jeudi, 07 avril 2016 05:14

Entretien avec Katiellou Gaptia Lawan, Ingénieur Météorologiste, Chef de Division Prévisions Météorologiques à la Direction de la Météorologie Nationale du Niger

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Katiellou Gaptia LawanCes deux dernières décades, le seuil de la température a augmenté à plus de 42° à l’ombre. La situation devient d’ailleurs de plus en plus difficile. En tant que spécialiste des questions de la météorologie, qu’est-ce qui explique selon vous ce phénomène ?

Merci bien pour la question. Tout d’abord faut-il le rappeler, la période froide, sous l’emprise quasi exclusive de l’harmattan est passée et vient cette fois-ci la saison dite chaude. En effet, la terre tourne sur elle-même en 24h00 et nous amène l’alternance de la nuit et du jour en particulier ici dans les tropiques. Aussi, l’axe de rotation de la terre qui passe par les deux pôles est incliné de 23° environ par rapport à la perpendiculaire du plan de l’écliptique avec une orientation Nord-Sud. Ce phénomène d’inclinaison constant ensemble avec la révolution de la terre qui est le mouvement effectué autour du soleil suivant une orbite non circulaire appelée l’écliptique en 365 jours un quart. Dans ce voyage que nous faisons autour du soleil, on emprunte une orbite qui n’est pas circulaire mais en forme d’une ellipse avec des distances terre-soleil non constantes. Alors du fait de l’inclinaison de la terre et de la révolution, de mars à septembre, la partie de la terre exposée où faisant face au soleil immédiatement est l’hémisphère Nord où est situé le Niger notre pays. Alors les rayons du soleil sont presque horizontaux et donc intenses en ce qu’ils frappent une zone assez limitée. La température augmente considérablement comme c’est le propre des saisons dites chaudes contrairement à l’hémisphère sud qui est inclinée et loin du soleil où les températures sont douces un peu comme nous entre Septembre et mars. Alors on a des températures qui grimpent a plus de 43, 44 voire 45 degré.

 

Un autre phénomène qui aggrave cette sensation de chaleur en cette période est l’indice dit de confort. En effet, au mois de Mars-avril, la mousson commence déjà à intéresser les zones sud de notre pays comme c’est le cas pour Niamey actuellement qui est sous cette mousson. Sa caractéristique est le taux d’humidité élevé. Alors quand la température est déjà élevée et l’humidité aussi, la sensation de la chaleur augmente pour nos corps du fait de la difficulté qu’on a de se débarrasser de l’excèdent de température corporelle. Dans ce cas, le corps provoque la sueur qui normalement doit en même temps en s’évaporant, baisser la température de notre corps. Mais hélas, c’est souvent pas le cas en l’absence de climatisation ou de ventilation, l’air ambiant étant déjà chargé d’humidité ne laisse pas s’échapper notre sueur qui reste collée à notre peau. Et comme c’est l’excédent de température corporelle causée par les températures ambiantes élevées qui font évaporer la sueur alors le corps se sent très inconfortable car l’air ambiant saturé d’humidité ne lui permet pas de baisser sa température et on a cette sensation de chaleur qui nous étouffe. En conclusion, la température de l’air élevée avec de l’humidité élevé et un vent calme qui augmente la sensation de chaleur et quand cette canicule persiste, elle peut être fatale pour certains organismes.

 

Comment expliquez-vous les variations climatiques des mois de Mars et Avril ?

Les nuits de plus en plus chaudes sont dues essentiellement aux changements climatiques qui, selon nos analyses augmentent considérablement le nombre des nuits mais aussi des jours chauds depuis le début des années 2000 les années 95 respectivement au Niger. Cela fait suite au réchauffement soutenu du globe en général. C’est ainsi que les températures de nuit depuis le début de 2000 sont en général au-dessus de la moyenne même si quelque cas de variabilité naturelle avec des températures basses peuvent être enregistrés quelques fois. Là aussi en présence de l’humidité apportée par la mousson la sensation de chaleur devient aussi plus importante. Par ailleurs, en relation avec le bilan radiatif, la présence des aérosols tels que la poussière ou des nuages la nuit, peuvent rehausser la température de nuit car la chaleur dégagée par le sol est ramenée en partie vers le sol.

 

Il est souvent raconté par les paysans que, la chaleur ardente provoque la pluie, pourquoi, ce n’était pas le cas ici à Niamey ou bien le phénomène a une autre explication scientifique?

Oui, il n’est pas faux de dire que la chaleur ardente provoque la pluie. Pour cela, il faut qu’il ait la présence de l’humidité et donc de la mousson. Avec les convections, on enregistre souvent des pluies qui tombent comme ce fut le cas il y a quelques décades un peu partout sur les zones sud et du centre. D’ailleurs, l’année dernière les fortes précipitations tombées à Agadez peuvent être associées à cela car avec les changements climatiques les températures grimpent et en présence de l’humidité de l’air et d’instabilité atmosphérique des pluies extrêmes peuvent être enregistrées.

Entretien conduit par Seini Seydou Zakaria(onep)

07 avril 2016
Source : http://lesahel.org/

Dernière modification le jeudi, 07 avril 2016 05:44

Interview