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vendredi, 17 avril 2015 04:08

Entretien avec le Maire de la Commune urbaine de Tchirozérine, M. Issouf Maha

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Issouf MahaDepuis les premières années qui suivirent la découverte des indices d’uranium  dans le nord  nigérien, tous les  voyageurs  qui, à l’époque, empruntaient ce qui était une piste Agadez -Dabaga -Arlit , ignoraient en passant qu’ils  laissaient  sur leur route  un pays  plein  de vie et riche de ses traditions sociales et religieuses : Anou Ararène   devenue aujourd’hui chef lieu  du département de Tchirozérine .

Située à 70km d’Agadez par la route et à 40 km à vol d’oiseau, Tchirozérine est une commune  urbaine  très proche d’Agadez  et  se présente  telle une île industrielle bâtie au creux d’un amoncellement  de collines bleues qui semblent contrecarrer l’avancée du désert. La cité des agents de la Sonichar  est d’un contraste frappant avec le paysage qui l’entoure, alors que ce dernier est désertique. Il y a longtemps, très longtemps, des millions d’années peut être... voire des millénaires, l’endroit fut un monde lagunaire comme l’attestent aujourd’hui  la présence et l’exploitation du charbon.

 

«Il faut retenir qu’il y a eu une certaine politique, un certain comportement qui a favorisé la remise en confiance des populations, l’apaisement social et qui a résorbé l’insécurité potentielle et tous les foyers de tensions que l’on connait», déclare M. Issouf Maha


M. le Maire est-ce que vous pouvez nous donner un aperçu de la commune urbaine de Tchirozérine ?
Je vous remercie pour cette occasion que vous nous donnez de parler de notre commune et de vous livrer notre sentiment par rapport aux quatre années du Programme de Renaissance du Niger initié par S.E. le Président de la République. Pour commencer, je dois dire que Tchirozérine est une commune urbaine, et en même temps le chef-lieu du département de Tchirozérine. Elle couvre environ 13.500 km2 avec une densité de 6 habitants au km2. Au niveau de la commune,  nous avons un conseil  de 11 membres dont 3 femmes.


Quelles sont les activités majeures des populations de la commune urbaine de Tchirozérine ?
Les activités majeures  des populations rurales reposent  essentiellement  sur l’agriculture, l’élevage et  l’artisanat. Au niveau du centre urbain, vous avez le commerce  ordinaire et une bonne partie de ce centre urbain est  occupée  par des ouvriers qui travaillent dans les mines de la SONICHAR.   Ce sont plus de 400 familles qui y vivent. Donc sur le plan socio économique, c’est assez important. L’histoire de Tchirozérine, c’est que, avant même qu’il y ait la Sonichar, avant même qu’il y ait la ville, il y a eu des missionnaires, qu’on appelle les pères blancs de la Mission catholique qui sont venus dans les années 60 et qui ont ouvert l’Ecole Mission. Et puis après il y a eu un centre médical, plus ou moins privé et qui est largement subventionné par les missionnaires. Les enfants qui ont accès à l’école sont issus des couches les plus pauvres. Donc c’était ça le premier noyau. Après il y a eu la Sonichar, les ouvriers, puis l’administration et c’est devenu une ville. Avec la décentralisation, Tchiro est devenue une commune. La  Sonichar a aussi un centre médical qui apporte beaucoup à la population.  En matière d’adduction en eau potable, on a un  branchement de la Sonichar qui alimente la ville de Tchirozérine. Maintenant  depuis 2011  que nous sommes  installés, nous travaillons dans le cadre du Programme de la Renaissance initié par le Président de la République. Et il faut retenir que lorsqu’ on arrive dans la région d’Agadez, on pense surtout à  l’insécurité. C’est le premier élément sur lequel  les gens entretiennent une certaine hantise, une certaine crainte   par rapport à la marche normale des choses. Il faut retenir  qu’il y a eu une  certaine politique , un certain comportement qui a favorisé la remise en confiance des populations,  l’apaisement  social, et qui a résorbé l’insécurité  potentielle et tous les foyers de tensions que l’on connait  .C’est  une politique  assez efficace  . On n’a pas utilisé la violence, on n’a pas utilisé la force, on n’a pas arrêté des gens. Mais il y a eu  un travail pédagogique qui a été fait et le résultat est là.


