jeudi, 22 octobre 2015 03:08

Entretien avec M. Omar Saley, Haut Commissaire à la Modernisation de l’Etat sur l’étude sur ‘’La routine des comportements non-observants’’

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Oumarou Saley 01Monsieur le Haut Commissaire, en mars 2014, a été produit par le Lasdel un rapport que le HCME avait commandité, concernant « la routine des comportements non-observants » au sein des services publics nigériens. Quel est l’objectif visé à travers la publication d’un tel rapport ?

 

‘’Nous avons voulu dépasser le stade de la narration individuelle, pour documenter ces comportements et analyser leurs conséquences’’

Permettez-moi avant toute chose de vous remercier pour cette occasion que vous  nous offrez pour nous exprimer sur ces travaux de recherche. Il faut tout de suite noter que cette publication entre dans le cadre de la mise en œuvre des orientations formulées d’abord par le Président de la République SE. Issoufou Mahamadou  à l’occasion de son discours d’investiture et ensuite celles du Premier ministre à travers la Déclaration de Politique Générale.

 

En ce sens que Son Excellence Monsieur le Premier ministre nous a instruits pour suivre  la direction tracée par le Président de la République, Chef de l’Etat, qui déclarait précisément dans son discours d’investiture : «Je viens de prêter serment sur le Saint Coran. Pour honorer ce serment, j’aurai besoin de l’aide de tous ceux qui auront à partager la charge du pouvoir avec moi. Au-delà d’eux, j’aurai besoin de l’aide de tous les Nigériens. Le changement de comportement et la renaissance culturelle …... ».


Tout récemment encore dans son message à la Nation le 18 Décembre dernier Son Excellence Monsieur le Président de la République évoquait la nécessité d’une véritable renaissance culturelle. C’est dans cette perspective que nous avons résolument voulu nous situer. Aussi qui parmi les citoyens de ce pays n’a pas été témoin direct ou victime de comportements non-observants (c’est-à-dire non conformes aux bonnes pratiques, à la morale ou aux textes législatifs ou règlementaires) de la part d’agents publics? Qui parmi nos concitoyens n’a pas lui-même témoigné ou entendu des témoignages, lors d’une causerie familiale ou d’une fada, de comportements non conformes, qu’ils soient ponctuels ou structurels, de tel ou tel agent ou de telle ou telle administration, partout dans le pays ?
C’est parce que nous avons voulu dépasser le stade de la narration individuelle, parce que nous avons voulu documenter ces comportements et analyser leurs conséquences que sous l’impulsion du Chef de Gouvernement SE. Brigi Rafini, nous avons sollicité le Lasdel pour conduire cet important travail. Pour le mener à bien, le budget national, la coopération française à travers le projet MEDEN, l’Agence Française de Développement ainsi que la coopération suisse se sont associés pour apporter les   financements nécessaires.
Ce travail d’analyse a été supervisé par le HCME, car c’est la vocation même de notre institution, rattachée au cabinet du Premier ministre, de soumettre à l’attention de l’exécutif toute problématique relative au fonctionnement des services publics en procédant à des évaluations de ce type.

 

Et comment s’est déroulée cette étude ?
Les rapports produits par le Lasdel comportent deux séquences principales : Un premier rapport, remis en mars 2014, établit une synthèse de toute la production du Lasdel au cours des dix précédentes années (2004-2014). Il brasse donc un vaste champ d’administrations au cours d’une période étendue et montre le caractère malheureusement durable et structurel, devenu donc, selon les termes mêmes du Lasdel, une « routine », de l’ensemble de ces comportements au sein du secteur public.


Un ensemble de quatre (4) rapports a été remis en septembre 2015. Ils couvrent des secteurs précis et reposent sur des constats parfaitement actualisés. Les secteurs de la justice (Tribunal de Grande instance de Niamey), de la santé (Région sanitaire de Dosso), de l’élevage (Directions départementales de Gouré et de Tesker) et des finances (Direction Générale du Trésor et de la comptabilité publique) ont ainsi fait l’objet de ces enquêtes.
Mener le travail de synthèse documentaire ou d’enquêtes de terrain, publier les résultats de ces travaux c’est bien mais pas suffisant. L’objectif est désormais de partager, de valoriser ces travaux et d’en tirer des actions et remèdes concrets.

