lundi, 18 janvier 2016 23:57

Maradi/Entretien avec M. Moussa Dan Tanni, Préfet du département de Mayahi : «Les voies de communication manquent cruellement et cela constitue une source de problème pour la santé des populations et un frein pour le développement du département»

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Moussa Dan TaniSitué dans la partie nord-est de la région de Maradi, le département de Mayahi couvre une superficie de 6952 km2 avec une population estimée à 602.377 habitants. Sa population est composée à la fois d’agriculteurs, d’éleveurs et de commerçants. Cette population cosmopolite est constituée notamment de Haoussa, de Peulhs et de Touaregs auxquels s’ajoutent d’autres populations non autochtones bien intégrées venues des autres régions du Niger. Mayahi fait frontière avec les départements de Dakoro, de Tanout, de Tessaoua et d’Aguié.

L’agriculture et l’élevage sont les principales activités des populations. Dans cet entretien, le préfet du département parle des potentialités mais aussi des contraintes qui freinent le développement de cette entité. L’une des préoccupations soulevées par le préfet lors de cet entretien réalisé le 10 décembre 2015 est celle de l’enclavement. Un problème qui trouvera bientôt sa solution avec le lancement la semaine dernière par le Président de la République, des travaux d’aménagement et de bitumage de la route Tchadoua-Mayahi-Tessaoua-Frontière du Nigeria.

 

Monsieur le Préfet, peut-on avoir une idée de ce dont a bénéficié votre département depuis le début de la mise en œuvre du programme de renaissance?

Au niveau du département de Mayahi, de nombreuses activités et actions ont été réalisées dans le cadre du programme de renaissance à commencer d’abord par les domaines de l’agriculture, de l’élevage, de la santé, de l’éducation, de l’hydraulique. Les autres domaines aussi ont bénéficié d’importantes réalisations. Si nous essayons de faire le point de ces réalisations, nous ne pouvons que le faire de façon non exhaustive et on ne peut les énumérer facilement puisque tous les domaines socioéconomiques ont été concernés. Au plan agricole nous avons eu la Maison du paysan dans les différentes communes, la construction de magasin d’une capacité de 1000 tonnes dans la commune urbaine de Mayahi. Les huit communes du département ont bénéficié des semences améliorées, d’engrais en quantités suffisantes. Rien qu’en 2015, nous avons bénéficié de 266,4 tonnes de semences améliorées. La même année, nous avons reçu 2050 litres de produits phytosanitaires, 33 tonnes d’engrais ont été reçues et distribuées aux producteurs. Face au récurrent problème d’insécurité alimentaire, l’Etat et ses partenaires ont initié et renforcé la distribution gratuite des vivres. A ce niveau, nous avons distribué environ 460 tonnes et en même temps nous disposons d’un stock important de vivres destinés à l’opération vente à prix modérés dans toutes les communes.

Dans le secteur de la santé, l’Etat a mis à la disposition du département de Mayahi trois (3) ambulances, cinq (5) cases de santé ont été transformées en CSI, six médecins ont été affectés. Toutes les cases de santé sont dotées de deux agents chacune. Je dois ajouter à cela l’effectivité de la gratuité pour les enfants de moins de 5 ans, pour les accouchements assistés dans les centres de santé. A ces actions réalisées par l’Etat, il faut ajouter celles des partenaires du Niger. Il y a notamment le CRS, l’ACF et le PADEL qui apportent leur appui pour le développement socioéconomique des populations du département.

 

Après ces importantes réalisations, est-ce qu’il y a des préoccupations particulières que les populations souhaiteraient voir solutionner ?

Je dois mentionner que nous avons beaucoup de doléances dans le secteur de la santé. En ce qui concerne les agents, nous avons une insuffisance de sages-femmes. Nous n’en disposons que de 5 dans tout le district, de trois personnes pour l’équipe chirurgicale et l’appareil radio, le seul qu’on a, n’est pas fonctionnel. A tout cela, il faut ajouter l’enclavement de la zone. Aucune des huit (8) communes de Mayahi n’est reliée au chef-lieu du département par une voie latéritique, surtout que les distances sont très longues entre ces communes. Imaginez un peu la souffrance qu’endurerait une femme en travail qui quitte Guidan Amoumoun à 60 km pour venir à Mayahi. Il est arrivé qu’on perde la mère et le bébé, c’est vraiment éprouvant et malheureux. Heureusement que nous disposons de ces trois ambulances offertes gracieusement par le Président de la République. La seule voie qui dessert le département est celle qui quitte Tchadoua pour passer par Mayahi et aller à Tessaoua, et elle est construite dans les années 70.