En ce qui concerne la vie quotidienne,  les populations   rurales comme partout au Niger, sont toujours confrontées au problème de soudure.  Que ce soit les éleveurs ou les agriculteurs, il y a une période où vraiment  les populations  deviennent vulnérables.  Parce que tout simplement la récolte de l’année dernière est finie, et les nouvelles récoltes ne sont pas faites. Ça, c’est une réalité nationale. C’est là justement que la  question  de l’aide alimentaire  et de la vente des céréales à prix modérés  a été une réponse adéquate  pour les populations  à travers le Programme de la Renaissance. Parce que l’on a quelque chose au niveau des communes  qui sont devenues un repère pour les populations. Et de ce point de vue, dès qu’elles sont touchées par une situation difficile,  les populations  passent directement à la mairie pour trouver la réponse à leurs problèmes. Donc vraiment les réponses à ce niveau  ont été à la hauteur  de nos attentes  parce qu’on a quelque chose  sous la main  que l’on peut donner aux populations.


Parallèlement, dans le cadre de l’I3N, beaucoup d’efforts  ont été faits pour booster  la production agricole. La région d’Agadez a une particularité par rapport  à l’agriculture  où l’oignon  a été une   sorte de manne  pour les populations  et qui fait rentrer beaucoup de devises. Il est évident  qu’en tant que spécialiste  on n’est pas toujours d’accord sur le principe de la monoculture parce qu’elle a des effets pervers, et on le voit de temps en temps : problème de la mévente, problème de  l’offre et de la demande , et problème de maladies même qui peuvent se développer lorsque c’est une même culture qu’on reprend chaque année sur un même terrain.


Mais le paysan, lui, se réfère toujours à ce qui lui rapporte. Il produit de l’oignon  cette année, il gagne des  millions  et quel que soit ce que  le technicien va lui dire  par la suite, lui il sait ce qu’il veut, et il sait où il a à gagner. De ce point de vue, je pense qu’il y a eu un travail très important qui a été fait. Un travail de sensibilisation, qui a fait qu’au-delà de la culture de rente qu’est l’oignon, il y a beaucoup de productions pour apporter un complément alimentaire sur le marché de la région. Cela a réduit considérablement la question de l’insécurité alimentaire.


 Concernant le volet élevage, de la même manière qu’il y eu la réponse avec l’opération de distribution gratuite de céréales  et de vente à prix modérés , il y a eu  des Kits ménages, notamment de petits ruminants  qui ont été  distribués au niveau de la région , au niveau de chaque commune  et en plus chaque année il y a un apport en aliment bétail qui est mis à la disposition des  communes pour appuyer les populations confrontées  aux problèmes  de soudure, parce que de la même manière que les agriculteurs sont confrontés aux problèmes de soudure les éleveurs  aussi le sont. Et donc là il y a des efforts importants qui ont été fournis. En 2014, l’année a été assez difficile, parce qu’il  n’y a pas  eu assez de pâturages ;  le Programme d’urgence  qui a été mis en place par le gouvernement  à travers le Ministère de l’Elevage a été vraiment une réponse  rapide et efficace qui a permis de sauver beaucoup de troupeaux  dans la région et particulièrement dans notre commune. Sur la plan de la santé  nous n’avons pas un problème au niveau de la ville de Tchirozérine,  parce que nous avons le CSI Mission et le Centre médical de la Sonichar  qui apportent également des soins aux populations. Mais c’est une commune très large, et de ce point de vue les populations rurales n’ont pas forcément accès aux soins. Il y  a de nouvelles cases de santé  qui vont être érigées en CSI  et il y avait déjà  des CSI et aujourd’hui nous avons trois (3) ambulances  au niveau des CSI. Grâce aux efforts du Président de la République, nous avons obtenu deux (2) nouvelles ambulances  flambant neuves.
Il y  a une (1) qui a été placée au niveau du CSI de Tamazalak qui est une zone assez excentrée , assez difficile  et une (1) qui est stationnée au niveau de la mairie  pour justement répondre aux sollicitations des populations  à travers la commune là où il n’y a pas d’ambulances. Donc je pense  que là on peut considérer que des efforts assez importants ont été faits.


