vendredi, 16 octobre 2015 14:42

Interview de la ministre des enseignements secondaires, Mme Bety Aïchatou Habibou Oumani : «L’école doit apporter un complément à l’éducation familiale, pour former un citoyen responsable, respectueux des valeurs sociales, du bien public»

Évaluer cet élément
(0 Votes)

Mme la ministre des Enseignements Secondaires, une partie des élèves du sous-secteur de l’enseignement dont vous avez la charge, ont effectué la rentrée scolaire le 15 septembre. Dans quelles conditions s’est fait ce retour dans les classes des élèves du lycée et qu’en est-il de leurs camarades du collège d’enseignement général qui devaient reprendre le chemin de l’école le 1er octobre ?

La rentrée des classes dans les lycées et CES s’est déroulée dans de très bonnes conditions sur l’ensemble du territoire national. Elèves et enseignants étaient massivement présents. La reprise des classes le 15 septembre par les élèves du Cycle Moyen ne date pas d’aujourd’hui. C’est une décision qui a été prise depuis 2008 dans le cadre de l’harmonisation des dates des examens du baccalauréat dans l’espace UEMOA, un des objectifs de l’organisation. Avant la date du 15 septembre, mon département ministériel a mis en place, les fournitures individuelles et collectives dans les différents établissements concernés. Nous avons également procédé à travers les travaux de la commission nationale chargée des affectations à la mise à disposition des enseignants chargés de l’encadrement de ces élèves.


Pour les élèves du cycle de Base 2 dont la rentrée est prévue le 1er octobre, toutes les dispositions ont été prises notamment pour l’affectation des professeurs nouvellement sortis de l’Ecole Normale Supérieure destinés essentiellement aux collèges ruraux, la création de nouveaux collèges afin de rapprocher l’école des élèves qui au secondaire, font face à des problèmes de tuteurs dans les centres qui, abritent les collèges ou à des distances souvent assez longues et pour l’acquisition des fournitures individuelles et collectives.

A la veille de la rentrée scolaire, vous avez annoncé des mesures et des innovations visant à améliorer les conditions d’apprentissage et de transmission des connaissances dont entre autres la relance de l’enseignement scientifique, la réintroduction de l’instruction civique et morale ; la réintroduction de l’histoire et de la géographie au bac scientifique ; la réintroduction de la dictée au BEPC, ...Qu’est ce qui a motivé ces mesures et comment envisagez-vous  les faire appliquer ?
Oui, notre système, comme partout ailleurs, a besoin de retouches régulières. Nous avons dans le cadre de l’amélioration de la qualité des enseignements/apprentissages initié une relecture des programmes d’études. Cette révision est venue de la base, c’est-à-dire des professeurs et encadreurs qui ont émis un certain nombre de critiques et d’observations. L’application de ces nouveaux programmes coïncide avec la relance de l’enseignement scientifique car, le constat est établi que les séries scientifiques sont menacées de disparition dans notre pays. Sur les huit (8) régions seules trois (3) ont  présenté des candidats au bac C en 2015 pour un total national de 298.


Le Ministère entend instaurer des secondes scientifiques et encourager les élèves, dès la classe de 6ème, à aller vers les disciplines scientifiques. Cette relance est soutenue par l’acquisition d’un important lot de matériels pour équiper une vingtaine de laboratoires suivie de la formation des professeurs de sciences à la manipulation et à la préparation des expériences, la construction et l’équipement d’infrastructures en matériaux définitifs.
Nous avons aussi, en collaboration avec l’Unicef, un de nos partenaires, initié un nouveau modèle de collège rural comprenant quatre salles de classe, un bloc administratif, un logement pour le directeur, un logement pour le surveillant, trois blocs de latrines, quatre logements de type célibatérium pour les enseignants, un terrain de sport, une case de gardien, un point d’eau et un mur de clôture. Le souci est de placer élèves, enseignants et administrateurs dans des bonnes conditions de vie et de travail.


Le rôle de l’école ne se limite pas seulement à doter l’enfant de connaissances, mais aussi le savoir être et le savoir-faire. L’école doit apporter un complément à l’éducation familiale, pour former un citoyen responsable, respectueux des valeurs sociales, du bien public. Les générations qui ont profité de l’instruction civique et de la morale à l’école sont aujourd’hui des citoyens complets.


La réintroduction de la dictée à la demande des professeurs va certainement contribuer à la maîtrise de la langue chez les élèves. De même celle de l’histoire et de la géographie va renforcer la connaissance du pays et de la culture générale.


Evidemment toutes ces innovations exigent des mesures d’application comme la formation de tous les acteurs (enseignants, encadreurs, administrateurs..). Nous avons également amélioré l’accès à travers la création de nouveaux CEG et la transformation d’autres en CES. Ainsi, pour la relance de l’enseignement scientifique, sept (7) CEG de Niamey, ont été transformés en CES qui vont abriter chacun, une seconde scientifique. Nous entendons doter chaque élève des deux cycles de manuels dans les disciplines fondamentales -mathématiques, sciences physiques et chimiques, sciences de la vie et de la terre, français...

