vendredi, 13 mai 2016 04:55

Dr Amadou Aïssata, ministre de le Promotion de la Femme et de la Protection de l'Enfant : «La femme nigérienne commence à comprendre que son poids numérique ne doit plus constituer un fardeau, mais un potentiel pour le développement»

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Amadou AissataDr Amadou Aïssata, ministre de le Promotion de la Femme et de la Protection de l'Enfant Madame la ministre, les femmes nigériennes, et le Niger tout entier, célèbrent, ce vendredi 13 mai 2016, la 25ème édition de la Journée Nationale de la Femme Nigérienne sous le thème ''Autonomisation de la Femme en lien avec le développement durable''. Qu'est-ce qui justifie le choix de ce thème ?

 

Je voudrais tout d'abord souhaiter une très bonne fête à toutes les femmes du Niger. Je les félicite et les encourage pour leur engagement et leur lutte de tout instant pour la promotion de la femme. Le choix du thème de cette année n'est pas fortuit, il est plein de bon sens pour la promotion de la femme. En effet, nous sommes arrivés au terme des Objectifs du Millénaire pour le Développement, et en octobre 2015, les Nations Unies ont adopté un nouveau programme mondial décliné en 17 Objectifs de Développement Durable (ODD) dont le 5ème est ''Parvenir à l'égalité des sexes et autonomiser toutes les femmes et les filles''.


Outre l'Objectif 5, onze des 17 ODD comportent des cibles sur l'égalité des sexes. Il est donc tout à fait normal que ce thème soit choisi pour une large sensibilisation et une mobilisation sociale, pour que notre pays, le Niger, soit au rendez-vous de l'agenda 2030 avec des résultats très satisfaisants.


L'Autonomisation de la Femme, on en a beaucoup parlé ces dernières années. Quelles sont les principales actions entreprises dans ce cadre, et quel en est leur impact sur les conditions de vie de la Femme ?


Une des principales actions, c'est d'abord la disposition d'esprit de la femme nigérienne au changement. Ensuite, le Niger a élaboré une stratégie nationale d'autonomisation des femmes axée sur quatre composantes à savoir : (i) l'allègement des tâches domestiques des femmes ; (ii) l'appui aux productions agricoles et pastorales des femmes en allouant des terres aux femmes dans le cadre de l'Initiative 3N pour entreprendre l'agriculture pluviale ou irriguée); (iii) le micro- crédit aux femmes; (iv) les actions d'accompagnement à travers les centres d'éducation et de promotion féminine (foyers féminins).


Des mesures institutionnelles sont également prises pour une autonomisation de la femme et un accroissement de leur participation à la vie socio politique et économique du pays. En effet, le gouvernement a révisé la loi sur le quota en rehaussant le pourcentage des femmes aux postes électifs de 10% à 15%, et 25% aux postes nominatifs, afin d'améliorer la représentativité des femmes dans les instances décisionnelles. Pour un meilleur suivi de l'application de la loi sur le quota et l'équité du genre dans les politiques et programmes, un Observatoire National Pour la Promotion du Genre a été créé et son opérationnalisation doit donner plus de visibilité à toutes les entreprises que mènera le ministère.

 

Pour la Renaissance Culturelle, la contribution des femmes est plus qu'essentielle pour parvenir à un changement de comportement.

En outre, nous avons initié la mise en œuvre d'un processus sur ''Genre et Islam'' qui vise à ressortir la position authentique de l'Islam par rapport au genre, par l'organisation d'un ''Forum international sur genre et Islam'', l'élaboration de 6 modules thématiques ''Genre et Islam'', et la formation de vingt-neuf (29) oulémas prêcheurs (femmes et hommes) venus de toutes les régions du pays. Nous avons également procédé à l'intégration du genre dans les Plans de Développement Communaux (PDC) des communes des régions de Zinder, Maradi, Dosso, Tahoua et Agadez.


L'accent a été également mis sur la mise à disposition du matériel d'allègement des tâches domestiques et les moyens de production au profit des groupements féminins pour leur permettre de se libérer des travaux pénibles et leur permettre de libérer leurs filles pour aller à l'école.
La création de la, ''Maison de la femme'' dans les chefs-lieux des régions participe au renforcement des capacités techniques et organisationnelles des femmes et à la promotion de leur participation sociale, économique et politique.


La dynamisation des centres de formation et de promotion des femmes et la mise en œuvre du nouveau programme de formation a permis de renforcer la formation axée sur les compétences des jeunes filles déscolarisées ou non scolarisées et d'accroitre leur autonomisation. Nous travaillons également avec les communautés pour aider les femmes à s'organiser et nous les formons dans des thématiques nombreuses et variées.


Toutes ces actions ont permis aux femmes de développer l'estime de soi, de prendre conscience de leur rôle dans la société et de s'investir dans leur autopromotion. Nous en tirons une certaine fierté, mais notre ambition est l'émergence d'une classe moyenne féminine.

 

Quels moyens et quelles stratégies comptez-vous mettre en œuvre afin que les objectifs soient atteints et que ce thème ''Autonomisation de la Femme en lien avec le développement durable '' ne se limite pas à un slogan d'une journée de fête ?

Je suis de plus en plus persuadée que la femme nigérienne commence à comprendre que son poids numérique ne doit plus constituer un fardeau, mais un potentiel pour le développement. La stratégie nationale d'autonomisation des femmes au Niger a pris en compte l'ensemble des préoccupations des femmes. En outre, nous avons en perspective la révision de la Politique Nationale Genre qui prendra en compte les droits humains et le changement climatique, l'élaboration d'une stratégie de lutte contre les Violences Basées sur le Genre (VBG) et la mise en œuvre du projet régional autonomisation des femmes et dividende démographique qui a une grande composante dédiée à l'autonomisation des femmes et des filles.


