samedi, 13 août 2016 21:24

Interview : Colonel Maisharou Abdou, Directeur Général de l’Agence Nationale de la Grande Muraille Verte : «La grande muraille verte est une initiative très ambitieuse de reverdissement du Sahel»

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Maisharou Abdou ColonelColonel Maisharou Abdou, Directeur Général de l’Agence Nationale de la Grande Muraille VerteDans la première partie de cet entretien, le directeur général de l’Agence Nationale de la Grande Muraille Verte a évoqué cette initiative, ses objectifs, les moyens utilisés, la mobilisation des financments, etc... Il parle ici d’autres questions dont l’information et la sensibilisation autour de ce grand projet.

En termes de moyens, quels sont ceux mis en œuvre au Niger et les prévisions pour le long terme ?

Depuis 2011, date de l’opérationnalisation du programme de la Grande Muraille Verte (GMV), le Gouvernement du Niger a consenti d’énormes efforts dans le financement des activités identifiés dans le plan d’action national de la GMV. Ainsi, sur la ligne budgétaire Grande Muraille Verte du budget d’investissement de l’Etat, c’est 1,2 milliard de FCFA qui a été voté, dont plus de 850 millions FCFA ont été mobilisés pour servir à la mise en œuvre des activités de terrain. Au cours de la même période, la ligne budgétaire Programme gommier a bénéficié de plus de 2 milliards FCFA pour la réalisation des plantations de gommiers dans les zones de production de la gomme arabique. Il faut également noter le financement, sur le budget national, du Programme de restauration des terres dégradées, qui a bénéficié, rien qu’en 2011, au titre du programme d’urgence suite au déficit pluviométrique et à la sécheresse de la campagne agricole 2011/2012, d’un financement de plus de 21 milliards de FCFA qui ont servi aux travaux de haute intensité de main-d’œuvre (HIMO) sous forme de Cash for Work. Vous conviendrez avec moi que des efforts inlassables ont été déployés par le Gouvernement du Niger dans la lutte contre la désertification, la protection de l’environnement, mais aussi et surtout l’amélioration des conditions de vie des populations. Cela confirme du reste la conviction des plus hautes autorités du Niger pour lesquelles dorénavant, les sécheresses ne doivent plus être synonymes de famine au Niger.

La création de l’Agence Nationale de la Grande Muraille Verte au Niger par la loi n°2015-28 du 26 mai 2015 marque un tournant décisif et la ferme volonté des plus hautes autorités du Niger à concrétiser cette initiative panafricaine de la Grande Muraille Verte sur le territoire national. Dans ce cadre, la Direction Générale de l’Agence Nationale de la Grande Muraille Verte a été instruite pour élaborer un second plan quinquennal 2017-2021 en vue de la mobilisation de financements pour l’opérationnalisation de l’Initiative sur le terrain. Comme vous le savez, le premier plan quinquennal 2011-2015 a mis l’accent sur l’installation de la structure nationale de Coordination de l’Initiative, mais aussi l’élaboration des projets et programmes dont certains sont encours de mise en œuvre, comme souligné plus haut.

Le plan d’action 2017-2021, d’un coût global de 40 milliards FCFA, met l’accent sur trois (3) résultats attendus. Au résultat 1, un environnement favorable est créé et les capacités des acteurs et des parties prenantes compétentes, y compris les ONG et le collectivités territoriales renforcées dans la zone d’intervention de la GMV pour leur permettre de mener à bien des travaux intersectoriels efficaces comme la planification, la recherche des financements, la budgétisation, la mise en œuvre, et assurer une gestion durable et une restauration efficace des terres/forêts dans les paysages de leurs terroirs; résultat 2, les collectivités locales, les acteurs gouvernementaux et non gouvernementaux (notamment les jeunes, les femmes et la société civile) dans les communes d’intervention de la GMV ont adopté et utilisent des pratiques appropriées de gestion durable des terres/forêts et de création de richesses dans le cadre de la mise en œuvre de leurs Plans de Développement Communaux, et les moyens d’existence durables et la résilience des populations face aux changements climatiques sont améliorés et renforcés. Résultat 3: les connaissances et la sensibilisation sont améliorées au sein des publics cibles et acteurs clés de la Grande Muraille Verte. Un suivi-évaluation efficace des efforts déployés pour l’amélioration des connaissances et les causes de la dégradation des terres est assuré, et les impacts des mesures appropriées mises en œuvre pour lutter contre la désertification et la dégradation des terres sont évalués de manière participative.