Sur le plan  de l’hydraulique, l’assainissement et  l’éducation, il y a  eu également des efforts qui ont été faits par l’Etat. L’assainissement est la première préoccupation d’une commune, avoir une ville propre. Nous avons profité d’un programme qui a été négocié par le gouvernement avec l’Union européenne  notamment  l’IDS (Instrument de stabilité à court terme) qui nous a permis de mettre sur pied un vaste programme d’assainissement au niveau de la ville de Tchirozérine qu’on a subdivisée en 10 quartiers.


Chaque quartier a été équipé de matériels ; (brouettes, pelles, charrettes asines) et des formations de groupes été dispensées. Ensuite nous avons sensibilisé les groupes, responsabilisé, les femmes et pendant des mois, il y a eu des opérations d’assainissement  avec les système de Cash  for Work, donc tout un programme  de Travaux à Haute Intensité de Main d’œuvre (HIMO) qui ont permis de toiletter la ville. Et la mairie a pérennisé cette action là.


Le deuxième aspect qui nous a beaucoup préoccupé,  c’est l’aspect jeunesse. Nous avons une jeunesse qui  est assez souvent déboussolée. Les problèmes d’insécurité  ne sont pas étrangers  à cela parce qu’il y a beaucoup de jeunes qui ont perdu leur scolarité, et se retrouvent  sans formation, sans repères. Pour les récupérer, deux (2) systèmes ont été mis en place : d’abord il y a le CFDC (Centre de Formation en Développement Communautaire)  qui a été transformé par le ministère  de la Formation Professionnelle  en CFM (Centre de Formation aux Métiers); au niveau  de la mairie, nous avons voulu que les Fonds mobilisés par le PNUD et l’UE  dans le cadre de l’IDS   soient utilisés pour créer ce Centre qui aujourd’hui est opérationnel avec des classes, des ateliers, des formateurs.


A coté de cela il y a une initiative du gouvernement qui a permis d’orienter tous les jeunes qui ont raté leur scolarité  dans les CET  (Collèges d’Enseignement Technique). Nous avons pour ce faire mis un terrain à disposition et les enfants sont recrutés, mais  ils sont actuellement au CFM.
Le CET  est en construction sur un financement de l’Etat. Dans cette lancée nous avons décidé avec nos partenaire de créer une MJC à Tchirozérine. Les travaux vont démarrer dans les jours à venir .C’est un acquis important pour la jeunesse.


En même temps nous avons mis en place avec les partenaires une plate-forme orientation jeunesse. A travers cette nouvelle dynamique, des gens viendront encadrer les jeunes , les orienter, pour comprendre leurs préoccupations, leurs objectifs, voir comment les canaliser et les orienter. Etant donné que ça marche bien nous avons décidé avec nos partenaires  de créer une plate-forme orientation jeunesse  au niveau de la commune de Tchirozérine .C’est également un projet , tout est acquis  pour que cela soit opérationnelle.


