vendredi, 22 avril 2016 05:09

Madame Diallo Balkissa, présidente de l’Association des Femmes Juristes du Niger : ‘’L’AFJN a toujours accordé une assistance juridique et judiciaire aux femmes démunies, aux femmes en détresse et aux femmes victimes de violence’’

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Diallo BalkissaMadame, vous êtes la Présidente de l’Association des Femmes Juristes du Niger. Pouvez-vous présenter à nos lecteurs cette association dont vous avez la charge?

L’Association des Femmes Juristes du Niger (AFJN) est une association apolitique et non confessionnelle créée par arrêté n° 171 en date du 24 décembre 1991. Son siège social se trouve au quartier Yantala, derrière le Lycée Yasmina. Peut être membre de l’AFJN toute femme titulaire d’au moins une Licence en Droit.

Elle est représentée dans les huit régions du pays par plus de 3800 personnes relais qu’elle a formées. Pour nous aider à accomplir nos missions, nous avons un personnel de trois (3) salariés et 100 membres bénévoles parmi lesquelles on trouve des magistrats, des avocates, des notaires, et des juristes travaillant dans le secteur public et privé.

 

L’objectif général de l’AFJN est d’œuvrer pour le plein épanouissement de la femme et de l’enfant à travers la promotion et la défense de leurs droits. Il s’agit, spécifiquement, de lutter contre les violences faites aux femmes et aux enfants ; lutter pour l’élimination de toute forme de discrimination à l’égard des femmes ; contribuer à l’édification d’un droit moderne nigérien; étudier le droit de la famille, le droit de la propriété et du travail de la femme au Niger; sensibiliser et mobiliser les femmes pour dénoncer et combattre toute atteinte aux droits de l’Homme en faisant appel à la conscience nationale et internationale, et en intervenant auprès des pouvoirs publics ; assister les femmes et les enfants sans ressources et/ou en détresse, victimes de violences ; écouter et conseiller les femmes dans le domaine juridique et judiciaire; et ester en Justice en cas de violation des droits de la Femme et de l’Enfant. En résumé, notre finalité est de voir l’égalité d’accès à la justice entre les femmes et les hommes assurée; les droits des femmes mieux connus et mieux respectés ; les femmes sensibilisées, connaissant leurs droits et à même de les défendre devant les juridictions.

 

L’Association est pilotée par un bureau exécutif qui est renouvelé tous les trois ans. Ses organes constitutifs sont l’Assemblée Générale et le Bureau Exécutif National composé de sept (7) membres. En dehors du bureau, il y a une commissaire aux comptes et son adjointe.

De sa création à ce jour, quelles sont les activités phares que votre association a eu à réaliser ?

Depuis sa création, l’AFJN a toujours accordé une assistance juridique et judiciaire aux femmes démunies, aux femmes en détresse et aux femmes victimes de violence.

De 2003 à ce jour, plus de 1878 personnes ont eu recours au bureau d’écoute pour un conseil ou une orientation juridique sur des problèmes tels que la répudiation, le divorce, la garde d’enfants, la pension alimentaire, la succession, ainsi que sur différentes formes de violences.

 

Ces statistiques sont encore en deçà du nombre de cas traités, car une bonne partie des bénéficiaires de nos conseils et de notre assistance nous trouvent directement à nos lieux de travail ou à nos domiciles, sans passer par le Centre, surtout quand il s’agit de problèmes relatifs aux droits de la famille et des personnes.

 

L’association a piloté plusieurs formations un peu partout à travers le Niger. Nous retiendrons, entre autres, la formation de 3800 para-juristes dans les 8 régions du pays dans le cadre de l’amélioration du statut juridique de la femme, de 2000 à 2010, avec des financements de nos différents partenaires au développement tels que la Banque Mondiale et la Banque Africaine de Développement.

 

L’AFJN a mené plusieurs activités de sensibilisation, de plaidoyer et de formation avec l’appui de ses principaux partenaires, de 1992 à 2012. C’est ainsi qu’elle a élaboré et édité plusieurs guides juridiques, notamment un guide sur les voies de recours financé par le PNUD, et des brochures d’information judiciaires financées par le Projet ARJUDI (Ambassade de France), en septembre 2008.

 

En outre, nous avons participé à plusieurs rencontres nationales et internationales sur les droits de la femme.

