jeudi, 29 janvier 2015 09:20

Interview de Mme Abdou Assamaou Kosseyti, maire de la commune urbaine de Birni N’Gaouré

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Abdou Assamaou KosseytiMadame le maire pouvez- vous  présenter brièvement à nos lecteurs, la commune de Birni N’Gaouré ?
A l’instar des autres communes du Niger, la commune rurale de Birni N’Gaouré est créée par la loi N° 2002/014 du 11 juin 2002, portant création des Communes et fixant le nom de leurs Chefs-lieux. La commune urbaine de Birni N’Gaouré est l’une des huit (8) communes que compte le département du Boboye dont elle abrite le chef-lieu.

Elle est située à 105 km de Niamey, la capitale et à 33 km de Dosso, la région sur la RN1. Elle a une population de 53.323 habitants vivant sur 516 km2 et répartis dans 58 villages et quartiers administratifs. Les principales activités des populations sont l’agriculture, l’élevage et l’extraction du natron. Le Conseil communal  est composé de 12 élus locaux dont 5 femmes et 2 membres de droit qui sont le député et le Chef de canton. La commune rurale de Birni N’Gaouré est limitée au nord par la commune rurale de N’Gonga, à l’est par la commune rurale de Goley et le département de Dosso, à l’ouest par les communes rurales de N’Gonga et de Fakara et au sud par les communes rurales de Babidji et de Kankandi.

«Nous avons beaucoup de défis à relever dont les principaux sont la baisse de la production agricole, l’insuffisance des terres cultivables et la mévente des produits de cultures maraîchères»


 Les cultures irriguées sont pratiquées par beaucoup d’habitants de votre commune en particulier les femmes, quel soutien la commune apporte-t-elle aux producteurs ?
Vous avez parfaitement raison parce que ce sont effectivement les femmes qui s’adonnent ici aux cultures irriguées. Les appuis que leur apportait la commune sont de deux sortes. Il y a les appuis des partenaires techniques et financiers. A ce titre, la commune bénéficie, au profit de sa population, de renforcement de capacités sur les techniques agricoles, l’appui en semence, en petit matériel d’irrigation, en aménagement des sites, en intrants agricoles. Il y a même un partenaire qui nous a aménagé 15 ha au niveau de la commune. Nous avons un peu partout des aménagements réalisés avec l’appui de ce partenaire-là. L’autre type d’appui est apporté sur fonds propres de la commune. Nous mettons à la disposition des producteurs, des semences, du petit matériel de travail et des intrants.

Votre commune est souvent confrontée à des conflits entre agriculteurs et éleveurs, quel est le niveau d’implication de la commune dans la résolution de ces conflits ?
 Il  ne faut surtout pas confondre la commune de Birni N’Gaouré au département du Boboye parce que les problèmes fonciers dont vous parliez, c’est généralement au niveau du département. Au niveau de la commune, nous ne connaissons pas de conflits fonciers inquiétants. Il y a certes de petits problèmes qui surviennent souvent juste après les récoltes avec la descente des animaux. Ça, c’est entre agriculteurs et éleveurs. Pour ce qui est de l’aspect foncier, il y a des antécédents qui font que des champs sont mis en fourrière, des dossiers sont pendants à la justice, tout cela  a créé de petits problèmes. Malgré tout,  de mon arrivée à la tête de la commune jusqu’à aujourd’hui, nous n’avons pas connu de problèmes particuliers très inquiétants au niveau du foncier. Cependant, nous avons pris des mesures pour prévenir ces conflits. Nous avons ainsi mis en place la commission foncière communale (COFOCOM) et les commissions foncières de base (COFOB) au niveau des villages. Nous avons aussi sollicité et obtenu auprès d’un partenaire, un financement pour réaliser des activités de sensibilisation sur la prévention des conflits ruraux à travers la cogestion des ressources naturelles renouvelables. Ce qui nous a permis de réunir tous les leaders communautaires ici à Birni N’Gaouré pour passer des messages et nous avons fait des regroupements au niveau des villages où nous sommes allés. Les membres de ces regroupements villageois ont, à leur tour répercuter les messages jusqu’aux plus petits hameaux.

Les recettes fiscales sont l’une des principales ressources pour la commune, est-ce que les populations de votre commune s’acquittent convenablement de ce devoir ?
 En effet, les ressources fiscales représentent plus de 60% du budget général de la commune. Malheureusement, nous n’arrivons par à recouvrer convenablement ces recettes. Je pense que c’est une situation générale au niveau des communes. Mais, nous arrivons à joindre les deux bouts avec le peu que nous recouvrons. Les populations font ce qu’elles peuvent, mais ce n’est pas suffisant.

On sait que les communes en général ont des difficultés dans l’exécution de leur plan de développement, avez-vous des partenaires qui vous appuient dans ce sens ? Quels sont les domaines dans lesquels ces partenaires interviennent ?
Nous avons adopté notre plan de développement communal (PDC) en janvier 2013. Et c’est un partenaire qui nous a aidés à l’élaborer. Ce même partenaire est toujours à nos côtés et nous accompagne dans l’exécution de ce PDC. Ce partenaire, c’est le PAMEDD (Programme d’appui à la mise en place des entités décentralisées dans la région de Dosso). Il faut ajouter également SUISSAID. Ce sont nos principaux partenaires qui interviennent surtout dans le domaine de la sécurité alimentaire. Il y a d’autres partenaires tout aussi importants qui nous assistent. C’est notamment Qatar Charity qui aide surtout les femmes. Nous avons aussi Lux Developpement qui nous appuie dans les domaines des infrastructures scolaires et les cultures irriguées. Il y a enfin un important partenaire qui vient de lancer ses activités récemment à Dosso, c’est le PGRCDU auprès duquel, nous avons déjà introduit nos projets.