Gofat fait partie de la commune urbaine de Tchirozérine. Tout récemment il y a eu une véritable ruée vers l’or suite à  la découverte d’un gisement. Mais aussitôt le site a été fermé. Que savez-vous de cette situation ?
Au sujet  de la découverte de l’or à Gofat (15km d’Agadez) il faut savoir que l’or n’a pas été découvert par hasard. Les gens ont eu des informations  par rapport  au gisement  avec des points précis et des coordonnées GPS. De temps en temps, il y a des gens qui connaissent, et qui trichent en filant des informations aux autres pour creuser. Et lorsqu’on vous voit creuser, l’information s’en va comme une trainée de poudre, et tout de suite, c’est la ruée. Il est évident qu’aujourd’hui la question de l’or est devenue assez préoccupante pour les autorités. Les populations veulent utiliser leur force pour obtenir cette richesse, mais il ya les impératifs de sécurité compte tenu du moment. Donc il faut tenir compte des deux.  Il y a de l’or au Djado, à Tabarkat à l’extrême nord, et c’est des centaines de kilomètres qu’il faut parcourir dans le désert pour y accéder ; du point de vue de la sécurité on peut considérer que c’est assez circonscrit et que si quelqu’un veut faire du mal, c’est facilement maîtrisable et contrôlable. En revanche, lorsque c’est entre Agadez et Tchirozérine qu’on amène des milliers de personnes vous avez à la fois, la Sonichar  qui est un poumon  économique pour le pays, et une Zone de Défense  extrêmement importante au niveau d’Agadez. Entre les deux pôles, vous avez une masse importante  de populations, il est évident qu’il y a des  risques d’infiltration pour semer des troubles, causer des dégâts, etc.  L’Etat a ses raisons d’avoir fermé le site de Gofat, mais nous souhaitons que la situation soit examinée, que l’on prenne  des dispositions comme ce fut le cas sur les autres sites afin de permettre le développement des activités qui peuvent être d’importantes sources de revenus pour les populations. La réouverture du site avec tout ce que cela comporte comme dispositions au niveau des Ministères de l’Intérieur, des Mines, de la Défense Nationale, peut permettre à la commune de bénéficier d’importantes ressources en taxes  diverses. J’ai convoqué un conseil pour statuer là-dessus et fixer une taxe ; une taxe d’accès et une taxe de voirie. Il suffit de mettre les moyens pour contrôler les entrées et les sorties.


M. le Maire, quelles sont les perspectives de votre Conseil municipal pour les années à venir ?
On a entrepris une belle lancée par rapport aux infrastructures. On va finaliser cela d’ici la fin du mandat. Et comme vous le savez, c’est une année électorale ; les gens sont plus dans la perspective du mandat prochain que de ce mandat. Mais nous sommes dans une dynamique de consolidation des acquis pour rassurer la population.


Qu’est-ce que le projet Irhazer apporte aux populations de votre commune ?
Au niveau du projet Irhazer il y a trois 3 acquis  fondamentaux : le premier acquis, c’est la clôture  qui a été bien faite pour protéger le périmètre contre les animaux en divagation qui peuvent tout dévaster; et le second ce sont les forages, et les bassins d’accumulation d’eau, les infrastructures. On peut considérer qu’aujourd’hui, si le financement s’arrête, la population qui est là peut s’organiser et continuer à vivre de ce périmètre là. C’est çà qui est l’acquis fondamental  pour la commune et pour la population. Maintenant, il y eu de la production cette année, c’est normal que les gens  gagnent parce que c’est gratuit .Mais il faut réfléchir sur la pérennité , faire la balance  entre les charges  réelles  et le profit. Les charges réelles  c’est d’abord l’électricité,  ensuite l’entretien  des pompes , les systèmes d’irrigation et tout cela a un coût . C’est tout cela qu’il va falloir  estimer et voir les redevances  que doivent verser les producteurs. Parce qu’il ne s’agit pas d’habituer les gens à la facilité et à la gratuité  et qu’un jour on dise que le financement est  arrêté. Il faut que nous, au niveau de la commune, nous soyons assez regardants là-dessus. C’est bien quand il y a les fonds du projet qui sont là ; mais après ? Il faut qu’on s’assure que l’affaire est effectivement rentable. En 2004-2005, ce périmètre avait été mis en valeur. Au début, il a été facile de payer la Nigelec mais lors de la seconde  saison avec une facture de 13 millions de FCFA il a été impossible pour les populations d’y faire face.


Il faut prendre des dispositions pour que cela ne se répète plus. Il aurait fallu mettre des moyens pour alimenter le site par énergie solaire  pour amoindrir les coûts de production. Parce que le projet vient avec un paquet d’argent mais il a une durée de vie. Avec tout cet argent, il fallait faire des investissements qui puissent  permettre  la pérennisation du projet.


Il va falloir organiser des réunions au niveau  de la commune pour donner notre point de vue  concernant l’avenir de ce projet.


Réalisée par Abdoulaye Harouna et  Oumarou Moussa Envoyés spéciaux

17 avril 2015
Source : http://lesahel.org/

Interview