. Si nous sommes en paix, et qu’on peut encore circuler à Bamako, nous le devons à la réaction positive de la France, lorsque Bamako était menacée de chute. Et qu’après Bamako, c’eût été probablement Niamey. Le Président de la République a été invité par le Président français à une marche républicaine contre le terrorisme.  Nous l’avons fait. Et si c’était à refaire nous le referons…..

Mohamed SEIDOU : Niger Voice reçoit aujourd’hui Monsieur Marou AMADOU, Ministre de la Justice, Garde des Sceaux et Porte-parole du Gouvernement de la République du Niger, un homme connu pour son activisme politique et son engagement pour défendre la démocratie dans son pays. Monsieur le Ministre, bonsoir et merci d’avoir accepté de répondre aux questions de Niger Voice.

Monsieur Marou AMADOU: Bonsoir, tout le plaisir est pour moi.

Mohamed SEIDOU : Monsieur le Ministre, permettez-moi de rappeler à l’attention de nos auditeurs que dans les années 2008, 2009 vous avez été l’un des acteurs de la lutte contre la remise en cause de l’ordre constitutionnel que l’opinion publique nationale a qualifié en son temps de tazartchié.
C’est ainsi que vous vous engagez au sein des structures suivantes : le Front pour la Sauvegarde des Acquis Démocratiques (FUSAD) dont vous êtes le Président et le Porte-parole, le Front pour la Défense de la Démocratie (FDD) dont vous fûtes le Porte-parole,  et la Coordination des Forces pour la démocratie et la République (CFDR) dont  vous fûtes un membre actif du directoire national. A la suite du coup d’Etat du 18 Février 2010, vous fûtes nommé Président du Conseil Consultatif  National, le Parlement de la Transition.
Rappelons  que,  pour vos convictions et votre engagement, vous fûtes arrêté et incarcéré, à plusieurs reprises : en 2002, en 2005 et en 2009. C’est justement à cause de vos convictions que le Président de la République du Niger, élu en mars 2011, Son Excellence Monsieur Mahamadou ISSOUFOU vous nommât, le 25 Avril de la même année, Ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Porte-parole du Gouvernement.

Alors, Monsieur le Ministre, comment va la justice nigérienne ?
Marou AMADOU : Je pense que je ne suis pas la bonne personne à laquelle il faut poser cette question. Il risque d’avoir un parti pris, je n’ai pas toujours le recul pour porter un jugement.  Mais, de par les entretiens que j’ai, avec les uns et les autres, des magistrats, des avocats et des justiciables, au travers des importantes réformes que nous avons eu à faire, notamment la spécialisation des hautes juridictions, vous devez le savoir, le Niger a déjà, une Cour de Cassation, un Conseil d’Etat, une Cour des comptes, une Commission nationale des droits humains conforme au principe de Paris,  nous avons, en tout cas du point de vue institutionnel et législatif, créée les conditions pour que le nigérien ait accès à une meilleure justice.

Et du point de vue de la justice de base, c’est plus difficile à dire. Les nigériens, naturellement, vivent dans un pays aux frontières larges, un territoire vaste, et c’est aujourd’hui que nous commençons à réunir les conditions pour créer de nouvelles juridictions, nous devons en créer 27 supplémentaires pour faciliter l’accès à la justice.

Au paravent, nous avons déjà créée une agence nationale de l’assistance juridique et judiciaire parce que, il faut en convenir, nous sommes dans un pays où on dit que nul n’est sensé ignoré la loi, alors que de mon humble avis, c’est plutôt le contraire qui est la règle. Tout le monde quasiment ignore la loi et il faut pouvoir leur expliquer ce que c’est que la loi, leur faciliter les procédures, le leur faire comprendre mais aussi assister les plus pauvres pour leur accès  la justice,  parce que dans la justice moderne, la vérité est que si vous n’avez pas un conseil professionnel, je veux  dire un avocat, il est tout à fait difficile d’y accéder, comme vous voulez, et avec succès.

D’après les dernières statistiques que j’ai, la justice nigérienne est devenue tout au moins plus rapide. Et comme vous le savez déjà, à ma prise de fonction, le premier acte que j’ai pris, c’était de créer une ligne verte pour dénoncer la corruption et le trafic d’influence en milieu judiciaire. Malgré, évidemment, la résistance des magistrats, nous avons imposé ce souci là pour que les nigériens qui pourraient se plaindre puissent avoir un recours qui leur permette de dénoncer les difficultés.