Ce plan d’action quinquennal 2017-2021 s’inscrit dans le contexte post CoP21 tenue en décembre 2015 à Paris, particulièrement marqué par la prise en compte du changement climatique, de la neutralité de la dégradation des terres, et de la lutte contre la dégradation des ressources naturelles, thématiques qui constituent, parmi tant d’autres, des défis majeurs pour la réalisation de la GMV.

Il constitue une phase d’opérationnalisation sur le terrain des objectifs stratégiques de la vision 2035 de la Grande Muraille Verte qui est de créer, dans la zone d’intervention de la GMV, les pôles ruraux d’émergence économique (PREE) avec l’identification et la mise en place des domaines agricoles communautaires intégrés (DACI) par la dissémination sur toute sa zone d’intervention des fermes agricoles communautaires intégrées (FACI). Ceci permettrait, sur la base d’actions prioritaires identifiées, la matérialisation effective de la GMV et la transformation des vastes zones arides et semi arides du Niger pour soutenir la résilience des communautés locales bénéficiaires contre les effets de changement climatique à travers le renforcement des capacités organisationnelles et de productions agro-sylvo-pastorales pour lutter contre la pauvreté, l’insécurité alimentaire et la malnutrition, renforcer les infrastructures socioéconomiques de base, lutter contre la migration et accélérer le retour des jeunes aux terroirs.

Concrètement, qu’est-ce qui a été fait comme plantations et dans quelles localités?

Aussi, en dehors de la plantation des arbres, il y a aussi la récupération des terres, la protection des berges, la lutte contre l’ensablement, l’amélioration des productions agricoles, maraîchères et pastorales, la réhabilitation des forêts naturelles dégradées, la mise en valeur des mares, cuvettes et oasis, etc. Bref, qu’est-ce qui a été fait de façon globale dans la mise à l’échelle ou l’amplification des bonnes pratiques de gestion durable des terres et des eaux (GDTE) depuis 2010, date de la signature par le Niger de la Convention portant création de l’Agence Panafricaine de la Grande Muraille Verte ?

Depuis l’avènement de la Grande Muraille Verte au Niger, les efforts importants ont été réalisés par les projets/programmes d’appui à la mise en œuvre de la Grande Muraille. Ces actions ont concerné les activités de conservation des eaux et des sols, et de reboisement pour augmenter les productions agricole, pastorale, forestière et halieutique, mais aussi pour renforcer les capacités organisationnelles des bénéficiaires à mieux gérer et valoriser les réalisations effectuées.

La superficie globale emblavée est de 359 530 hectares au cours du quinquennat 2011-2015. Cette superficie se répartitdans les huit régions du Niger, et entre les réalisations au titre de la Grande Muraille Verte, du Programme Gommier et du Programme récupération des terres dégradées.

Concernant spécifiquement la GMV, elle a réalisé des plantations sur 180 hectares à Agadez ; 120 ha à Diffa ; 200ha à Dosso ; 420 ha à Tahoua ; 550 ha à Tillabéri ; 230 ha à Zinder ; et 70 ha à Niamey.

Pour ce qui est du Programme gommier, ces réalisations sont de l’ordre de 900 ha à Diffa ; 500 ha à Dosso ; 1000 ha à Maradi ; 1100ha à Tahoua ; 1050 ha à Tillabéri ; et 600ha à Zinder.

Le Programme de récupération des terres dégradées pour sa part a récupéré 8830 ha à Agadez ; 14940 ha à Diffa ; 21 360ha à Dosso ; 42220 ha à Maradi ; 53980 ha à Tahoua ; 90810 ha à Tillabéri ; 31230 ha à Zinder ; et 2260 ha à Niamey.

Un des objectifs de la GMV et de ‘’domestiquer le désert’’. Pouvez-vous nous expliquer cette idée et nous édifier sur la manière d’y arriver ?

De manière très simple, domestiquer le désert veut dire rendre plus vivable cet écosystème très hostile caractérisé par des fortes variations des températures. En effet, dans le cadre de la mise en œuvre de la GMV, il s’agit d’entreprendre toutes les actions de viabilisation des zones désertiques, notamment rendre l’eau souterraine existante disponible pour la satisfaction des besoins des populations et du cheptel ; augmenter les productions agricoles et maraichères des oasis et faciliter leur commercialisation ; bref, créer les conditions favorables pour renforcer leur repeuplement et éviter leur désertification, à travers par exemple la création d’infrastructures touristiques, d’emplois pour les jeunes locaux, etc.

