mardi, 09 février 2016 10:12

Entretien avec M. Tahirou Guimba, candidat du Moddel Ma’aykata à l’élection présidentielle premier tour du 21 février 2016 : «Mon programme (…) est essentiellement bâti sur notre idéologie qui est de vouloir sortir notre pays des sentiers battus»

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Tahirou Guimba 01M. Tahirou Guimba, vous êtes candidat à l’élection présidentielle premier tour du 21 février 2016. Avec quel programme entendez-vous convaincre les électeurs nigériens pour qu’ils vous accordent leurs suffrages ?

Mon programme est tout simple et il sera axé sur trois axes qui feront une troisième voie. Il est essentiellement bâti sur notre idéologie qui est de vouloir sortir notre pays des sentiers battus. En substance, ces trois axes je peux vous les résumer très simplement. C’est la refondation de l’Etat. Tout le monde sait que depuis 25 ans, depuis la conférence nationale à nos jours, nous avons essayé un système, des textes fondamentaux qui ne répondent pas aux réalités socioculturelles de notre pays, notamment le socle constitutionnel, qui a en son sein, ce texte là, tout ce qu’il y a comme germe d’instabilité.

Depuis 25 ans, nous avons connu quatre transitions, une civile, par un coup d’Etat civil qui a écarté Ali Chaibou du pouvoir, et trois autres transitions militaires. Et jusqu’à la date d’aujourd’hui, le Niger n’est pas sorti de la mauvaise passe. Vous voyez bien dans quelle ambiance nous allons à ces élections 2016. Et, ceci dit notre projet et notre programme c’est de ramener le régime présidentiel, en lieu place du régime semi présidentiel ou on ne sait pas qui dit quoi, qui fait quoi. C’est juste un régime qui permet de développer la corruption et des passe-droits. C’est un régime qui n’amène pas les Nigériens à se remettre réellement au travail et à développer leur pays.

 

Donc la remise en cause, si je suis élu, dès la première par référendum, je demanderai aux nigériens de revenir vers un régime présidentiel. Dans la même foulée, dissoudre l’Assemblée qui sera issue de ces élections du 21 février 2016, parce qu’elle pléthorique et budgétivore. L’assemblée nationale actuelle que nous avons de 113 est déjà trop, parce que quand vous voyez même les plénières vous n’avez pas souvent plus de 15 ou 20 qui sont présents, les autres sont dans les affaires. Alors à quoi rime d’avoir 176 députés, pour faire quoi ? Donc, nous allons ramener ça à une juste proportion, à 127 députés tout au plus.

 

Et comme tout homme au pouvoir peut en abuser, nous avons prévu l’institution d’une chambre constitutionnelle forte, mais indépendante de tout pouvoir. En ce sens que ce n’est plus le Chef d’Etat élu ou l’Assemblée Nationale ou un groupe de ceci qui vont désigner les membres de la Cour Constitutionnelle, c’est les professionnels dans le corps, les magistrats les plus expérimentés, les enseignants chercheurs dans le domaine et certains diplomates de carrière, et des officiers supérieurs de certains corps des FDS, notamment la gendarmerie, la police, et la garde nationale, vous avez des officiers juristes la dans, et même les FAN, vous allez trouver des officiers juristes expérimentés, qu’ils soient à la retraite ou pas, mais qu’on peut utiliser dans ce genre de dispositif, qui auront un seul mandat de 6 ou 7 ans, et assermentés et qui vont veiller de manière vraiment indépendante sur le fonctionnement de l’Etat, pour qu’il y ait pas abus. Et, institutionnaliser les porte feuilles ministériels, les définir clairement et que chacun s’entendent la dessus, qu’on ne doit pas excéder 16, quitte à adjoindre à ces ministres selon les charges de ces portefeuilles, des ministres délégués qui ne doivent pas eux aussi excéder 10. Voilà à peu près le dispositif que nous voudrions voir revenir en place pour stabiliser d’abord un Etat.

Maintenant, au niveau institutionnel, je pense qu’il faut créer un sénat de 41 membres tout au plus. Donc les députés, seront toujours élus au suffrage universel direct. Les sénateurs, c’est une formule indirecte. Il faut supprimer des institutions comme le CESOC, comme la HALCIA, comme la commission nationale des droits de l’homme, la Médiature. C’est des institutions budgétivores qui ne servent à rien, presque. D’autres institutions, l’assemblée, le sénat peuvent reprendre en compte certains volets de leurs activités. Les cabinets du président de la république, du premier ministre et du président de l’assemblée nationale, ces cabinets doivent être allégés.  