Voilà ce que nous avons eu à faire. Disons que les choses ont pu sans doute s’améliorer avec tant de réformes et tant d’engagement.  Mais, c’est une question qu’il vaut mieux poser aux justiciables nigériens.

Mohamed SEIDOU : Merci Monsieur le Ministre.  Est-ce que la séparation des trois pouvoirs est une réalité au Niger, je veux parler du pouvoir exécutif, du pouvoir judiciaire et du pouvoir législatif ?
Marou AMADOU : Ce dont je peux répondre, c’est qu’il est essentiel que dans Etat de droit que la justice soit indépendante du pouvoir exécutif et législatif. Je puis vous assurer qu’évidemment ceci est une question d’homme, une question de principe. Nous avons veillé à ce que la justice soit indépendante. En effet, je peux vous assurer que, en dehors du cadre législatif, aucun magistrat du siège n’a été affecté pour les décisions qu’il a pu rendre.

Et c’est cela l’indépendance de la justice. Pour le reste, c’est une question qui relève des magistrats. C’est à eux et à eux seuls de prendre les décisions dans leur intime conviction et conformément à la loi. Si nous, ministère public, on n’était pas d’accord, on peut faire les recours légaux, c'est-à-dire on fait un appel, lorsque la décision est en instance au plan pénal, et on fait le pourvoi en cassation, si le ministère public, c'est-à-dire le parquet, dont je suis le chef, n’est pas satisfait. De même, les citoyens qui ne sont pas satisfaits des décisions font régulièrement des appels.

Maintenant, s’agissant de l’exécutif et du législatif, évidemment, là légalement les pouvoirs sont séparés, mais comme on le dit dans le monde entier, c’est une séparation doublée de complémentarité et de collaboration. Sans cela aucun pays ne saurait fonctionner. Pour qu’un exécutif  puisse travailler, il faut absolument qu’il y ait une majorité parlementaire qui l’accompagne dans l’adoption des lois, qui l’accompagne et évidemment, positivement, en contrôlant l’action gouvernementale et en faisant des recommandations qui sont appliquées par l’exécutif.

Mohamed SEIDOU : Je voudrais évoquer certaines interconnexions qui existent entre le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire, notamment dans le cas des cours d’assises, ou avec  le Secrétaire Permanent du Conseil Supérieur de la magistrature. Nous savons que les Cours d’Assises comprennent la Cour proprement dite et les membres du jury.
Le constat est que la liste des membres du jury  est déterminée par le Garde des Sceaux, c'est-à-dire vous-même, et sur proposition du ministre de l’intérieur. Et on sait qu’au Niger comment on nomme les ministres.
Aujourd’hui, le ministre de l’intérieur, c’est Hassoumi Massaoudou dont on connait les relations avec le Président de la République et son parti.
En ce qui concerne le Secrétariat Permanent du Conseil Supérieur de la Magistrature, il s’agit d’une structure qui est directement sous votre autorité.
Et en même temps, vous êtes le Porte-parole du Gouvernement dont la fonction consiste à exprimer à l’opinion publique, la position, l’opinion et les actions du Gouvernement.
Pouvez-vous nous expliquer, premièrement cette interconnexion entre ces deux pouvoirs qui, en principe, devraient être séparés ?
Ensuite, pouvez-vous nous expliquer cette situation qui parait être paradoxale, aux yeux de beaucoup de nigériens d’ailleurs ?

Marou AMADOU : Je vais vous expliquer des choses qui vous semblent un peu en porte à faux avec l’indépendance de la justice, mais qui n’en sont pas vraiment. Les choses sont les suivantes. Le jury n’est pas choisi par le ministre de l’intérieur. Le jury émane des Départements. Ce sont les communes qui choisissent les hommes qui leur paraissent les plus intègres.

