mercredi, 25 février 2015 15:21

Interview exclusive avec Seïni Oumarou, chef de file de l’opposition nigérienne « En croyant nous causer du tort, le président de la république s'est lui-même causé du tort... »

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Seini Oumarou Interview 02C’est un Seïni Oumarou plein de sérénité et de confiance en l’avenir de son pays qui a répondu aux questions de votre hebdomadaire Le Monde d’Aujourd’hui. Le chef de file de l’opposition, président du MNSD-Nassara, quoique harcelé de toutes parts par le régime, reste constant sur sa ligne de début du mandat d’Issoufou : le Niger d’abord.

 

Au lendemain de l’élection ayant porté Issoufou Mahamadou à la présidence de la République et avant même la proclamation définitive des résultats par le conseil constitutionnel de transition, Seïni Oumarou était l’un des premiers à avoir félicité le nouvel élu. Aujourd’hui encore, en dépit des tentatives de récupération de son parti par les tenants du pouvoir et de sa récente interpellation à la police judiciaire, il reste accroché à la défense des intérêts du pays d’abord, et plus que ceux de son parti et de l’opposition dont il est le chef de file. Lisez cet entretien exclusif qu’il nous a accordé et vous comprendrez ...

Le Monde d’Aujourd’hui : Bonsoir Monsieur le chef de file de l’opposition. Êtes-vous toujours président du MNSD- Nassara ? Si oui, quels sont vos arguments après tout ce qui s’est passé avec Albadé Abouba ?
Monsieur Seïni OOUMAROU : Je ne vois pas ce qui m’empêcherait de me considérer toujours comme le président du MNSD- NASSARA. C’est vrai que le Ministre de l’intérieur s’est autorisé à prendre acte du soit disant congrès organisé par des gens qui étaient à l’époque sous le coup d’une suspension en application d’une décision de justice mais qui sont exclus depuis le congrès du 29 novembre 2014. Ils s’étaient réunis au palais des sports, entre consorts suspendus du parti, dans l’attente d’une sanction définitive du congrès. Mais il faut savoir qu’un parti politique est une association. C’est l’affaire des membres de cette association et les divergences entre les membres sont réglées soit par les textes fondamentaux de l’organisation soit par la justice.

Dès lors, la lettre par laquelle le Ministre de l’Intérieur dit « prendre acte » n’est ni la décision d’une des instances de notre parti, ni une décision judiciaire exécutoire. Cette lettre de complaisance est donc un simple effet d’annonce, une réaction superficielle et émotive suite à la marche du 18 janvier. Or, un Etat doit être géré dans la sérénité et dans le respect des lois et règlements en vigueur et non dans la passion et l’intolérance. Aucun texte en vigueur au Niger n’a prévu que le Ministre de l’Intérieur puisse valider un congrès d’un parti politique. Même ceux d’en face ont reconnu que c’est le Président Seini Oumarou qui a convoqué le congrès du MNSD NASSARA. Ce congrès régulièrement convoqué, s’est tenu aux dates indiquées et il a renouvelé les organes qui doivent l’être et pris des résolutions. Face à ces faits incontestés, comment peut-on penser qu’il y’ait deux MNSD NASSARA ? Il n’y a qu’un seul MNSD-NASSARA dirigé par un seul président que je suis.


Mais, ce fourvoiement apparent du Ministre de l’Intérieur, entre en réalité dans le cadre du concassage des partis politiques initiés par le président de la République dans la perspective du hold-up qu’il compte organiser en 2016.

Alors, Monsieur le président du MNSD- Nassara, pourquoi vous et l’opposition dont vous êtes le chef, avez refusé de participer à la marche du 17 février en soutien aux FDS que vos groupes parlementaires ont d’ailleurs contribué à envoyer au front par le vote unanime de la résolution y afférente ?

Je voudrai également préciser que tous les Nigériens ont vu les places qui vous ont été réservées à la Place de la concertation, preuve si besoin en était, que vous étiez bel et bien invités.