 

On ne doit pas en faire une fonction publique parallèle, de 5000 ou 10000 bonhommes où on ne sait pas qui fait quoi, qui dit quoi. Vous êtes conseiller, vous allez rester 10 ans, personnes ne va vous appeler à une tâche quelconque. Il faut mettre fin à cela. Il y a des jeunes qui chôment, la plupart c’est des retraités qui se retrouvent dans une nouvelle fonction publique. Il faut arrêter ça. Un chef de l’Etat peut avoir une douzaine de conseillers, un premier ministre pareil, un président de l’assemblée peut être 5. Les chargés de mission, il faut limiter, tout au plus chacun des cabinets ne doit pas excéder 30 et 40 personnes. Il faut arrêter. Et là où ils ont des directeurs de cabinet et des adjoints, il faut supprimer les secrétariats généraux dans ces trois institutions. Les ministères, il faut supprimer les directions de cabinet. C’est folklorique. Il y a un secrétaire, il faut maintenant un autre mécanisme de choix de secrétaires généraux. Qu’ils soient des secrétaires généraux permanents, techniques, avec des mandats de trois ans tout au plus, on les évalue, renouvelable une fois. Mais qu’ils soient permanents.

 

Le ministre n’est pas bon, ou il a démissionné, ou on l’a fait partir. Mais le secrétaire général, c’est un technicien, il est là, Il a un mandat et on crée des mécanismes d’évaluation, un mandat renouvelable une fois. Quand j’ai dit les 16 ministères, c’est très simple. Quand vous prenez le développement rural par exemple, aujourd’hui c’est peut être cinq ou six ministères. Tout ce qui est agriculture, hydraulique, élevage, environnement, génie rural, il faut les mettre dans le même paquet, quitte à mettre un ou deux ministres délégués pour seconder le ministre qui sera en charge du domaine. Tout ça, ça se tient par l’eau. Toutes ces activités, relèvent du développement rural, du monde rural, et c’est l’eau, l’hydraulique.

En matière donc de défense et de sécurité, il faut rétablir également le service militaire obligatoire pour tout jeune âgé d’au moins de 18 ans. Pour les élèves et les étudiants qui sont encore sur le terrain de l’école, il doit falloir organiser cela pendant les vacances, on prend quarante à quarante cinq jours sur les trois ans. Il faut donner une notion de ce que c’est un Etat, ce que c’est une nation à nos enfants, donc instruction civique. Parce qu’il n’est pas rare de voir de nos jours des ‘’ maitrisards’’, des’’ licenciés’’, des’’ brevetés’’, des bacheliers assis à faire que du thé. C’est parce que justement ils n’ont pas la notion de l’Etat. Et, l’Etat ne veut pas dire tout le monde sera embauché par l’Etat. L’Etat veut dire que chacun doit apprendre à se battre, parce que pour nous le mérite c’est par le travail, rien d’autre. Les chinois étaient plus pauvres que nous à l’indépendance il y a 60 ans. Soyons capable d’arrêter de tendre la main vers l’extérieur et de chercher à régler nos problèmes internes, parce que nous pouvons nous-mêmes faire quelque chose pour ce pays. Ceux qui sont appelés au service civique, donc ils n’ont pas fait le service militaire, il faut que ce soit un vrai service civique, et non pas un guichet de perception de prime. Le jeune homme, il a ses 24 ans, 25 ans, il a une maitrise en économique, bon là où il y a eu un déficit de professeur en économie, dans tel ou tel lycée, ou dans tel ou tel centre professionnel ou d’enseignement professionnel, il faut l’intégrer là-bas. Et l’éducation nationale, il faut la ramener à deux ministères : Un ministère de l’éducation nationale et de la formation professionnelle et technique et un ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de la technologie. Il faut que ce soit simple, accessible et digeste. Il faut garder le ministère de l’économie et des finances, tel qu’il est. Après le système de sécurité et défense, il faut veiller à améliorer les conditions de vie des soldats. Et il faut assainir leur mode de recrutement. Et surtout quand je parle de recrutement, c’est à tous les niveaux. Aujourd’hui, il n’est un secret pour personne, même pour vous faire recruter dans l’armée, souvent on vous demande des dessous de table,   alors que c’est un service obligatoire. Et les gendarmes, les policiers, les douaniers et les gardes nationaux, ils sont souvent chargés d’établir les procès verbaux des constats de tel délit, telle faute, ils doivent faire l’objet d’enquête de moralité conséquente. La justice également, il faut l’éloigner du champ politique. On a vu ces 25 dernières années, y a pas un seul régime, qui n’a pas entrainé les juges dans des affaires politiques. Donc, ce qui fait qu’il va falloir institutionnaliser un conseil supérieur de la magistrature collégiale, qui ne soit plus présidé qu’uniquement par le président de la république. Tous ceux qui se sont succédé à la tête de l’Etat, en ont abusé. J’en ai la preuve. Il faut seconder le chef de l’Etat, ou qu’il y ait un directoire collégial, où la corporation des magistrats est représentée, même ceux qui sont à la retraite et expérimentée et de certains corps de métier des FDS, la gendarmerie, la police,   ceux qui sont à la retraite ou d’un certain grade, qui n’ont plus besoin d’avancement. C’est parmi eux qu’il faut chercher et certains diplomates également chevronnés qui ont fait leur preuve, qui ont une notion de ce qu’on appelle le droit et l’organisation de l’Etat. Et dans les 16 ministères, j’allais oublier de vous dire qu’il fallait créer un ministère du contrôle et de l’inspection générale de l’Etat. En lieu et place il faut supprimer l’inspection générale de l’Etat qui est rattachée au président de la république. C’est en fait une arme qu’il a contre ses semblables, et il peut l’utiliser, et souvent c’est dangereux. Donc dans les 16 ministères, il y a un ministère chargé uniquement de l’inspection et du contrôle général de l’Etat. C’est pourquoi j’ai dit qu’il faut supprimer la HALCIA, parce que la HALCIA, tant qu’on, vous avez vu il y a des fautes, et ceux qui sont en activités, les ministres commettent des fautes mais les procureurs n’arrivent pas, parce qu’ils sont sous la coupe réglée du ministre de la justice. Le procureur n’arrive pas à s’autosaisir de ce dossier là. Le deuxième axe, c’est l’élaboration d’un plan de développement socio-économique du pays. Un vrai plan, mais celui là, c’est un plan participatif. À l’instar des communes, il faut que ce soit un plan participatif, qui va aller de la base vers le sommet, et non pas un plan élaboré à partir de « certaine expertises », dans les bureaux de Niamey. Il faut permettre aux populations de participer à l’expression de leur désidérata, les vrais. Maintenant au niveau de l’Etat la synthèse sera faite et ce qu’il y a lieu d’ajouter on l’ajoute mais en accord avec ces populations ou leurs représentants. Ainsi, personne ne peut s’amuser élu président de la république à faire des investissements de prestige et à sur endetter le pays inutilement. Puisque voilà ce que disent les populations, voilà ce nous voulons, maintenant c’est à lui de se battre lui et son équipe, le chef de l’Etat élu, à mettre cela en œuvre.