Le ministre même n’en ajoute rien. Il n’en diminue aucun. Je signe cette liste de jurés sans lecture. Et, rappelez-vous qu’en cas de Cour d’Assises, on tire au sort ceux qui vont être jurés des Assises. C’est au sort, et ceux qui tirent au sort, c’est la Cour elle-même, c'est-à-dire des magistrats indépendants. C’est important de le savoir. Je pense avoir évacué cette question.
Secundo, le Secrétaire Permanent, dans le monde entier, est rattaché, ou au Ministre de la Justice, ou au Président de la République. Vous pouvez choisir. Evidemment, il faut le savoir, le Secrétaire Permanent du Conseil Supérieur de la Magistrature n’a pas voix délibérative au cours des instances du Conseil Supérieur de la Magistrature. Il n’en est que la plume. Il ne décide de l’affectation de personne. Au Niger, et je crois l’avoir dit au moment où je parlais de l’indépendance de la justice, le Conseil Supérieur de la Magistrature est représenté à 80% par des magistrats élus par leurs pairs. C’est très important de le savoir. En effet, je vais vous dire, au troisième grade, vous avez cinq magistrats, au deuxième grade, vous en avez deux, au premier grade vous en avez un et au grade exceptionnel vous en avez un. Et les trois hauts magistrats de ce pays, à l’exception du Président de la République qui est le magistrat suprême, le Président de la Cour de Cassation, le Président du Conseil d’Etat et le Président de la Cour des Comptes (qui sont des magistrats) sont tous membres du Conseil Supérieur de la Magistrature. Je dois vous rappeler que le Ministre de la Justice qui est dans tous les pays est Vice-président, n’en est pas un Vice-président. Il  en est juste un membre.

Enfin, il faut savoir que l’Assemblée Nationale est représentée par deux députés, un de l’opposition et un  de la majorité. C’est très important de souligner qu’un député de l’opposition est membre du Conseil Supérieur de la Magistrature.

Les propositions du ministre de la Justice sont examinées par ces hautes personnalités et ces magistrats élus par leurs pairs. C’est, justement cela, la garantie de l’indépendance des magistrats du siège. Il faut rappeler que chez nous, parce que vous, vous êtes aux Etats Unis, certains procureurs sont élus. Ce n’est pas le cas chez nous. Chez nous les procureurs sont nommés par le Président de la République sur proposition du ministre de la Justice.

Les procureurs, puisqu’ils sont dans une hiérarchie, ne sont pas nommés, par le Conseil Supérieur de la Magistrature. Mais tous ceux qui rendent des décisions ou qui instruisent des affaires judiciaires sont absolument indépendants. Donc, je voudrais dire que vous pouvez être fiers ; vous avez au monde le meilleur mécanisme de garantie de l’indépendance des juges. Et tous les jours, et c’était mon premier acte que j’ai pris depuis que je suis venu au Ministère de la Justice, c’était de réformer justement le Conseil Supérieur de la Magistrature qui est la garantie de l’indépendance des juges du siège. C’est un des meilleurs mécanismes que beaucoup de pays nous envie aujourd’hui.
 
Mohamed SEIDOU : A l’occasion de l’anniversaire de la proclamation du Niger, le 17 décembre, le Président de la République, en s’adressant à ces concitoyens, leur a demandé de changer de mentalité, de se mettre au travail ; il leur a demandé de se référer aux occidentaux.
Pouvez-vous nous expliquer quelque peu cet appel du Président de la République, car on a comme l’impression qu’il est déçu.

Marou AMADOU : Je voudrais d’abord corriger. Il a en effet appelé les nigériens à un changement de comportement et à cultiver le travail bien fait. Il n’a, à aucun moment, demandé aux nigériens de se référer aux occidentaux. Ce discours a fait l’objet de toutes les caricatures et de dérision possibles, mais je peux vous dire, et j’ai l’habitude de le dire sur votre chaine, que si jamais les nigériens considéraient qu’il appartenait au seul gouvernement de changer le Niger, le changement ne viendra jamais. Le gouvernement, au maximum, une trentaine de membres sur 17 millions d’habitants, ne peut  à lui seul transformer ce pays. Le Président n’a pas dit, ni plus ni moins, que d’appeler les nigériens à un changement de comportement. Il est évident que un pays où le maximum de gens choisiraient que quelques-uns travaillent et satisfassent leurs besoins, ce pays n’avancera jamais. Il est aussi évident que si les fonctionnaires ne se disent pas qu’ils travaillent pour leur pays et que peu importe le salaire, ils devraient être au travail à  8 heures, peu importe qu’on les contrôle ou pas, ils le font parce que l’avenir de leur pays en dépend, il est entendu que ça ne va pas changer. C’est parti d’un constat que, pour la plupart l’accusation est faite que, c’est parce qu’il n’y a pas de sanctions. Je pense que pour des citoyens jaloux de la prospérité de leur pays, de sa grandeur, n’ont pas besoin d’être sanctionnés pour travailler, heure après heure, minute après minute pour faire avancer leur pays. Donc, c’est malheureusement triste de le dire, mais il est clair et évident que si tous les nigériens se mettaient au travail on pouvait faire plus. En quatre ans, ce gouvernement a fait de grandes choses pour ce pays. Il n’a pas réussi certaines, c’est évident, il faut le dire, mais on ne peut pas tout réussir, et qu’on aurait pu réussir mieux si le culte du travail bien fait était partagé par l’ensemble des nigériens.