Vous êtes, l’une des rares femmes à être maire d’une commune au Niger, comment vos administrés perçoivent-ils votre position ?
Moi, je pense que la façon dont les administrés perçoivent ma position, dépendra de moi, de mes comportements, de mes actions. Si j’agis comme il se doit, ils ne verront pas une femme devant eux, mais une personne qui fait correctement son travail. Si j’agis autrement et même si je suis un homme, si j’agis avec laxisme, les populations ne me respecteront pas. Je ne vois pas mes rapports avec mes administrés en termes de genre, mais en termes de responsabilité. Je n’ai jamais rencontré de problème avec eux parce que le premier maire de Birni N’Gaouré était déjà une femme et moi-même je suis habituée parce que je suis restée maire-adjointe à Torodi avant d’être élue maire ici à Birni N’Gaouré. C’est vous dire que je n’ai jamais eu de problème particulier parce que je suis une femme. Je fais tout pour que mes administrés n’aient pas l’impression que je n’ai pas assuré mes responsabilités parce que je suis une femme.

Quelles sont les principaux défis qui se posent actuellement à votre commune ?
Nous avons beaucoup de défis à  relever dont les principaux sont la baisse de la production agricole, l’insuffisance des terres cultivables et la mévente des cultures maraîchères. Vous avez vu vous-même que les femmes travaillent et produisent beaucoup, mais souvent vous les trouvez au marché avec leur production invendue. C’est une situation pitoyable et ça nous préoccupe énormément. Les autres défis sont notamment les inondations répétitives. Quand la saison des pluies s’installe, je ne dors pas tranquillement. Je m’attends  chaque fois à être appelée pour m’annoncer que telle ou telle autre localité a été inondée. Nous avons aussi une insuffisance en couverture en eau potable, un faible rendement scolaire et un faible accès aux soins de santé. Du point de vue économique, on a un manque de dynamisme du commerce et du transport, une insuffisance d’équipements et d’infrastructures d’accueil.

Avez-vous pensé à des pistes de solutions en particulier pour le problème d’écoulement de la production maraîchère par les femmes ?
En effet, c’est pourquoi j’évoquais tantôt la transformation des produits. Nous avons monté un dossier que nous avons soumis à un partenaire. Ce partenaire est venu à Gounoubi et à Koran Kassa pour apprendre aux femmes comment transformer les produits maraîchers. Ce qui leur a permis d’apprendre les techniques de conservation des produits. Nous avons aussi monté d’autres projets pour obtenir des financements en vue de construire des magasins de stockage, surtout de l’oignon. Ce produit est pratiquement bradé au moment de la récolte alors que si les productrices avaient les capacités de le stocker et de le revendre après, elles gagneraient plus.

Vous êtes membre du Bureau de l’Association des Municipalités du Niger (AMN) et membre d’autres structures de femmes élues locales, que font ces structures pour promouvoir le leadership féminin ?
Je suis en effet membre du bureau de l’AMN, je suis aussi présidente nationale du Réseau des femmes élues locales du Niger (REFELON), je suis membre du Réseau des femmes élues locales d’Afrique (REFELA). Le REFELON est jeune, mais il y a une vision, c’est d’amener les femmes à participer massivement et qualitativement aux instances de décisions. Nous avons déjà tenu des réunions dans ce sens et nous avons cherché des renforcements de capacités sur des modules dont les objectifs s’inscrivent dans le cadre de notre vision. Nous avons eu deux sessions de formation dont une avec le ROTAB et la 2ème avec le Ministère de la Population, de la Promotion de la Femme et de la Protection de l’Enfant.

Pour ce qui est de l’AMN, nous œuvrons pour que vivent les communes. Notre action consiste à défendre les droits des communes, les informer de ce qui se passe, les sensibiliser et défendre la volonté de l’Etat, l’ANFICT a été installée. L’Etat est entrain d’appuyer les communes à travers cette agence, avec le Fonds d’appui à la décentralisation (FAD) et le Fonds de péréquation.

Quel appel avez-vous à lancer à l’endroit de vos administrés ?
J’en appelle à un changement de comportement, c’est ça qui conditionne le développement. Mais je ne dis pas que leur comportement est mauvais. Il faut un changement positif à travers le maintien de leur environnement propre, s’acquitter des devoirs civiques qui incombent à chacun notamment par le paiement des impôts et taxes municipales. Il faut que tout le monde s’engage pour la mobilisation des ressources internes de la commune, parce que même pour obtenir un appui d’un partenaire, il vous demandera votre contrepartie. Le PAMEDD a une dotation annuelle pour les communes, mais la mobilisation des ressources internes fait partie des critères de répartition.

Siradji Sanda et Hassane Daouda, envoyés spéciaux

29 janvier 2015
Source : Le Sahel

Interview