samedi, 16 mai 2015 10:39

Invité : Dr Maikibi Kadidiatou Dandobi, ministre de la Population, de la Promotion de la Femme et de la Protection de l’Enfant

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Maikibi Kadidiatou Dandobi 01Madame la ministre, les femmes nigériennes célèbrent le Mercredi 13 Mai la Journée Nationale de la Femme sous le thème ‘’Participation politique de la femme’’. Pouvez-vous nous édifier sur la pertinence de ce thème dans le contexte nigérien ?

Tout d’abord permettez-moi de souhaiter une bonne fête de la femme nigérienne à toutes les femmes du Niger. La fête du 13 mai 2015 intervient en période pré électorale, et comme vous le savez, la loi sur le quota a été révisée en octobre 2014 pour rehausser le taux aux postes électifs qui passe est de  10 a 15%. Il est donc de notre devoir de sensibiliser les femmes et de faire le plaidoyer pour une représentation effective des femmes aux postes de décision a tous les niveaux.

 

 

« Il est de notre devoir de sensibiliser les femmes et d’accentuer le plaidoyer pour une représentation effective des femmes aux postes de décision à tous les niveaux »  

 

Quel bilan faites-vous des réalisations au profit des femmes depuis la mise en œuvre du Programme de la Renaissance du Niger ?
Dans la mise en œuvre du programme de la renaissance, La loi sur le quota a été révisée à la hausse pour les fonctions électives dont le taux passe de 10% à 15%. Un processus de prise en compte du genre dans le budget des ministères sectoriels a été initié avec le renforcement des capacités de 108 cadres centraux et régionaux sur la budgétisation sensible au genre. Le concept ‘’genre et islam’’ qui vise à ressortir la position authentique de l’islam par rapport au genre a été développé avec l’organisation d’un  forum international sur genre et Islam, l’élaboration de 6 modules thématiques genre et islam et la formation des oulémas prêcheurs femmes et hommes.
Un  forum national ‘’Femme, famille et système de valeurs sociales au Niger’’ a été organisé et a mobilisé des religieux, des universitaires, des leaders d’opinion, des acteurs des organisations de la société civile, des partenaires au développement et des cadres centraux et régionaux en vue de restaurer nos normes et valeurs sociales dans un environnement marqué par la dépravation des mœurs.


Durant ces quatre ans, nous avons mis à la disposition des groupements féminins : 369 moulins et décortiqueuses, 962 machines à coudre, 395 motopompes, 250 charrettes asines et bovines et 4 055 unités de matériels divers pour les activités de maraîchage. L’Etat met également à la disposition des ménages vulnérables les kits ménage constitués de quatre chèvres rousses par femme. Une autre opération a démarré consistant à mettre à la disposition de chaque femme vulnérable une vache gestante.


La ‘’Maison de la Femme’’  de Maradi a été construite pour un cout global de 361 030 944 CFA  et réceptionnée en mai 2014. C’est une structure de  renforcement des capacités techniques et organisationnelles des femmes et de promotion de leur participation sociale, économique et politique.


Pour une meilleure autonomisation de la femme, le ministère met en œuvre en partenariat avec l’UNFPA, un programme de renforcement des capacités des adolescentes déscolarisées ou non scolarisées. L’objectif étant de doter ces jeunes en compétences sur la vie et les initier à des activités génératrices de revenus.

 

Depuis l’adoption de la loi sur le quota en 2000, le Niger a certes accompli des progrès significatifs en termes d’accès des femmes aux instances de décision. Mais dans beaucoup de domaines, les 25% ne sont pas encore atteints. Et d’ailleurs, relativement à la proportion de femmes dans la population nigérienne, ces 25% ne sont-ils pas dérisoires ?


Il est bien vrai que la représentation des femmes au niveau des instances de décision reste faible, mais en se référant à la situation de départ où nous avions une seule femme au Gouvernement et une seule autre à l’Assemblée Nationale, nous constatons aisément que  la loi sur le quota a permis une avancée significative.


Actuellement, le Gouvernement compte 8 femmes ministres sur un total de 37, soit un taux de 21,62 %.