Mohamed SEIDOU : Où est alors passé le Pacte Républicain, issu du Conseil  Consultatif  National  de la Transition que vous-même avez présidé ?
Marou AMADOU : Le Pacte Républicain est affiché dans beaucoup de services publics de ce pays. Certains disent aussi que c’est parce qu’on n’enseigne pas l’éducation civique à l’école. Et de mon point de vue, le Pacte Républicain comme l’éducation civique ne serviraient qu’à de la sensibilisation. Et vaut mieux des hommes convaincus par eux-mêmes que des hommes convaincus par des précepteurs ou par de la sensibilisation.

En dépit du Pacte Républicain qui s’adressait notamment aux partis politiques, aux organisations de la société civile et à tous les citoyens, il est évident que les gens n’en ont pas tiré les leçons. En tout cas, je ne pense pas comme cela se devait mais que les gens peuvent toujours s’en référer pour mieux faire. Il est grand temps, en effet, que nous voyions que c’est par la sueur et l’intelligence que d’autres pays se sont développés et que nous aussi nous n’avons pas d’autres choix que de passer par l’intelligence et la sueur pour transformer notre pays et le grandir. Il  n’y a pas un autre chemin.

Mohamed SEIDOU : Suite à l’attaque violente contre Charlie Hebdo, le 7 janvier à Paris par des terroristes, nous avons constaté que le Niger a été l’un des premiers pays du monde à condamner l’acte et apporter son soutien  à la France. Et le dimanche 11 janvier 2015, le Président de la République du Niger a fait le déplacement pour participer à la marche républicaine, toujours à Paris. Pouvez-vous nous en dire les raisons ?
Marou AMADOU: En tant que Porte-parole du Gouvernement, j’ai rendu publique une déclaration, à cet effet. Nos raisons étaient doubles.

Premièrement, vous le savez, si nous sommes en paix, et qu’on peut encore circuler à Bamako, nous le devons à la réaction positive de la France, lorsque Bamako était menacée de chute. Et qu’après Bamako, c’eût été probablement Niamey.

Deuxièmement, il faut le comprendre, le terrorisme, par principe, notre Gouvernement a toujours été opposé au terrorisme.
 
Il est évident que si nous ne désapprouvons pas le terrorisme partout, si nous ne le désapprouvons que lorsqu’il nous touche, nous aurions été hypocrites.

Et sur cette question-là, nous ne sommes pas hypocrites. Nous sommes totalement opposés au terrorisme. Nous mettons tous les mois et vous avez dû suivre, budget après budget, les moyens que nous avons mobilisés pour protéger notre pays.

La France a été frappée par le terrorisme ; dix-sept personnes sont mortes, dont deux musulmans. Le Président de la République a été invité par le Président français à une marche républicaine contre le terrorisme. Le Niger est une République. Le Gouvernement du Niger est totalement opposé au terrorisme. Nous connaissons les manipulations que les politiciens nigériens ont faites à propos de ce déplacement.

Nous l’avons fait. Et si c’était à refaire nous le referons. Seul, personne ne peut combattre le terrorisme. C’est par une coalition des idées et des personnalités que nous pouvons contrecarrer le terrorisme qui a un caractère tout aussi international.

Nous sommes, du reste, le seul pays qui est entouré, plus que tout autre pays, au monde, par des foyers terroristes : au Mali, en Libye, au Nigéria. Le Président de la République a donc fait son devoir en participant à cette marche républicaine contre le terrorisme. Cela a été exploité ; des gens ont exploité cela, sachant que le Niger est à 98% musulmans. Ils ont fait croire qu’en prenant part à cette marche républicaine contre le terrorisme, le Président était parti soutenir Charlie. Mais tout le monde sait que le Président de la République n’était pas allé en France pour soutenir les caricatures du prophète Mohamed (PSL) ; tout le monde au Niger le savait, mais cela a été exploité.