Les femmes rurales représentent la majorité des femmes nigériennes, et on sait qu'au Niger, l'analphabétisme sévit plus en milieu rural, avec une forte proportion de femmes. Or l'illettrisme constitue un handicap majeur pour la mise en œuvre de tout programme de développement. Que fait le Ministère en charge de la Promotion de la Femme pour inverser la tendance et mener à bien ses programmes en direction des femmes rurales ?


Nous sommes conscientes de cette situation que dans notre pays, très malheureusement, la sous-scolarisation est féminine et rurale. C'est pour cela que nous menons des activités de sensibilisation envers les femmes, les familles et les communautés, pour que les filles soient inscrites à l'école, et une fois qu'elles y sont, qu'elles y soient maintenues le plus longtemps possible. Les études ont montré que parfois les mères retiennent les filles à la maison afin qu'elles les aident aux tâches ménagères. Aussi, avons-nous mis en place un vaste programme d'acquisition de matériels d'allègement des tâches domestiques, constitués de moulins, de décortiqueuses, de charrettes et de motopompes pour alléger les travaux domestiques. Cela leur permet non seulement de pouvoir envoyer leurs filles à l'école, mais également de disposer de temps libre pour participer aux activités de leurs communautés, de fréquenter les services de santé, et de mener des activités génératrices de revenus.


Comment se présente la situation à propos de l'application de la Loi sur le quota dans notre pays ?
Oui ! Voilà un sujet qui bouge avec la participation des dirigeants politiques, des députés nationaux, des membres du Gouvernement. En effet, le Niger est l'un des premiers pays à adopter une loi sur le quota en 2000, et en 2014, cette loi a été révisée pour rehausser le pourcentage des femmes aux postes électifs de 10% à 15% afin d'améliorer la représentativité des femmes dans les instances décisionnelles.


La loi sur le quota a évidemment permis d'enregistrer des progrès dans la participation politique des femmes. C'est ainsi que nous avons enregistré l'accession des femmes à des hautes fonctions telles que : 1ère vice-présidente de l'Assemblée Nationale ; présidente de la Cour Constitutionnelle à deux reprises ; présidente de la Haute Cour de Justice ; vice-présidente de la Commission Nationale des Droits Humains ; présidente de la Cour des Comptes ; présidente du Conseil Supérieur de la Communication ; 1ère vice-présidente de la Commission Nationale Indépendante. Des femmes ont été nommées ambassadeurs, et pour la première fois, le Niger a enregistré une candidature féminine à la présidence de la République aux élections de 2011.


Cependant, beaucoup reste à faire là où dans certains pays il est question de parité. Il faut dire que beaucoup de facteurs peuvent expliquer cette faible représentation des femmes, notamment leur faible niveau de scolarisation, l'analphabétisme, les préjugés sociaux, la répartition sociale des tâches, leur faible pouvoir économique, etc. Mais, nous avons bon espoir que la tendance sera inversée.

 

Votre département ministériel a élaboré un répertoire national des groupements féminins, et de ce répertoire, il ressort qu'il existe plus de 25 000 groupements féminins au Niger, avec environ 700 000 adhérentes. Que fait concrètement le ministère en direction de tous ces groupements?

C'est juste, et ce répertoire est un bon indicateur pour le ministère. Vous savez, il est très difficile de dérouler des programmes envers des personnes qui ne sont pas organisées. Raison pour laquelle nous encourageons les femmes à s'organiser en groupements, et appuyons ces derniers à se regrouper en unions et fédérations. C'est ainsi que durant ces quatre dernières années, le ministère a mis à la disposition des groupements féminins 369 moulins et décortiqueuses; plus de 50 plateformes multifonctionnelles; 962 machines à coudre; 395 motopompes; 250 charrettes asines et bovines; et 4 055 unités de matériels divers pour les activités de maraîchage.

 

Des activités de sensibilisation, de formation notamment en vie associative, en leadership et en gestion sont régulièrement organisées en leur faveur. Des ''Maisons de la Femme'', structures de renforcement des capacités techniques et organisationnelles des femmes et de promotion de leur participation sociale, économique et politique, sont créées au niveau des régions.


Avec nos partenaires, nous mettons en œuvre, au profit de ces groupements féminins, des programmes de promotion du leadership féminin tel que le mouvement ''Mata Masu Dubara'' dont la pertinence et l'impact ne sont plus à démontrer.

 

Quel est votre message à l'endroit des femmes nigériennes ?

Je voudrais, pour finir, adresser toutes mes félicitations aux vaillantes femmes du Niger et leur demander de garder le cap, de continuer la lutte car le développement du Niger ne sera qu'avec nous; nous représentons plus de la moitié de la population nigérienne, et nous sommes, en tant que mères, épouses, sœurs, responsables de l'éducation des enfants. Aussi, avons une grande responsabilité dans la renaissance culturelle que prône Son Excellence Monsieur Issoufou Mahamadou, Président de la République, Chef de l'Etat, et conduite par Son Excellence Monsieur Brigi Rafini, Premier ministre, Chef du Gouvernement. Et notre contribution, c'est-à-dire celle de toutes les femmes, est plus qu'essentielle pour parvenir à un changement de comportement.

Bonne fête à toutes les femmes du Niger.
13 mai 2016
Source : http://lesahel.org/

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