Toujours dans la droite ligne de l’accomplissement de ses objectifs, l’AFJN a eu à mener d’autres activités dont la sensibilisation de l’électorat, une activité qui a été financée par des partenaires comme le NDI, DANIDA etc., la compilation d’arrêts de la Cour Suprême et l’édition de brochures d’information judiciaires ; une formation des magistrats sur les droits humains des femmes; une formation des Officiers de Police Judiciaire (OPJ) sur les droits humains et la CEDEF; la formation de 1280 personnes relais dans les huit régions et à Niamey sur financement de PREG/BAD). En outre, dans 58 communautés de la région de Maradi, des activités d’Information-Education-Communication (IEC) et de Communication pour un Changement de Comportement (CCC) en droit ont été réalisées grâce à un financement de Care International. A cela s’ajoutent les émissions radios et les conférences-débats sur les droits humains financées par plusieurs partenaires.

 

L’AFJN dispose d’un centre d’Assistance Juridique et Judiciaire, financé et inauguré par l’Ambassade du Canada en Avril 2008. Ce Centre apporte son assistance aux femmes victimes de violences et en détresse. Il est également doté d’une salle de promotion humaine pour la formation des filles déscolarisées en économie familiale (couture, tricotage, cuisine, etc.).

 

En matière de collaboration, quelles sont les associations avec lesquelles travaille l’AFJN sur les plans national et international, et les partenaires qui vous appuient?

L’AFJN est membre du cadre de concertation des intervenants sur les violences faites aux femmes et aux enfants; membre de la Commission Internationale des Juristes; du comité scientifique de l’ANDDH; du comité de pilotage du PARJ et du PAJED.

 

Elle a coordonné le Comité sur l’élaboration et la présentation du rapport des ONG/Associations sur la CEDEF en mai 2007 à New York (USA).

 

Elle est aussi membre du Comité de coordination du programme d’appui aux réformes judiciaires, de l’Observatoire National de Promotion de la Femme et du Comité de suivi de l’enfant. L’AFJN est membre du WANEP-Niger. Son adhésion à ce réseau entre dans le cadre de son domaine d’intervention. C’est-à-dire que, lorsque l’AFJN est saisie d’un litige, elle tente de donner des conseils et de concilier les parties, et c’est en cas de non conciliation qu’elle aide les femmes à saisir les juridictions.

 

L’AFJN est également membre du réseau Ouest Africain des Femmes Juristes, et participe à toutes les conférences de la Commission de la Condition de la Femme des Nations Unies.

Quant à nos partenaires techniques et financiers, ce sont l’USAID, la Coopération Danoise, la Coopération Suisse, le DED, la Banque Mondiale, Care International, l’UNICEF, ONU Femmes, l’OIF, l’UNFPA, la SNV, l’Ambassade de France, l’Ambassade du Canada (FCIL et FAES), le PNUD, la Banque Africaine de Développement (BAD/PREG), OFAM Québec et Nobib, Trust Africa, le NDI, l’OIM, la Coopération Allemande (GIZ), la Coopération Espagnole (NEPAD, RED Activas, APIA, FIAPP), l’Union Européenne, etc.

 

Madame la présidente, relativement à la proportion de femmes au sein de la population nigérienne, ne pensez-vous pas que la loi sur le quota est inique ?

Quand nous savons que ce sont les femmes qui sont les grandes mobilisatrices dans les partis politiques, que ce sont toujours les femmes qui remplissent les urnes, et qu’on nous parle aujourd’hui de quota, c’est ridicule. S’arrêter sur le quota ne nous rendra pas justice. Il faut aller vers la parité, parce les femmes ont la compétence de tenir des postes de responsabilité aussi bien que les hommes.

 

A quoi attribuez-vous, Madame, la sous-représentativité des femmes dans la majorité des instances dirigeantes de notre pays?

L’entrave à la représentativité des femmes, surtout les femmes rurales, est due aux pesanteurs socioculturelles, aux stéréotypes et aux préjugés.

 

Pour en revenir à votre association, quelles approches envisagez-vous pour aider les femmes nigériennes à mener la lutte afin d’occuper la place qui leur est due?

Pour contribuer à l’amélioration du statut social et juridique de la femme, il faut que les Associations et ONG féminines, encadrées par les partenaires au développement, interviennent au niveau national pour exécuter des projets de renforcement des capacités citoyennes de la femme, en vue de l’amélioration de sa situation juridique, du renforcement de son leadership afin de l’amener à s’impliquer davantage dans les instances de prises de décision.

 

En conclusion, Madame la présidente, comment voyez-vous l’avenir de la promotion de la femme au Niger ?

Je suis optimiste quant à l’avenir de la promotion de la femme au Niger. Je compte sur les générations à venir pour relever le défi entamé par leurs prédécesseurs, afin que la femme nigérienne occupe la place qui lui revient de droit dans sa société.

Tchirgni Maïmouna

22 mai 2016
Source : http://lesahel.org/

Dernière modification le vendredi, 22 avril 2016 05:53

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