La proportion des sièges occupée par les femmes à l’Assemblée Nationale est passée de 1,2% (1/83) en 1999,  à 12,3% (14/113) en 2004.  Aux élections de 2011, ce  nombre a été porté à  16 sur 133, soit 14,15 %.


Pendant cette période, les femmes ont occupé des postes de direction au sein de plusieurs institutions, notamment : la 1ère vice-présidence de l’Assemblée Nationale ; la présidence de la Cour Constitutionnelle à deux reprises ; la présidence de la Haute Cour de Justice ; la vice-présidence de la Commission Nationale des Droits de l’Homme ; la présidence de la Cour des Comptes ; la présidence du Conseil Supérieur de la Communication; la 1ère vice-présidence de la Commission Nationale Indépendante.  En outre, 7 femmes ont été nommées ambassadrices  et pour première fois, le Niger a enregistré une candidature féminine à la présidence de la République aux élections de 2011.


Au total, sur un nombre global de 4693 conseillers toutes élections locales confondues (communales, municipales et régionales), on dénombre 630 femmes élues (soit 13,42%) dont 8 femmes maires en 2011.


Et il y a bien d’autres sphères que les femmes ont investies. En effet, nous avons des femmes directrices générales de sociétés, directrices au cabinet du Président de la République, au cabinet du Premier ministre et dans les ministères. Aussi,  pour avoir des données désagrégées et faire le suivi de la mise en œuvre de la loi sur le quota, le ministère a envoyé une équipe constituée de ses cadres et de la Société civile à Dakar au Sénégal pour s’imprégner de leur expérience afin de redynamiser l’observatoire de la promotion du genre.

 

Le Niger a ratifié, le 13 Août 1999, la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDEF), avec une déclaration de réserves. Où en est-on actuellement par  rapport à ces réserves ?
Toutes les réserves sont liées à l’environnement socioculturel, et comme le changement de l’environnement socioculturel est difficile à réaliser, vous conviendrez avec moi que la levée de ces réserves prendra du temps.

 

La mobilisation sociale constitue un des meilleurs moyens pour atteindre les masses sociales pour les faire participer aux actions de développement communautaire. Et à l’heure actuelle, les femmes disposent de plusieurs cadres qui ne demandent qu’à être dynamisés et appuyés, notamment, les groupements féminins.  Quels sont les rapports du Ministère avec ces groupements et les actions entreprises en leur  faveur ?


Nos rapports sont au beau fixe. Pour bien cerner la situation des groupements féminins, le ministère a élaboré un répertoire des groupements féminins et plus de vingt cinq mille (25000) groupements féminins ont été identifiés avec plus de 700 000 adhérentes.  Nous avons cinq régions qui disposent d’une ‘’Maison de la Femme’’ qui est une structure de renforcement des capacités techniques et organisationnelles des femmes et de promotion de leur participation sociale, économique et politique. Les femmes y mènent des activités génératrices de revenus telles que la transformation des aliments, la production des produits cosmétiques (savons, pommades, encens, parfums), la couture, etc. Les Maisons de la Femme forment aussi les femmes en informatique et initie des tontines en leur faveur.

 

Madame la ministre, depuis l’institution d’une Journée Nationale de la Femme en 1992, chaque année un nouveau thème relatif à l’amélioration des conditions de vie des femmes est abordé. Y-a-t-il eu des stratégies élaborées pour atteindre les objectifs de chaque thème, et un travail suivi quant aux mises en œuvre de ces stratégies ?


Bien sûr, des stratégies sont élaborées. La célébration du 13 mai est toujours pour nous l’occasion de dérouler des activités en rapport avec le thème de la journée : ateliers, conférences, télé débat,  plaidoyers, etc. Et des mécanismes de suivi sont toujours mis en œuvre. Nous avons également un comité national chargé de l’organisation des journées nationale et internationale de la femme qui a en charge, entre autre, l’évaluation des journées  et le suivi des actions. C’est ainsi qu’en 2012, nous avons fait le point du parcours des femmes en politique, vingt ans après la Conférence Nationale. Concomitamment, nous avons lancé un appel à la solidarité entre les femmes qui continue, et pour preuve, à l’occasion du 13 mai, les femmes visitent leurs sœurs qui sont dans les prisons, les maternités, les hôpitaux, etc.