 

En évoquant ainsi les comportements qui minent le bon fonctionnement de certains services publics, quelles sont les suites qui seront données à ce rapport ? Quelles dispositions sont ou seront prises par votre institution pour remédier à cet état de fait ?


En ce 22 octobre, avec la présentation solennelle de ces travaux par le Lasdel, sous la présidence du Premier ministre et en présence des hauts cadres de l’administration, des nouvelles recrues de la fonction publique , des agents du service civique national, et des Etudiants nous inaugurons la première phase : celle du partage des constats. A l’issue de cette journée, nul au sein de l’administration ne pourra considérer que ces comportements et défaillances n’existent pas, relèvent de la légende ou sont anecdotiques. Ces comportements existent bien, ils sont recensés et analysés de même que leurs conséquences et tout doit être mis en œuvre pour les corriger.


Puis s’engagera une seconde phase, celle qui est lancée par le Premier ministre en ce 22 octobre : la mise en œuvre de l’axe 4 de la Politique Nationale de Modernisation de l’Etat (PNME) qui a trait précisément au changement de comportement et de mentalité des dirigeants et des citoyens. Le Plan d’action de la PNME, qui couvre la période 2015-2019, prévoit pour cet axe 4 plusieurs mesures, plusieurs actions pour améliorer la situation actuelle, en imputant à plusieurs acteurs administratifs, et pas au seul HCME,  la conduite de ce changement.


Enfin, pour une troisième phase, dès le mois de novembre prochain, sur la base des conclusions de ces rapports, mais également sur la base des enseignements tirés de cette journée du 22 octobre et du plan d’action de la PNME, les principaux dirigeants des administrations seront réunis afin d’étudier ensemble et de proposer les premières mesures qui pourront être mises en place pour entamer ce processus de changement des comportements au sein de l’administration. Les partenaires techniques et financiers y seront également associés à cette phase.


La corruption, la méconnaissance des normes officielles, les absences abusives et le manque de promptitude dans le traitement des dossiers reviennent fréquemment dans ce document de 94 pages. Pour chacun des maux rapportés, les fonctionnaires justifient leur « non-observance » par les insuffisances de l’appareil étatique. Dans quelle mesure le Haut Commissariat à la Modernisation de l’Etat peut-il contribuer à introduire un équilibre entre ces deux entités ?
Personnellement, je ne vois aucune différence entre ce que vous appelez « l’appareil étatique » et les fonctionnaires, car au fond de quoi est constitué l’appareil étatique ? Des dirigeants de l’exécutif et des fonctionnaires. L’ensemble œuvrant au sein des diverses institutions, services ou entreprises de la République. Un fonctionnaire digne de ce nom ne peut invoquer « l’appareil d’Etat» comme une excuse pour justifier de son absentéisme au travail, de sa méconnaissance des normes ou de pratiques de corruption. De même, un membre de l’exécutif ne peut raisonnablement imputer aux agents la seule responsabilité de tous ces maux qui entravent le bon fonctionnement de nos institutions. Chacun a sa part à prendre, au niveau qui est le sien, dans la prise de conscience de la nécessité de faire évoluer en profondeur les comportements. Chacun a sa part de responsabilité à assumer dans le constat de la situation actuelle et donc dans la nécessité d’œuvrer pour son changement.


Dans ce cadre la mission du HCME n’est pas d’agir seul. Comment d’ailleurs le pourrait-il ?
Sa mission est d’impulser cette dynamique, de la faire valider au plan politique et de coordonner la mise en marche puis le déroulement de ce processus. Mais il reviendra à chaque administration, en fonction de ses caractéristiques et problématiques propres, de conduire et de mener à bien cette démarche de changement de comportement. Dans ce contexte, le Ministère de la Fonction Publique et de la Réforme administrative aura un rôle éminent à jouer.

Et enfin, j’invite chaque Nigérien au-delà des fonctionnaires à s’interroger sur ses attitudes et à s’engager à changer doucement, progressivement mais utilement pour privilégier systématiquement l’intérêt national, à mieux aimer notre pays le Niger, à être plus discipliné, plus ordonné et plus rigoureux.
Conduit par Samira Sabou(onep)

22 octobre 2015
Source : http://lesahel.org/

Dernière modification le jeudi, 22 octobre 2015 03:45

Interview