lundi, 21 décembre 2015 10:04

Interview de M. Paté Balla, président du Conseil Régional de Maradi : « Les populations de Maradi expriment leur totale satisfaction et leur gratitude pour toutes ces infrastructures mises en place au bénéfice de leur Région »

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Pate Balla MaradiMonsieur le président, la Région de Maradi accueille l'édition 2015 de la fête tournante du 18 décembre. Quels sont les sentiments qui vous animent en tant que président du Conseil de la région?
C'est réellement une immense joie qui m'anime en cette grande circonstance qu'est la célébration de la fête tournante de 18 décembre à Maradi. Joie d'abord, parce que notre chef-lieu de Région s'est métamorphosé à cause des importants investissements consentis par les autorités de la 7ème République pour rénover Maradi et créer d'importantes infrastructures sociales, culturelles, administratives et d'accueil en cette occasion.

Joie aussi, parce que les populations de Maradi, dans leur ensemble, expriment leur totale satisfaction et leur gratitude pour toutes ces infrastructures mises en place au bénéfice de leur Région. Car, au-delà des infrastructures dans la ville de Maradi, chaque chef-lieu de nos 8 départements et même d'autres grosses communes comme Dan Issa ont bénéficié d'une réalisation d'éclairage publique solaire, retombée du Programme Kolliya.
Mieux, il a été mis dans le cadre de l'organisation de cette fête, plusieurs Commissions, dont celle chargée de la mobilisation sociale que j'ai l'honneur de présider. Nous avons exécuté un vaste programme de tournée pour sensibiliser les populations et créer un engouement autour de tout ce qui est acquis dans le cadre de cette fête.

 

Pour revenir à la mission classique de votre organe le Conseil Régional, depuis que vous êtes installés, quelles actions avez-vous entreprises ?
Dans toute chose, c'est le début qui est difficile. Quand nous avons été installés, il n'y avait rien, tout était à faire. On n'a même pas pensé où nous trouver un local et à la dernière minute on nous a installés à la Salle des Réunions du Conseil de ville de Maradi. Il nous fallait, en tant qu'administration, au moins un local d'accueil pour pouvoir fonctionner. A force de persévérance, nous avons pu trouver une villa que l'Etat a conventionnée et qui tient lieu pour le moment de siège du Conseil.


Dans le cadre de notre mission, je vous renvoie au Code des Collectivités territoriales qui dit que la mission des Conseils régionaux est essentiellement économique, sociale et culturelle. L'aspect premier de cette mission est la promotion de l'économie de la Région et nous pouvons le faire à travers des documents de planification. C'est pourquoi nous nous sommes, dès notre installation, attelés à élaborer un plan de développement régional. Maradi est d'ailleurs la première région a s'être dotée d'un tel outil que nous sommes actuellement en train de finaliser. Ce plan est une déclinaison, au niveau régional, du PDES. Et pour notre part, notre Plan de développement régional couvrira la période 2016-2020.


En plus de cela nous sommes entrain d'élaborer un schéma d'aménagement foncier qui, s'il entre en vigueur, nous aidera à gérer les tensions foncières dans la région de Maradi, une des régions qui souffrent le plus de la pression foncière. De part les textes, ce qui est admissible dans ce domaine est un taux de 25%. Maradi, aujourd'hui, est à une proportion de 40%. Ce plan d'aménagement foncier nous permettra également de déterminer les vocations sur le territoire de la région.


En un mot, voilà les outils de planification que nous nous sommes donnés depuis notre installation et c'est à travers leur mise en œuvre sur le terrain que nous parlerons de réalisations.


Même en termes de moyens, c'est maintenant que l'Etat et quelques partenaires nous apportent progressivement leurs appuis. Nous sommes par exemple entrain de réaliser des salles de classe et des puits pastoraux avec le financement de certains partenaires techniques et financiers comme par exemple la Coopération Suisse. Nous sommes également entrain d'appuyer des centres de santé en médicaments.
Voilà en gros les jalons que nous avons posés, mais nous espérons que véritablement 2016 sera l'année de mise en œuvre des actions à travers les PDR ainsi que la première d'exercices des compétences transférées aux régions par l'Etat. Ce transfert de compétences s'entend bien sûr concomitant avec celui des ressources. C'est là un acte que nous attendons avec beaucoup de convictions, car une dizaine de projets de Décrets est déposée auprès du Gouvernement pour adoption. Sans ces transferts nous serons handicapés, quelque soit notre bonne volonté.


Qui dit pression sur les ressources naturelles, dit également conflits récurrents inter communautaires, notamment entre agriculteurs et éleveurs. Est-ce que le Conseil régional est impliqué à la recherche des solutions à ce qui se pose comme un conflit de notre société ?
Nous sommes impliqués et même pleinement engagés sur cette question. Notamment en termes de campagnes intensives de sensibilisation, et Dieu merci, ces conflits souvent fratricides ont baissé en intensité et en gravité. Un autre travail consistera en des missions d'enquête pour recenser, collecter des données sur toutes les ressources naturelles, notamment agricoles et pastorales. C'est un travail qui est entrain d'être fait avec l'aide de la technologie GPS et qui sera gravée sur la carte de la région. Ce travail nous permettra de déterminer exactement les ressources naturelles en matière d'élevage et de pouvoir créer les conditions de respecter cela, comme affecté au domaine de l'élevage.