Il faut noter que les deux groupes parlementaires de l’opposition qui ont voté la résolution autorisant l’envoi des troupes nigériennes au Nigéria sont des émanations des partis de l’opposition. C’est à dire que s’il y a eu vote, c’est en accord avec les partis concernés. De même, vous avez remarqué que nos députés n’étaient pas de la marche.

Pour nous, cette marche n’est que du folklore qui n’apporte rien au moral de nos troupes. En fait, tout le souci du Président de la République est de redorer son blason après les évènements de Charlie. Comme nous l’avons dit dans notre déclaration du 20 Février 2015, cette marche qui ne suffira pas à faire oublier Charlie aux Nigériens, a été l’occasion pour le régime en place de divertir le peuple et de se consacrer une fois de plus à son sport favori : le détournement de derniers publics et la corruption. La preuve nous a été donnée par les révélations faites par des structures formelles ou de simples individus.

Dieu merci. Certaines structures n’ont pas accepté la compromission et la perversion morale. C’est pourquoi, je profite de l’occasion que vous m’offrez pour féliciter et remercier les étudiants à l’Université de Niamey qui à travers leur structure (UENUN), ont décidé de reverser aux populations de Diffa la somme qui leur a été donnée dans le cadre de cette marche. Leur geste s’inscrit dans la dynamique de l’opposition qui a demandé de faire preuve de solidarité à l’égard de la population de Diffa.


Quant à nos places réservées à la place de la concertation, cela me faire sourire et prouve à suffisance le degré de cynisme et l’amateurisme des autorités actuelles. Elles sont tellement méchantes que leur méchanceté se retourne contre elles. Elles savaient que le président Ousmane et moi- même ne viendront pas à cette marche car l’opposition l’a déjà dit dans un point de presse et dans des interviews. Et puis on ne va pas à une marche pour s’assoir.

Cet amateurisme des gouvernants fait de nous la risée du monde entier. En effet rappelez-vous quand nous avions dit que les font débloqués pour acquérir au moyen de surfacturation un avion de plaisance et de tourisme devaient servir à équiper l’armée. Ils sont sortis pour tout balayer d’un revers de la main. Malheureusement cette affaire de Boko Haram vient de nous donner raison. Où est « le drone avec pilote» de Massaoudou ? Comment l’Etat peut-il manquer de ressources au point d’organiser un téléthon pour l’armée ? Nos autorités actuelles connaissent-ils seulement ce qu’on appelle les missions régaliennes de l’Etat ? A ce rythme ils feront cotiser les nigériens pour payer le carburant de la voiture présidentielle. Nous croyons contrairement au Gouverneur de Zinder qui refuse aux déplacés de Diffa la solidarité nationale, que le téléthon serait plus indiqué s’il avait été organisé au profit des populations de Diffa et des familles des militaires tombés au front. En croyant nous causer du tort, le président de la république s’est causé un tort. Les chaises vides, marquant l’absence de l’opposition sont la preuve irréfutable aux yeux de l’opinion nationale et internationale, qu’il y a crise politique au Niger, crise que Issoufou Mahamadou a toujours nié. En outre, Issoufou Mahamadou a raté l’occasion de rentrer dans l’histoire, en ne réussissant pas à faire l’union des nigériens autour de lui dans la situation actuelle de notre pays. Il copie sur d’autres pays, mais il copie mal parce qu’il agit le ventre noué par la crainte de l’heure des bilans de 2016 quand le peuple dira : « on n’a pas avancé; rien ne s’est amélioré dans notre quotidien; et tu n’as pas défendu ni par la main, ni par le verbe, ni dans ton cœur le Prophète (PSL) ». Quand on n’a pas avancé, on a forcément reculé.

Monsieur le président, pourquoi l’opposition est contre la présidente de la Cour constitutionnelle ? On a l’impression que c’est d’après sa personne que vous en avez ...