Mohamed SEIDOU : Monsieur le Ministre, le Président de la République a dit publiquement sur une télévision internationale que lui, il est Charlie. Il a dit, je cite « Nous sommes tous Charlie » ?
Marou Amadou : Il faut le savoir, c’était le mot qui a été interprété pour mettre le feu aux poudres. Le slogan « Je suis Charlie » en France veut dire que je suis pour la liberté d’expression et contre le terrorisme, le jour-là ; non pas que la personne partageait les caricatures de ce journal. Au moment où on parle 42% des français qui ont scandé ce slogan ont dit qu’ils étaient contre les caricatures du prophète Mohamed (PSL). Mais enfin, le Président de la République l’a dit signifier qu’il était pour la liberté et contre le terrorisme. Imaginez, un tant soit peu, que les français qui sont à 98% non musulmans décident, parce que le terroriste était Coulibaly et les frères Kouachi,  de s’en prendre aux musulmans qui étaient là-bas ; imaginez que, de par le monde, on s’en prenne aux nigériens parce qu’ils ne seraient pas chrétiens, il n’y aurait jamais la paix dans le monde. Il fait le comprendre, il y a eu des manipulations au Niger et nous ne les accepterons pas, nous ne pouvons pas les accepter. Nous sommes un peuple qui a vécu en paix, depuis qu’il existe avec toutes les religions du monde ; la religion est une relation personnelle avec Dieu, elle n’est jamais collective et nul n’a le droit d’imposer sa religion  à quelqu’un d’autre. C’est ça, le principe des libertés. Ce que quelqu’un a le droit de faire, c’est de se défendre, contre le refus de quelqu’un de pratiquer sa religion. Le prophète Mohamed (PSL) n’a fait la guerre que parce que les gens ont refusé de reconnaître sa religion, et de permettre, à lui et à ses compagnons, d’exercer et de pratiquer leur religion. C’est ce qui s’est passé historiquement. Il a vécu en paix. Et même quand il est devenu Chef d’un Etat islamique, il a vécu avec des juifs et es chrétiens. Du reste, rappelons l’histoire, lorsque les musulmans étaient menacés à La Mecque, ils s’étaient réfugiés sous la protection d’un chef chrétien d’Ethiopie. Donc, je vous assure que ce qui est arrivé au Niger, le nombre d’églises brûlées discrédite totalement notre pays. Et on peut le dire, vraiment ce ne sont pas des musulmans qui ont fait ça ; nous sommes en train de les rechercher et nous leur appliquerons la loi. Voilà, toute l’histoire de cette question du voyage du Président de la République et du slogan «  Je suis Charlie ».

Mohamed SEIDOU : Nous déplorons ce qui s’est passé, nous n’acceptons pas aussi qu’on brûle des églises ou qu’on tue des chrétiens ou des juifs. On n’accepte pas cela. Toutes les violences ont fait suite à la dernière publication de Charlie Hebdo, après la première caricature. On a entendu le Président de la République, dans son message à la Nation, on dirait qu’il se justifiait. Pourquoi, il n’a pas aussi condamné cette dernière publication de Charlie Hebdo ? Pourquoi n’at-il pas demandé aussi des excuses ?
Marou Amadou : Je ne vais pas vous demander pourquoi vous n’avez pas suivi ce qui s’est passé. Je vous disais qu’avant le message à la nation du Président de République, au nom du Gouvernement, deux jours avant, le Vendredi précisément, en tant que Porte-parole, je m’étais adressé à tous les citoyens pour dégager la position du gouvernement et du Président de la République, aussi bien sur son voyage en France que sur ce qui s’est passé. Le 15 janvier, le Gouvernement a publié un communiqué dans lequel il a, non seulement condamné les caricatures mais interdit la publication et la vente du journal Charlie Hebdo au Niger. On ne pouvait pas mieux faire. Et c’est au lendemain de ce communiqué, malgré cela que des gens sont sortis pour bruler, tuer et profaner. Je pense que ce n’est pas des explications dont ces gens ont besoin, les explications ont été données et le Président de la République dans son message à la Nation a rappelé sa condamnation ferme de toute forme de ridiculisation de la religion musulmane, en particulier de son prophète.