 

Mme la ministre peut-on espérer en ce qui concerne votre ministère une suite rapide aux recommandations du dernier conseil de l’éducation, dont entre autres le paiement à temps des pécules des enseignants contractuels et allocations des élèves et étudiants, l’application stricte des dispositions de l’article 60 de la LOSEN relatif au financement et à la gestion de l’éducation ?
En ce qui concerne le paiement à terme échu des pécules des enseignants contractuels, tous les acteurs de l’école se penchent régulièrement sur la question. A toutes les rencontres entre partenaires, des réflexions sont menées afin de résoudre ce problème dont la persistance pèse lourd sur le temps scolaire. Malgré l’existence de quelques poches où le paiement se fait avec retard, une amélioration notable a été observée. Les allocations comme les bourses des étudiants relèvent de l’ANAB, mais à la date d’aujourd’hui, il n’y a aucun arriéré dans le paiement des allocations.


Pour le deuxième volet de votre question, l’article 60 de la LOSEN est déjà en application car les communautés sont pleinement impliquées dans le financement et la gestion de l’éducation à travers le Comité de Gestion des Etablissements scolaires (COGES) pour le développement desquels, nous avons par arrêté mis en place une Cellule Nationale de Promotion des COGES. Avec l’appui financier et technique de la JICA, une expérimentation de COGES fonctionnel a été menée dans 41 collèges des régions de Dosso et Niamey. Après l’évaluation qui a eu lieu les 21 et 22 septembre 2015, nous avons pu mesurer le niveau de la participation des communautés dans le financement de l’éducation et ceci nous encourage à aller vers la généralisation des COGES en 2015-2016. La responsabilisation des communautés est un gage pour la qualité de l’enseignement car l’école va cesser d’être « l’école au village» pour être « l’école du village ».

 

Qu’est ce qui est envisagé au niveau du secondaire pour relever le défi de la baisse du niveau et de celui de la qualité des enseignements de façon générale, ce qui est tant décrié ces dernières années ?
La baisse de niveau est devenue une préoccupation pour les systèmes éducatifs même ceux qui utilisent la langue maternelle de l’enfant. Au Niger, cette  situation préoccupe tous les gestionnaires de l’école. Au niveau du secondaire, vous savez nous recevons les élèves venus du primaire et le plus souvent, ce sont des enfants qui arrivent avec un très bas niveau, nous avons pris conscience de la situation et dans le cadre du respect de l’engagement de SE le Président de la  République de «garantir une éducation gratuite et obligatoire à tous les enfants jusqu’à 16 ans », nous menons des réflexions afin de garder le maximum d’enfants dans le sous-secteur. La qualité, nous la cherchons à travers la formation initiale des professeurs à l’Ecole Normale Supérieure abandonnée pendant 10 ans et reprise avec le Programme de Renaissance de SE le Président de la République, la poursuite de la formation continue dans les Unités Pédagogiques Rénovées et les séminaires, l’acquisition et la mise à disposition des élèves d’importantes quantités de manuels et fournitures scolaires mais aussi avec les communautés.


Pour ce faire, les COGES représentent un des meilleurs acteurs à travers le Paquet Minimum Axé sur la Qualité (PAAQ), une des activités phares du plan d’actions des comités de gestion. Ce PAAQ consiste en des cours de remédiation et des exercices de renforcement que les enseignants acceptent après des tests de niveau, de dispenser aux élèves des classes d’examen en difficultés. Le PAAQ va s’élargir aux petites classes (6ème et 5ème) afin de renforcer les compétences des nouveaux entrants à pouvoir poursuivre les études secondaires afin d’atteindre nos objectifs de la qualité.

 

Mme la ministre, quels rapports entretient le Ministère des Enseignements Secondaires avec le sous-secteur de l’enseignement privé qui se développe de plus en plus, et qui constitue aussi un appui pour l’Etat dans son rôle visant à assurer l’éducation et la formation ?
L’enseignement privé n’est pas un sous-secteur à part, il se retrouve à tous les niveaux d’enseignement et constitue une partie intégrale de notre système éducatif. En ce qui concerne le sous-secteur secondaire, nos relations avec le privé sont excellentes. Nous avons une direction nationale en charge de ce volet qui a représenté 19,85% de nos effectifs en 2013-2014 en région. Nos services déconcentrés ont en charge les établissements scolaires privés sur les plans administratif et pédagogique. C’est le ministère des enseignements secondaires qui accepte de mettre à la disposition, les terrains qui abritent les établissements privés. Certes ces terrains restent la propriété de l’Etat mais tant que des activités éducatives s’y   déroulent, l’Etat appuie les fondateurs à jouir de ces terrains qui ne peuvent ni être vendus ni être cédés d’un fondateur à une tierce personne. Nous avons beaucoup de considération pour le privé qui comme vous l’avez dit, aide l’Etat dans ses obligations de scolarisation et de formation de l’ensemble des  Nigériens. Afin de mieux contribuer au développement de l’enseignement privé, une révision de l’ordonnance portant sur l’école privée est en cours.
Moutari Souley(onep)
16 octobre 2015
Source : http://lesahel.org/

Interview