 

Vous venez de décliner le programme que vous entendez mettre en œuvre. Mais comment comptez vous mobiliser les ressources nécessaires à la mise en œuvre de votre programme ?  

La mobilisation des ressources, il faut arrêter de rêver. Comptons d’abord sur nous même. Le Niger est immensément riche. Riche de ses ressources humaines qualifiées, il est prouvé de par le monde que les intellectuels nigériens sont les mieux formés, les mieux outillés. Deuxièmement, ces ressources là, il faut les mobiliser en interne. Ceux qui ne payent pas leurs impôts, il faut qu’ils les payent. Parce qu’il y a des fortunes aujourd’hui qui ne portent aucun nom. Tous ces ministres, ou ces dignitaires souvent des régimes qui se sont succédé, il y en a qui s’achètent nuitamment des villas de 200, 300 millions en espèce. Il faut les identifier et au moins leur payer les taxes et les impôts liés à ce genre de transaction. Donc il faut d’abord la mobilisation interne des ressources, il faut assainir tous les corps, toutes les régies financières, il faut moraliser, assainir et nommer les hommes qu’»il faut à la tête de ces régies là pour une mobilisation effective des ressources internes. Nos richesses également, la fiscalité qu’on a évité à certaines compagnies minières que je ne vais pas nommer, il faut l’appliquer à tout le monde. On a de l’uranium, mais tout le monde sait que près de 50% de l’énergie électrique consommée en France est basée sur l’uranium du Niger. Mais assoyons nous avec les français, ce sont nos partenaires, nos amis de toujours. Écoutez, vous, vous êtes à l’aise de l’autre côté, mais nous on n’a même pas de courant électrique. Assoyons-nous avec ces partenaires là, discutons, d’hommes à hommes avec eux. Diversifiez les partenaires, et maintenant négociez avec les institutions financières internationales, négociez des ressources longues où le taux d’intérêt sont bas pour combler le reste, le gap. Regardez ce qui se passe dans l’enseignement, le volet éducation je l’ai dans notre programme. La contractualisation de l’enseignement, nous dans notre programme nous allons recruter et occuper tous les postes vacants dans l’enseignement à la date d’aujourd’hui. Parce qu’il ne sert à, rien de faire semblant de payer quelqu’un, et, il fait semblant d’enseigner. Et c’est le niveau d’instruction qui est en chute libre. Nous voulons éviter cela, donc, il faut des hommes capables de dire au FMI, la banque mondiale, à toutes ces institutions internationales de financement, non voilà nous, ce que nous voulons. Pas des gens, des ministres qui ont peur, ou bien un président élu, une institution fait pression, écoutez, un tel nous on veut plus le voir, on veut plus discuter avec lui. Non ! Un Etat doit affirmer sa souveraineté, et mettez des hommes et des femmes capables de discuter avec ces institutions. Elles ne peuvent rien imposer, puisqu’elles vivent de ça, donc elles ne peuvent pas nous imposer ce qu’elles veulent. C’est pourquoi il faut diminuer la taille du gouvernement, mettre des gens et les payer correctement ces ministres là.

 

M. Guimba si vous êtes élu président de la république, quelle serait la priorité de vos priorités ?

La priorité de mes priorités c’est la remise des Nigériens au travail, dans un espace totalement sécurisé.

Onep

10 février 2016

Source : http://lesahel.org/

Groupe Hiza 01

Dernière modification le mercredi, 10 février 2016 09:45

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