Mohamed SEIDOU : Monsieur le Ministre ; abordons maintenant l’affaire dite du trafic des bébés importés du Nigéria. Parmi les accusés de cette affaire confuse on retrouve Monsieur Hama AMADOU, l’ex-Président de l’Assemblée Nationale et Président du parti Moden Loumana, le principal opposant politique du pays, à ce qu’on dit, de Monsieur Mahamadou Issoufou, Président de la République du Niger. Selon lui, cette affaire a été déclenchée au mauvais endroit. Elle aurait dû se déclencher au Nigéria et non au Niger. Hama AMADOU affirme qu’il s’agit d’un montage qui vise à l’éliminer de la scène politique. Que dites- vous ?
Marou AMADOU : Et toi, qu’est-ce que tu crois ? Parce que je pense que c’est une question que vous avez suivie ! Vous pensez vraiment que parce que les bébés ont été achetés au Nigéria, que c’est au Nigéria de déclencher une affaire de supposition d’enfant ? Non. Les gens, quand ils étaient revenus, ils ont dit qu’ils ont accouché, ils ont organisé des baptêmes, ils ont donné des noms, ils ont souvent déclaré devant des centres de santé que c’est à Niamey que ces enfants étaient nés. La supposition d’enfants a eu lieu au Niger, et pas au Nigéria. C’est plus tard avec l’enquête et je veux vous dire ; Monsieur Hama AMADOU a eu ses enfants vers 2012, je n’ai pas la date exacte ; mais ce qu’il faut savoir, c’est que plus tard il ya eu beaucoup de nigériens qui ont suivi cette filière. Et précisément, c’est parce que je suis le Chef du Parquet, il y a eu des enquêtes.

Il y a un monsieur qui en trois mois a eu six enfants, soit des frères jumeaux de ces trois femmes déjà ménopausées. C’est en ce moment que nous avons cru à cette histoire qui pendant longtemps a été chuchoté par les journaux. Nous avons dit non, il n’y a pas de miracle, de ce point de vue-là et nous avons ouvert une enquête. Et on a pu constater que l’épouse de Monsieur Hama AMADOU avait suivi la même filière que l’épouse du précédent monsieur. Avec la coopération judiciaire avec le Nigéria, on s’est rendu compte que les enfants étaient pris dans ce qu’il était convenu d’appeler des usines à bébés, à Oré, au Nigéria. Il faut le savoir.

Ce n’est pas parce que Monsieur Hama AMADOU est Président de l’Assemblée Nationale que, après avoir découvert cela,  nous allions reculer,  parce que les gens feraient l’interprétation qui est faite aujourd’hui. Il y a eu des interprétations de mauvaise foi, comme celle qui est en cours maintenant. Il faut que les gens se calment sur cette affaire. C’est une affaire de droit commun pure et simple. Hama AMADOU n’est pas le seul dans cette affaire. Avec lui, nous avons, et vous le savez, Monsieur Abdou LABO, qui est un collègue et qui est ministre d’Etat. Nous avons eu le Haut Commandant de la Garde Nationale, pour ne citer que ceux qui avaient des positions officielles. Vous pensez que vraiment que parce que les gens diront que c’est au mauvais moment et au mauvais endroit que cette question ne devrait pas faire l’objet de poursuite de la part du ministère public. Mais qu’elle le fut ou non, tôt ou tard cette affaire rattraperait ces auteurs, co-auteurs et complices parce que vous le savez après toute la médiatisation dont cette affaire a fait l’objet, un jour ou l’autre, en cas de succession, cette affaire éclaterait.

En son temps, je l’avais dit, dans un de mes points de presse,  que cette affaire a pu plaire à certains et déplaire à d’autres, mais elle est une affaire de droit commun qui n’a aucun caractère politique, même s’il y a des hommes politiques qui y sont impliqués. Voilà toute la réponse par rapport à cette question. Et je pense que si les gens étaient  de bonne foi, simplement ils verraient que tous les jours Sarkozy est poursuivi dans des affaires qui se sont passées sous son mandat en France.

