mardi, 24 novembre 2015 06:16

Entretien avec Dr Mahamane Sani M. Aminou, endocrinologue, diabétologue, enseignanat chercheur à l’Université de Niamey : «Le diabète reste une maladie qui ne se guérit pas, mais qui se soigne très bien »

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Mahamane Sani AminouDr Mahamane Sani M. AminouA l’instar de la communauté internationale, le Niger a célébré le 14 novembre dernier, la journée mondiale du diabète. A cette occasion, des activités de sensibilisation et de dépistage ont été organisées par le Forum Santé Niger. Dans cet entretien, Dr Mahamane Sani M. Aminou,  Enseignant chercheur à l’Université Abdou Moumouni, endocrinologue, diabétologue à l’Hôpital national de Niamey, nous éclaire sur cette maladie ‘’grave’’ et dont les statistiques la concernant appellent à l’action. Il donne surtout des conseils pour éviter le diabète sinon pour vivre en meilleure santé avec cette maladie qui ne se guérit pas.

Docteur, le diabète est une maladie difficile à détecter très vite surtout dans notre contexte nigérien où les gens ne font pas de bilan de santé ; quels sont les signes qui permettent de déceler un début de diabète ?
Je vous remercie tout d’abord de m’avoir invité à votre grand journal, ‘’Le Sahel’’, pour parler d’une question de santé. Le diabète est une maladie chronique qui se caractérise par un excès du sucre dans le sang de façon permanente. Il existe principalement 2 types (1 et 2). En général, le diabète se manifeste par une fatigue intense, un amaigrissement, une émission trop fréquente d’urines, la soif et la polyphagie (manger beaucoup plusieurs fois dans la journée). Les autres signes sont les démangeaisons, les infections à répétition, les troubles visuels (sensation de flou), les sensations anormales des extrémités des pieds et des mains etc. Le diagnostic du diabète est confirmé par le dosage du taux de sucre dans le sang (glycémie) s’il est au delà de 1,26 g/l à jeun à au moins 2 reprises. Mais, très souvent, ces signes peuvent manquer pendant plusieurs années dans le diabète de type 2 et le diabète est alors découvert de façon fortuite ou lors des complications. Cette frange de diabétiques est la plus importante (85%), d’où la difficulté de faire le diagnostic chez les personnes qui ne font pas de bilan régulier comme vous le dites.

Quelle est l’ampleur de la maladie au plan mondial et surtout au Niger ?
Le diabète est une maladie fréquente et en progression constante. Il touche 382 millions d’individus dans le monde selon les chiffres de la Fédération internationale de Diabète (FID) de 2013. Ce chiffre passera à 592 millions en 2035, soit une augmentation de 55%. Au Niger la prévalence est estimée à 4,3% en 2007 selon l’enquête STEPS WISE de l’OMS, soit 731.000 diabétiques. C’est une maladie grave puisqu’elle constitue la 5ème cause de mortalité dans le monde, la 1ère cause d’insuffisance rénale chronique, la 1ère cause de cécité avant 65 ans et la 1ère cause d’amputation non traumatique en France et aux USA. Le diabète constitue donc de ce fait, un problème de santé publique.

Est-ce qu’on guérit du diabète, sinon quelle attitude observer ?
Malgré la recherche médicale qui avance tous les jours, le diabète reste une maladie qui ne se guérit pas mais qui se soigne très bien. Il faut donc toute sa vie, se surveiller, garder de bonnes habitudes alimentaires, une activité physique et prendre régulièrement ses médicaments. Ceci permet de rester en bonne santé plus longtemps avec le diabète.

Un régime strict est obligatoire pour le diabétique, mais est-il facile de le respecter surtout quand on sait que les céréales constituent la base essentielle de notre alimentation ?
Aujourd’hui le régime diabétique est un régime équilibré, sauf chez les personnes obèses où il doit être hypocalorique. Il consiste à amener les 7 groupes d’aliments avec des proportions variables. Le diabétique doit privilégier les légumes, les produits laitiers sans sucre, les protéines animales (comme le poisson, la viande, les œufs…), l’eau ; il doit manger modérément les céréales, les tubercules et les fruits et éviter les produits sucrés, les fruits secs, les graisses animales.

Le samedi 14 novembre dernier, le Niger a célébré la journée mondiale du diabète. A cette occasion plusieurs activités ont été organisées par le Forum Santé Niger (FORSANI). En quoi ont consisté ces activités ?
Ces activités dans le Cadre de la Journée mondiale de diabète consistent essentiellement à sensibiliser la population à travers la distribution des prospectus sur le diabète, à dépister les cas méconnus de diabète qui représentent plus de 80%, à former le personnel de santé à travers des conférences sur le diabète. Cette année la célébration de la journée a eu un cachet officiel avec le discours du Ministre de la Santé Publique à la veille de l’événement. Cette année 2015 nous avons dépisté 3000 personnes avec la caravane des étudiants et 3400 lors de la journée du diabète.

En dehors de ces manifestations occasionnelles, quelles autres actions menez-vous dans le cadre de la prévention ou tout au moins de la sensibilisation des populations sur le diabète ?
Effectivement, en dehors de ces campagnes de sensibilisation et de dépistage que nous organisons deux (2) fois par an, nous avons également des activités de soins à travers la prise en charge des diabétiques dans nos 5 unités de soins des diabétiques à Niamey et dans quatre (4) autres régions. Nous allons bientôt former 100 agents de santé : Médecins, Infirmiers et diététiciens. Nous passons également des spots de sensibilisation sur les médias (notamment à l’ORTN à travers l’émission Santé à la Une et Tal TV samedi à 11h et 21h).

Avez-vous des partenaires qui vous accompagnent dans cette tâche ?
Nous sommes soutenus dans ce travail par une ONG internationale, la World Diabetes Foundation sur un projet pilote intitulé «Amélioration de la santé des diabétiques au Niger». Le projet a débuté en Février 2015 et couvrira les régions de Niamey, Dosso, Tahoua, Maradi et Zinder pour une période de 3 ans. L’Ong FORSANI mène ce projet en collaboration avec le Ministère de la Santé Publique à travers le Programme National de lutte contre les maladies non transmissibles.

Docteur, que conseillez-vous à nos lecteurs et, au-delà, aux populations en vue de prévenir le diabète ?
Pour prévenir le diabète le slogan c’est : bien manger et bouger : Manger équilibré en consommant au moins 5 fruits et légumes par jour ; 2 à 3 fois par jour un produit laitier ; un féculent (céréale et tubercule) à chaque repas ; 1 à 2 fois par jour de la viande, du poisson et des œufs ; l’eau à volonté et limiter les matières grasses, le sel, les produits sucrés, l’alcool et le tabac. Bouger en faisant une activité physique régulière. Mais activité physique n’est pas  forcément synonyme de sport. Elle consiste en une marche rapide, à monter des escaliers, à faire du ménage, à jardiner, à aller chercher les enfants à l’école à pied, à faire une balade en famille, à rendre visite dans le quartier à pied plutôt qu’en voiture. Le vélo plutôt que la voiture. L’équivalent d’au moins 30 minutes de marche rapide par jour permet de diminuer le risque de développer un diabète de type 2.

 Siradji Sanda(onep)
24 novembre 2015
Source : http://lesahel.org/

Dernière modification le mardi, 24 novembre 2015 08:26

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