Ce n’est pas un problème de personnes. L’opposition politique défend des principes démocratiques et les valeurs de l’unité nationale. La cour constitutionnelle s’est posée en instrument au moyen duquel le président de la République livre à l’opposition  une guerre sans merci aux fins de s’assurer sans frais une réélection en 2016. L’opposition n’a rien contre la présidente de la cour constitutionnelle. Il se trouve que par le hasard de l’histoire, c’est cette Dame qui est à la tête de cette institution qui a rendu les arrêts incriminés. Cela pourrait être n’importe qui et je vous assure que l’opposition se comporterait de la même façon à l’égard de cette personne sur la base des faits et actes relevés. Il ne s’agit donc pas de problème de personne mais de défendre des principes. La cour n’est plus crédible et impartiale.


Vous annoncez déjà ne pas participer aux prochaines élections avec cette Cour, or la constitution n’a pas prévu de mécanisme pour la renvoyer, que proposez-vous alors ?


L’opposition ira bel et bien aux élections mais pas avec la cour dans sa composition actuelle ou tout simplement il n’y aura pas d’élections du tout. Le problème de la cour est un problème politique et il y a des mécanismes politiques pour le résoudre.

Enfin, n’est-ce pas parce que vous, je veux dire, Seïni Oumarou, Hama Amadou, Mahamane Ousmane et tous les autres de l’opposition, avez peur de vous faire battre à plate couture par le président Issoufou en 2016 au vu des réalisations à son actif que vous cherchez déjà des dérobades ?


Je le répète encore, l’opposition ira bien aux élections mais c’est pour la gagner Incha Allah. Quant à battre les candidats de l’opposition, cela relève de la chimère pour Issoufou Mahamadou. Il le sait très bien, même s’il fait semblant de ne pas le savoir.

D’ailleurs tous les actes du pouvoir en place ne trahissent – ils pas le désarroi des dirigeants et leur peur viscérale de perdre les élections si elles étaient libre et transparentes. Rassurez vous, Issoufou Mahamadou sait que la pose effrénée de premières pierres ne signifie rien pour le peuple qui l’attend au tournant. S’il pense qu’il a une chance, je l’invite à lever l’embrigadement des médias d’Etat et il saura alors ce que les nigériens penseraient réellement de lui et de sa gouvernance. A cet effet je vous invite à faire un micro trottoir et vous verrez ce que les nigériens pensent de la gouvernance de Issoufou Mahamadou. C’est pourquoi il a commandité un sondage auprès de thuriféraires pour s’entendre dire que 62% des nigériens sont satisfaits de lui. Mais quand sonnera l’heure du bilan, il reviendra au peuple d’apprécier.


Un message à l’intention de nos lecteurs, de vos militants et des Nigériens en général ?

Vous savez depuis la proclamation des résultats définitifs des élections présidentielles de 2011, j’ai veillé et avec moi l’ensemble de l’opposition politique à ce qu’aucun obstacle préjudiciable aux intérêts supérieurs de notre pays ne soit par nous posé. On est à la croisée des chemins. Chacun est aujourd’hui conscient que les deux plans A et B du régime dont j’avais fait cas à un certain moment sont clairement apparus. Issoufou Mahamadou n’a de perspectives que pour lui-même et ce qui lui permet d’être là où il est. Le peuple nigérien est un instrument et non la finalité des actions politiques du président Issoufou Mahamadou. C’est pourquoi j’invite l’ensemble des couches sociales de notre pays à former un front patriotique et démocratique pour imposer à Issoufou Mahamadou des élections libres, transparentes, équitables et démocratiques ; seul gage d’une paix durable et de quiétude sociale.

J’invite l’ensemble de nos militantes et militants à faire preuve de courage, de détermination et de persévérance. Je leur demande de croire en l’avenir de leur pays.
Je vous remercie, que Dieu bénisse le Niger
et son peuple.

Monsieur le président, merci !
Propos recueillis par Ibrahim Amadou

25 février 2015
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

 

Dernière modification le mercredi, 25 février 2015 15:43

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