Du 6 au 7 mai 2015, nous avons organisé un atelier qui a regroupé les femmes membres des bureaux des partis politiques, les femmes ministres, les femmes députées, le Réseau des Femmes Africaines Ministres et Parlementaires (REFAMP), le Réseau des Femmes Cadres Supérieures, le Réseau des Femmes Sciences et Technologies,  les femmes élues locales ; les ONG et associations féminines (CONGAFEN, Fédération Kassaï, femmes handicapées) ; les femmes syndicalistes, les femmes opératrices économiques ; le  Conseil National de  la Jeunesse ;  le Parlement des jeunes, les associations de jeunesse  (MOJADEC, Scouts du Niger).


Les objectifs de cet atelier étaient d’amener les femmes à comprendre l’importance de leur implication en politique, d’instaurer un dialogue entre les femmes de toutes les couches socio professionnelles et d’amener les femmes à s’engager davantage dans la politique. En 2012, l’accent a été mis sur l’autonomisation de la femme rurale, car 80% des femmes vivent en milieu rural et leurs conditions de vie sont pénibles. Ce thème a donc donné l’occasion de mener un fort plaidoyer pour l’amélioration de leur situation.
En 2013, le focus a été mis les violences basées sur le genre, particulièrement sur les violences conjugales. C’était non seulement pour fustiger l’attitude des hommes, mais également pour attirer l’attention des femmes sur leurs responsabilités dans le maintien de la paix et de la stabilité familiale. D’ailleurs, nous avons tenu un forum national sous le thème ‘’Femme, famille et système de valeurs sociales au Niger’’ pour leur faire prendre conscience de la gravité du phénomène qui se traduit souvent par des taux élevés de divorces,  alors que nous sommes autant mères des garçons que des filles, et nous avons amené les femmes à prendre des engagements pour la stabilité sociale.   


En 2014, nous avons célébré le leadership féminin sous toutes ses formes pour rendre hommage aux femmes pionnières dans tous les aspects: politique (députées, candidates à la Présidence de la République, ministres, responsable de partis politiques, responsables d’institutions), économique (opératrices économiques), sécurité (militaire, garde-républicaine, gendarme, police, vigile), sociale (sages-femmes, médecins, enseignantes chercheures), etc.


Et nous pouvons vous assurer que pour tous ces thèmes, en termes de suivi, une réflexion stratégique est entamée. A l’heure actuelle, nous avons conduit plusieurs études et élaboré plusieurs stratégies concernant l’autonomisation de la femme, la lutte contre les violences basées sur le genre, la promotion des personnes handicapées, etc.

 

Madame la ministre, on a l’impression, relativement aux années antérieures, qu’il y a une certaine adynamie des groupements féminins et autres  associations du même genre. A votre avis, à quoi cela est dû et que préconisez-vous pour donner un regain d’intérêt à ces regroupements qui peuvent être un socle pour la mise en œuvre de programmes comme Niamey Nyala ?
Il est important de faire un discernement. L’adynamie dont vous parlez est en contradiction avec le nombre de groupements féminins qui ne fait que croître. Par contre, les femmes ont abandonné les actions d’éclat, ponctuelles, parce que pour la première fois, le Ministère a élaboré un plan stratégique et a défini des approches pour tous les groupes cibles, dont les femmes. Donc, le travail se fait sans besoin d’éclat, car nous avons des résultats à atteindre. La seule différence, c’est qu’il y a moins de folklore, mais au contraire,  il y a des actions soutenues à fort impact. Donc, je pense qu’il n’y a aucune  adynamie et qu’au contraire, les structures féminines sont très actives.


En ce qui concerne Niamey Nyala, le Gouvernement préconise que l’action soit menée sous forme d’activités génératrices de revenus, aussi bien pour les jeunes que pour les femmes, et les   femmes vont s’organiser en conséquence pour participer à la mise en œuvre du Programme Niamey Nyala.

Tchirgni Maïmouna (onep)

Dernière modification le samedi, 16 mai 2015 14:11

Interview