Monsieur le président, si ce n'est pas indiscret, peut-on savoir le Budget du Conseil régional de Maradi et les sources de vos recettes ?
Ce n'est pas indiscret, au contraire nous pensons que c'est quelque chose que tout le monde doit connaitre dans le cadre de la transparence de nos actions. Mais la particularité du Conseil régional est qu'il ne perçoit pas de taxes de marchés à l'instar des Conseils des communes. Nous avons cependant quatre types de ressources qui sont : le fonds d'appui à la Décentralisation. Ce fonds doit normalement nous venir directement du Ministère mais par erreur il a été viré à l'ANFICT (Agence Nationale de Financement des Collectivités Territoriales). La deuxième source est le fonds de péréquation qu'on appelle aussi les fonds d'investissements des collectivités territoriales qui sont des ressources qui nous viennent de l'ANFICT. Malheureusement, le décaissement est très lourd parce que, à l'instant où nous sommes, nous n'avons reçu que le décaissement du 1er trimestre de l'année 2015.


La troisième source de financement est constituée de ce qu'on appelle les impôts propres de la région. Malheureusement, quand vous regardez le chapitre impôts propres des régions dans le Code général des impôts, parmi les 5 impôts énumérés, un seul a une assiette réelle. Je vous donne un exemple d'impôts sans assiette réelle. C'est ce qui est intitulé « redevances sur les permis de chasse ». Est-ce que la Région de Maradi attribue des permis de chasse ? Ou encore un impôt dont l'intitulé est « redevance sur les zoos privés ». Existe-t-il des zoos privés dans la Région de Maradi ? Finalement de ces 5 impôts, seule la Redevance sur les permis de conduire a une assiette. Elle est de 2.000 Fcfa par permis de conduire attribué au niveau de la Région et c'est le Trésorier qui doit recouvrer ces ressources sur la base des mandats émis.


Enfin il y a les impôts rétrocédés et, là aussi, c'est le Trésorier régional qui doit nous les reverser. Ces impôts rétrocédés s'élèvent à 26 millions. Le compte est géré au niveau du Trésor régional. Franchement, avec 26 millions FCFA, on ne peut pas développer une région. Il faut que l'Etat revoie la nomenclature des Budgets des Régions.


En réalité si les Régions « marchent» et se développent le premier à être tranquille, c'est l'Etat. Il revient en effet à la région de prendre en charge tout ce qui est problèmes sociaux et quand une région est capable de gérer et régler ses problèmes, ils ne remonteront pas au niveau de l'Etat. Récemment, les étudiants de l'Université de Maradi ont fait trois semaines de grève.


Parmi leurs revendications, il y avait celle de doter l'université de Maradi d'une ambulance. Quand un des étudiants tombe malade il faut chercher les services d'un motocycliste et c'est par un tel moyen, qui n'est pas approprié, qu'on fait les évacuations. J'ai trouvé que sur ce point ils ont raison. J'ai pris la question en charge et en deux semaines on a satisfait à l'exigence d'une ambulance pour l'université.


Si on avait assez de ressources on aurait pu régler beaucoup de problèmes sociaux de proximité. Il faut qu'on accepte que les régions constituent un niveau opérationnel de développement. C'est pourquoi nous avons ciblé trois domaines de compétences qu'il faut leur transférer, à savoir l'Education, la Santé et le domaine de l'Hydraulique et l'Environnement. Nous attendons l'acte de transfert pour ces trois domaines pour ensuite enchainé avec l'agriculture et l'élevage. Nous pensons que nous sommes dans une position directe et de proximité avec les agriculteurs et les éleveurs et si l'Etat ne nous transfère pas les compétences dans ce domaine nous ne pouvons rien faire.


Monsieur le Président une autre piste d'opportunités pour les régions est la voie de la Coopération décentralisée. Qu'est ce qu'il en est sur cette question?
Nous n'avons jamais perdu de vue que la Coopération décentralisée peut apporter une contribution importante au développement socio-économique de nos régions. Nous sommes en contact avec beaucoup de Conseils régionaux dans différents pays, mais la question doit être approfondie à travers des réflexions.
A ce sujet, par exemple, nous avons demandé, à l'occasion de Maradi Kolliya, la création d'une Commission Colloques scientifiques et jumelages. Ce serait une belle occasion pour nous collectivités, comme l'université de Maradi, de signer des accords dans ce sens et qui soient des accords de jumelages complets dans lesquels le Conseil régional, la ville, l'université et la chambre de l'agriculture trouveront les conditions et les opportunités de leur développement.

Mahaman Bako, envoyé spécial(onep)

Dernière modification le lundi, 21 décembre 2015 10:52

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