Je pense qu’il tente de s’expliquer ; encore que pour lui, ce sont des affaires passées dans l’exercice de ces fonctions, ce n’est même pas des affaires strictement de droit commun. Mais, les gens s’expliquent, ils donnent leur point de vue, ils disent leurs positions devant les tribunaux et les affaires sont traitées. Mais, on ne peut pas se retrancher quelque part et dire que c’est une affaire politique, comme si cette affaire était montée de toute pièce. Elle ne l’a pas été et donc, les gens doivent répondre parce qu’il s’agit d’une infraction de par les lois de notre pays.

Mohamed SEIDOU : Merci Monsieur le ministre. Vous savez que Sara la femme du Prophète Abraham a eu son fils Isaac à un âge très avancé.  
Marou AMADOU : Pour une raison simple, les gens qui ont eu ses enfants dont nous parlons ne sont pas des prophètes et je ne veux pas rentrer dans l’histoire de prophète. Les gens dont il s’agit sont des êtres humains, comme toi et moi, et Dieu n’a pas décidé de descendre son miracle sur eux. C’est tout.

Mohamed SEIDOU : Merci Monsieur le Ministre. Evoquons l’affaire dite des passeports. Un journal de la place, Le Courrier du 31 Décembre 2014 nous rapporte que Monsieur le Ministre Bazoum MOHAMED aurait été invité à se faire entendre par le juge et qu’il aurait refusé de répondre à l’ « aimable invitation ». De quoi s’agit-il exactement ?
Monsieur Marou AMADOU : C’est totalement faux, c’est totalement faux et vous savez bien que c’est faux parce que vous vous rappelez de l’affaire. C’est l’affaire du passeport diplomatique d’un libyen. Ces passeports diplomatiques sont des titres de voyages et de mission qui historiquement se donnent à tous les officiels d’un pays en difficultés pour régler des problèmes politiques. Il ne s’agit pas, loin s’en faut, de l’affaire de passeports ordinaires au Niger qui avaient été donnés à plus de treize mille (13 000) personnes étrangères au pays. Ceci est  totalement une infraction de droit commun dans notre pays pour laquelle des commissaires ont été poursuivis, jugés et condamnés, pour certains, à cinq ans d’emprisonnement.
 
Mohamed SEIDOU : Merci Monsieur le Ministre. Dites-nous quelque chose de cette affaire qui concerne Mme Hima Kissé.  
Marou AMADOU :   S’il est établi que c’est un maire qui a abusé de cette bonne dame, je lui dis simplement qu’elle pouvait se plaindre régulièrement et que son affaire sera suivie quelle que soit la personne qui est en jeu.

Mohamed SEIDOU : Ayant été le Président du Parlement de la Transition quel souvenir avez-vous gardé de la participation de la diaspora nigérienne aux travaux de cette institution ?
Marou AMADOU : Ce fut une expérience extraordinaire que d’écouter la participation de la diaspora nigérienne à cette transition démocratique pour la simple et bonne raison que vous vous rappelez que le président du comité des textes fondamentaux venait de la diaspora, le Professeur Mamoudou et les différents représentants des différents continents de la diaspora au sein du Conseil Consultatif National, leurs points de vue avaient été brillants, constructifs et nous ont permis d’avancer vers la construction d’un nouvel ordre républicain et constitutionnel. Les archives sont là et cette participation a été extrêmement importante et cela justifie la raison pour laquelle désormais vous allez être présents au Parlement nigérien en tant que diaspora avec des représentants. Vous savez qu’avec la distance et les expériences que vous avez pu avoir à l’extérieur que vous vous êtes enrichies, vous  avez beaucoup appris et c’est nécessaire pour notre pays, pour en avoir reformé et construire mieux.

Mohamed SEIDOU : Merci Monsieur le Ministre pour avoir pris de votre temps et répondre à nos questions. Vous avez le mot de la fin.
Marou AMADOU : Je salue tous les nigériens et toutes les nigériennes qui ont suivi cette interview. Nous pensons beaucoup à eux et que nous espérons le jour J qu’ils reviendront contribuer à la construction de ce pays avec tout le talent, toutes les expériences qu’ils ont pu acquérir à l’extérieur là-bas.  Je vous remercie.
Interview réalisée le dimanche 18 janvier 2014 par Mohamed Seidou pour le service de Niger Voice.

 

 

Dernière modification le lundi, 26 janvier 2015 06:27

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