A cause du manque de route, nous avons beaucoup de difficultés pour les évacuations sanitaires au sein du département d’abord et ensuite pour joindre le CHR de Maradi. Les voies de communication manquent cruellement et cela constitue une source de problème pour la santé des populations mais aussi un frein pour le développement du département. En définitif, je dirais que l’enclavement est le problème crucial du département de Mayahi et j’ose espérer que les cris des populations dont je suis le porte-parole sera entendu par le Chef de l’Etat. Pour vous donner un exemple, je prends le marché de Tchaké qui est un grand marché de bétail et céréales à 25km de Mayahi. Il est l’un des plus grands de la région de Maradi. Hélas la localité est très enclavée donc les producteurs et les commerçants éprouvent d’énormes difficultés pour l’écoulement des produits. A Tchaké, il y a le marché à Bétail bien structuré et doté d’équipements adéquats modernes réalisés pour un investissement de plus de 200 millions. Malheureusement ce marché n’est pas exploité parce que tout simplement les marchands ne peuvent pas s’y rendre. Nous avons le marché de Issawan aussi qui n’est pas de moindre importance. La situation est la même qu’à Tchaké. Il nous faut des pistes dans le département pour relier la zone nord au reste du la région en passant par le chef-lieu du département pour acheminer les produits vivriers et le bétail.

 

La campagne agricole s’est achevée depuis peu, que peut-on retenir pour le département de Mayahi?

Dieu merci, cette année la situation agricole est globalement acceptable mais pas satisfaisante. Mais je l’ai dit, le département de Mayahi fait régulièrement face au déficit alimentaire. Il fait donc partie des départements où l’insécurité alimentaire est récurrente. Ce n’est pas gratuit je dirais. Il y a certes de grands espaces de production, mais les terres sont lessivées, les moyens utilisés coûtent cher, les travaux aussi. Les rendements sont très faibles, les prix des produits très bas tandis que le coût de production est élevé. Un producteur qui investit par exemple 90.000F à l’hectare n’en récolte que 300 à 350 kg sur ladite superficie. Ce qui fait 3,5 sacs qu’il vend à 30.000F environ. Nous estimons que la Maison du paysan est la bienvenue à Mayahi. C’est une initiative qui va certainement permettre aux paysans de mieux produire sur des espaces réduits. Mais si on veut qu’on réussisse il faut un changement de comportement, que l’agriculteur comprenne qu’il ne suffit pas d’exploiter dix hectares sans les mettre dans les conditions de donner un bon rendement. Il doit produire dans les conditions meilleures pour un rendement meilleur sur des superficies. Mais pour que le paysan comprenne, il faut qu’il le vive lui-même, que l’Etat renforce ce qu’il a entrepris en faveur des populations. Nous avons de l’espace mais le travail coûte cher. Cette année l’année a été déficitaire et par le passé le déficit variait de 55 à 60%.

 

Dans un contexte de pénurie alimentaire et fourragère, il se pose quelque fois des conflits entre les communautés. Comment se présente la situation en ce moment?

Pour le moment la situation est relativement calme. Mais la descente des éleveurs a commencé et la tension commence à se faire sentir aussi au niveau des communes de Guidan Amoumoun, de Tchaké, de Mayréré et celle de Issawane. Heureusement, la cohabitation entre les éleveurs et les agriculteurs est bonne. Nous n’avons jamais enregistré de conflits, tout se règle à l’amiable au sein des communautés. Néanmoins des dispositions ont été prises pour sécuriser les terres agricoles et les aires de pâturage, des couloirs de passage ont été délimités. Cela permet à l’agriculteur d’être à l’aise et à l’éleveur de faire paitre ses animaux sans avoir à empiéter sur l’espace agricole. Les puits pastoraux construits ou réhabilités évitent aux éleveurs d’aller abreuver leurs animaux au niveau des puits villageois. Vous savez que parfois, la recherche de l’eau peut être source de conflit entre les deux voisins. Chaque puits dispose d’un comité de gestion pour veiller à la régularité de l’utilisation de l’eau. En terme clair, il faut retenir que nous n’avons pas de conflits agriculteurs-éleveurs. Mais comme rien n’est jamais définitivement acquis, nous avons pris les dispositions pour parer à toute éventualité.

 

Y a-t-il un souci sur le plan sécuritaire dans le département?

Je vous dirais toute de suite, non. Nous n’avons pas de problème d’insécurité parce que l’Etat a pris des mesures pour la fonctionnalité des patrouilles mixtes. Le département dispose de trois véhicules qui font le tour du département de Mayahi. Mais nous souhaiterions qu’il y ait des postes avancés, par exemple au nord pour éventuellement appuyer la patrouille.

Siradji Sanda et Zabeirou Moussa,Envoyés spéciaux(onep)

19 janvier 2015
Source : http://lesahel.org/

 

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