Monsieur le Directeur Général, l’information et la sensibilisation sont le pivot de la réussite de tout programme de développement qui requiert la participation des populations. Qu’est-ce qui a été fait dans ce sens concernant la Grande Muraille Verte au Niger?

Oui c’est très juste et cela a été très bien compris par la Coordination de la Grande Muraille Verte. En effet, depuis le lendemain de la signature de la Convention portant création de l’Agence Panafricaine de la Grande Muraille Verte (APGMV) par le Niger, des missions d’information et de sensibilisation des acteurs ont été conduites au niveau de toutes les régions du Niger sur le concept, les objectifs et les résultats attendus de l’initiative de la GMV. Aussi, après l’élaboration du draft1 des documents de planification de mise en œuvre, notamment le plan d’actions, la stratégie de mise en œuvre, et la stratégie de communication, des ateliers régionaux ont-ils été également conduits dans les chefs-lieux de toutes les régions pour partager avec les cadres de terrain, les ONG et les représentants des populations locales, les contenus de ces documents et requérir leurs avis et observations pour amendement. Les draft2 de ces documents, prenant en compte les amendements des acteurs locaux, ont également été soumis à la validation des représentants de toutes les couches sociales de toutes les régions lors d’un atelier national qui s’est déroulé à Niamey en novembre 2011.

Dans le même ordre d’idées, et conscient que la mise en œuvre effective de ce plan d’action sur le terrain nécessite la mobilisation de toutes les populations du Niger, notamment les organisations de la Société Civile, les organisations des jeunes, le secteur privé, etc., la Coordination de la Grande Muraille Verte au Niger, en collaboration avec deux collectifs des ONG, notamment le Réseau Sahel Désertification (RéSaD) et le CNCOD, et la Coordination du PAC3, a organisé du 25 au 30 décembre 2013 à Dosso, un forum National de la Société Civile sur le financement de la Grande Muraille Verte au Niger. Une déclaration dite la Déclaration de Dosso a sanctionné les travaux dudit forum et des pistes ont été dégagées pour la mobilisation des financements nécessaires pour la mise en œuvre de la Grande Muraille Verte au Niger.

Aussi, le Ministère de l’Environnement et du Développement Durable envisage, dans les prochains mois, la mise en place d’une Alliance Nationale sur la Grande Muraille Verte regroupant tous les autres départements ministériels concernés en vue de la mobilisation des ressources humaines et financières conséquentes pour non seulement la lutte contre la désertification et la protection de l’environnement par des actions importantes de plantations, du reste, promues par le programme ‘’Un village, un bois’’, mais aussi pour la mise à l’échelle des bonnes pratiques en matières de Gestion Durable des Terres et des Eaux (GDTE) en vue d’atteindre l’objectif politique de récupération/ reboisement de 250 000 hectares par an, le renforcement de la résilience des populations et des écosystèmes à travers l’accroissement des productions agricole, pastorale, halieutique, la promotion des produits forestiers non ligneux, et la création d’emplois, la lutte contre le chômage des jeunes et la migration.

Le plan d’actions 2017-2021 a également prévu des activités d’Information, d’Education et de Communication (IEC) auprès des communautés locales et autres parties prenantes (ONG, OCB, etc.) avec le lancement d’un bouquet IEC/GMV composé des initiatives comme la Caravane Verte de la Paix, de l’intégration, du développement et de la fraternité dans les différentes régions du Niger ; l’éducation à la citoyenneté environnementale et à l’écodéveloppement dans les écoles ; la réalisation d’un film documentaire, chaque année, sur les réalisations de la Grande Muraille Verte au Niger, intitulé: ‘’du Rêve à la Réalité, le Défi’’ ; l’insertion régulière des articles dans les journaux nationaux et la contribution à la publication régulière du bulletin régional de liaison dénommé ‘’Les Echos du Sahel’’ ; la mise en place d’un groupe de parlementaires nigériens pour la GMV.

En conclusion, nous pouvons affirmer que l’Initiative de la Grande Muraille Verte est en marche au Niger. Les efforts consentis par les plus hautes autorités du Niger sont considérables, mais beaucoup également reste à faire compte tenu du défi énorme du changement climatique et de ses conséquences sur les moyens d’existence des populations.

Onep
08 août 2016
Source : http://lesahel.org/

Dernière modification le jeudi, 18 août 2016 16:17

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