vendredi, 20 février 2015 08:38

Entretien avec le gouverneur de la région de Diffa, M. Yacouba Soumana Gaoh

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 Yacouba Soumana GaoComment se présente la situation à Diffa après les évènements du 6 février ?
Effectivement dans la nuit du 6 février, la ville a été attaquée. Mais avant de faire la situation, je me dois de vous remercier d’avoir accepté de venir effectuer une mission  difficile dans une zone d’insécurité. Nous avons été victimes d’une attaque.

 

Et le matin, les populations ont commencé à fuir. Mais  je me dois de vous dire que les FDS ont résisté toute la nuit et repoussé l’ennemi. Les assaillants n’ont pas pu prendre la prison civile qu’ils ont attaquée, encore moins le pont Kogui. Quand vous y serez, vous y verrez quelques 150 à 200 cadavres des éléments de Boko haram abandonnés de l’autre côté suite à leur défaite et la prise du poste frontalier de Duji qu’ils occupaient.

Par la force  de nos FDS, les insurgés ont été obligés de retourner et de tout laisser derrière eux. Au niveau de la prison civile également, les assaillants ont subi des lourdes défaites. Certains sont abattus, d’autres arrêtés. Il y en a qui ont pris la fuite pour venir dans certains quartiers, et ont pu échapper aux FDS avec la complicité de la population.  Les gens ont fui, c’est vrai ; mais ce n’est que parce qu’ils ne sont pas habitués à ce genre de situation où des armes lourdes crépitent. Ce sont ces déflagrations qui ont effrayé la population. Il y a aussi  certains de nos compatriotes qui circulent à moto dans les quartiers pour dire aux femmes de quitter en leur annonçant qu’on a tué tous les militaires au niveau du pont Kogui et que les éléments de Boko Haram sont en train de rentrer dans la ville.

C’est donc avec la complicité de certaines personnes que la fuite a été bien  organisée. Mais, aujourd’hui, la preuve est là. Il n‘en est rien. Pas plus tard qu’hier samedi 14 février, nous avons fait le tour de la ville pour dire à la population qu’elle peut vaquer à ses occupations. J’ai demandé à ceux qui ont quitté de regagner Diffa,  leur ville est sécurisée. On a la quiétude, ça fait trois jours que rien de mal ne se passe ici. Vous voyez bien que je suis à la résidence, je ne suis pas allé ailleurs pour trouver un quelconque refuge. La ville est sous  contrôle de nos FDS et bien  sécurisée. J’ai lancé un appel à l’endroit de la population, pour que les gens reviennent et que ceux qui sont restés terrés chez eux à Diffa sortent pour vaquer à leurs occupations quotidiennes en toute sécurité. Aujourd’hui, tout commence à marcher correctement. Il ne reste que le marché. A ce sujet, c’est le syndicat des commerçants qui nous a demandé de le faire fouiller d’abord par la Police. Et dès le début de la semaine, nous allons le faire et le marché sera rouvert quand le contrôle sera fait. J’ai donné les instructions  fermes pour cela.

A vous entendre parler avec une telle assurance, on comprend que la situation est totalement sous contrôle ; quel est le message que vous avez à livrer au reste des concitoyens qui considèrent Diffa comme une région assiégée ?
Je veux que ceux de nos concitoyens qui  sont hors de la région s’assurent  qu’il y a eu  plus de peur que de mal à Diffa. Diffa est sous contrôle de nos FDS, toute la région, je le répète. Depuis qu’on a commencé, je partais au service, je revenais seul. C’est seulement les trois premiers jours qu’on m’a escorté. Mais c’est fini ça. Et rien ne m’est arrivé ! Les  habitants aussi vaquent à leurs occupations quotidiennes. Je rassure la population que nous vivons en paix, dormons bien. Ça fait trois jours que nous n’avons entendu aucun crépitement d’une arme légère ici et je sais que  les habitants vous le diront aussi. C’est déjà rassurant qu’on n’ait plus de bruit d’armes, et les populations sont en train de revenir. Vous les verrez rentrer lorsque vous sillonnerez la ville, et ce mouvement de retour est régulier. Alhamdou Lillah, je demande aux gens de rester calmes, de prier pour le Niger, d’oublier les divergences de toute sorte, et de se mettre derrière nos FDS. La guerre qu’on nous a imposée, c’est pour l’ensemble des Nigériens. Ce n’est pas pour les gens de la mouvance, ce n’est pas pour les gens de l’opposition. Quand il y a eu les opérations kamikaze, les auteurs n’ont pas cherché à savoir si leurs victimes sont de tel ou tel autre bord, leur objectif c’est de nuire au Nigérien qui qu’il soit. Vous voyez que le kamikaze a agi sans distinction. Donc, je pense qu’il faut qu’on soit uni pour apporter notre soutien aux FDS.


Qu’en est-il des fonctionnaires qui ont déserté leurs services ?
Nous avons envoyé un message à tous les fonctionnaires leur intimant de rentrer au plus tard ce dimanche pour reprendre le travail dès le lundi. Nous allons procéder à un contrôle Incha Allah. J’ai été au CHR de Diffa pour apporter mon soutien aux agents de santé, pour les encourager. Ils étaient 47 agents, tous présents malgré la crise ; ils sont restés par devoir, par patriotisme et par amour du prochain. Ils se sont internés, ils vivent dans le CHR  autour du directeur du Centre hospitalier régional et attendent les urgences. C’est un acte de bravoure. J’étais vraiment ravi de voir comment ces agents ont eu ce courage de rester. Et je ne peux qu’aller leur rendre hommage, leur apporter mon soutien moral et celui des autorités nationales. Leur cas est un exemple à suivre par tous les autres agents de l’Etat.

Monsieur le Gouverneur, nous sommes engagés dans une guerre asymétrique. A Diffa, les terroristes ont travaillé avec des complices. Est-ce que les FDS  ont réussi à démanteler le réseau des complices ?
Au niveau de la ville de Diffa, nous avons un Coran qu’on appelle ‘’Dan Bassa’’ ; il est très craint dans toute la région. On a décidé de le promener dans toute la ville contre tous ceux qui sont complices, ceux qui les hébergent, les connaissent. Les minutes qui ont suivi, nous avons eu des résultats probants. Les gens qui ne voulaient ou ne pouvaient pas parler étaient obligés de réagir. Presque tous les complices ont été arrêtés. En deux jours, on a mis la main sur une centaine de personnes complices des activistes de Boko Haram, natifs de Diffa ville et de sa région. Beaucoup de ceux qui ont fui par la route vers Zinder ont été arrêtés là-bas ou en cours de route. Nous continuons les perquisitions au jour le jour et les dénonciations aussi se poursuivent. Nous continuons à arrêter les gens à Diffa, Maïné et d’autres localités. Présentement, il y a plus de 150 personnes arrêtées à N’Guigmi.  Vous avez sans doute appris que le cerveau de Boko Haram, son recruteur à Diffa a été arrêté, c’est le commerçant Bounou Kaka. Vous verrez sa maison au bord de la  Komadougou en allant vers le pont Kogui.

Propos recueillis par Zabeirou Moussa

20 février 2015
Source : Le Sahel



 

 

Dernière modification le vendredi, 20 février 2015 09:00

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