vendredi, 19 août 2016 04:32

Interview : M. Moustapha Kadri, Secrétaire général de l’Association Nationale des Coopératives des Professionnels de la Filière Oignon (ANFO)

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Moustapha KadriMonsieur le Secrétaire général, le Niger est un grand producteur d’oignon sur le plan sous-régional. Pouvez-vous nous donner une idée des potentialités de notre pays en matière de production de cette denrée ?

Je vous remercie de cette opportunité que vous me donnez de parler de l’oignon nigérien et des efforts qui sont faits pour le développement de cette filière. Il faut dire que depuis une cinquantaine d’années, la production de l’oignon a pris une importance socio-économique considérable au Niger. Avec une croissance de production rapide allant de 170000 tonnes dans les années 90, à plus de 783134 tonnes sur une superficie de 37457,98 hectares, avec un rendement moyen de 20,9 t/ha (MAC, 2014), le Niger demeure le premier pays exportateur d’oignon en Afrique de l’Ouest. Cette position lui confère un avantage comparatif réel par rapport aux autres pays de la sous-région. La filière oignon représente aujourd’hui un des piliers économiques les plus importants du pays car elle concerne plus d’un million d’intervenants et rapporte plus de cinquante (50) milliards de francs CFA à toute la chaîne. Il faut noter que plus de 80% de la production est destinée à l’exportation. En plus de ses possibilités de production toute l’année, la variété‘’Violet de Galmi’’ est très appréciée en Afrique et au-delà. Ainsi, le volume et la période de production varient d’une région à une autre. A elle seule, la région de Tahoua représente 60% de la production nationale.

‘’Nous lançons un vibrant appel à tous nos opérateurs économiques, à l’Etat du Niger, ainsi qu’à tous les Nigériens pour une prise de participation à la SOTRACO’’.



Malgré ce potentiel, beaucoup de pertes sont annuellement enregistrées, et elles plombent la bonne marche de cette filière oignon. Quelles sont vos perspectives en matière d’amélioration ?

Effectivement, malgré le potentiel de production élevé, les systèmes de production et de commercialisation de l’oignon au Niger restent traditionnels, entraînant ainsi des pertes et des manques à gagner énormes. C’est dans l’optique de rompre avec les mauvaises pratiques et de permettre aux producteurs de mieux profiter de leurs produits que l’Association Nationale des Professionnels de la Filière Oignon, région de Tahoua, projette une amélioration des conditions de vie des acteurs intervenant dans la chaine de valeur à travers l’élaboration d’un programme de modernisation axé sur les cinq points focaux de la chaine de valeur dont l’exécution sera étalée sur la période allant 2016 à 2021. Les axes stratégiques du programme sont, entre autres, la dynamisation du système d’organisation structurel; la promotion d’une production de qualité répondant aux normes nationaleset internationales ; la création de meilleures conditions de conservation de l’oignon pendantles périodes d’abondance; la promotion d’un circuit formel de commercialisation et d’exportation del’oignon; la promotion de la transformation de l’oignon ; et la mise en place d’unclimat des affaires propices.

Ce programme propose un ensemble de projets destinés à corriger les insuffisances de la filière oignon dans la région de Tahoua. La mise en œuvre du programme se fera au fil des années sous forme de plans d’actions annuels en tenant compte de la complexité et des enjeux des projets à réaliser. Il faut noter que le programme sera dynamique et fera l’objet d’amélioration ou d’ajustement en fonction du contexte et des aspirations de l’association en vue de répondre conséquemment à ses ambitions. Toutefois, les projets seront élaborés en toute complémentarité les uns des autres pour une meilleure gestion du programme. La promotion de la production de qualité vise à assurer et garantir la production du ‘’Violet de Galmi’’ en respectant les normes de production, et l’utilisation des semences certifiées. Il faut rappeler que plus de 50% des producteurs ont un faible revenu et pratiquent des cultures traditionnelles pour subvenir aux besoins élémentaires de leurs familles.

Pour inverser la tendance et créer de meilleures conditions de vie aux producteurs, vous envisagez de mettre en place la Société de Transformation et de Commercialisation d’Oignon (SOTRACO Niger SA). Où en êtes-vous dans les démarches ?

Dans le cadre du processus de mise en place de la Société de Transformation et de Commercialisation d’Oignon en partenariat avec SH Biaugeaud/France, Nestlé, l’Etat du Niger et les acteurs de la filière oignon (collectivités, OP, Commerçants, Transporteurs, etc.), une rencontre des partenaires s’est tenue à Paris du 17 au 24 juillet 2016. Tout au long de ces échanges avec les partenaires, des entreprises de transformation, de stockage et conditionnement, des sociétés d’importation des fruits et légumes, ont été visitées. L’équipe de l’ANFO a mis à profit ce voyage pour visiter la Société de Transformation de Légumes (STL) située à Auxonne/Dijon, le magasin de stockage d’oignon Hardort/Lille, le centre international du commerce de Paris (Rungis). Elle a eu des entretiens avec certains partenaires notamment l’IMA Corazza, spécialisée en matériels de transformation de l’oignon en bouillon cube basé en Italie, et la Maison de l’Afrique de Paris.

Ima Corazza est une société qui a été fondée en 1954. Elle est établie à Bologne en Italie. Elle intervient dans 19 pays africains où elle a déjà installé 776 machines. L’équipe de l’ANFO a échangé avec M. PoaloVIamori sur les différentes expertises de leur société. Il a précisé que leur société évolue dans le remballage/conditionnement, les machines de transformation des produits, bouillon cube de 4g et tablettes de 12g et leur formulation, et l’assistance technique. En ce qui concerne la transformation, leur machine a une capacité de transformation de 430 kg/h de poudre d’oignon et une production de 600 tablettes/mn. Au plan environnemental, tous les matériels sont certifiés ISO 22000 et 14001.Mais disons que lecoût de la machine sera fonction du type des produits.

L’équipe a également visité une usine de transformation d’oignons en poudre de la Société de Transformation de Légumes (STL). D’une superficie de 12 ha dont 1,2 ha d’espace couvert par les infrastructures, elle a une capacité de 380 tonnes par jour. Tout le système est géré par un programme contrôlé par une seule personne. A noter que la société était fournisseur d’oignon poudre à Nestlé, mais l’usine est actuellement en cessation. Il ressort des discussions que, compte tenu de l’équipement quasi-neuf, il a été proposé le rachat de toute la machine dont le coût est estimé à 4.000. 000 d’euros pour un délai de 6 à 8 mois au maximum. Une séance de travail a eu lieu à la Maison de l’Afrique gérée par la Chambre du Commerce. Il s’agit d’étudier les opportunités possibles, notamment les possibilités de financement avec la perspective de création de l’usine. Les options retenues dans le cadre de la constitution du capital sont :Partenaires français : 49% ; Actionnaires nigériens : 51%.

Deux options ont été dégagées pour la constitution du capital : une 1ère option d’un coût de 20 millions d’euros avec un objectif de stockage de 16000 tonnes ; une 2ène option d’un coût de 11 millions d’euros, avec un objectif de stockage de 8000 tonnes.

Dans cette optique, vous organisez, demain 20 août, une rencontre avec les partenaires techniques et financiers nigériens et nigérians. Quelles sont vos attentes au sortir de cette réunion ?

Effectivement, nous avons une importante rencontre demain dans la salle de réunion de la Chambre de Commerce avec tous les PTF nigériens et nigérians. Nous attendons d’eux et de l’Etat du Niger une participation massive au capital de la SOTRACO. En effet, la société dénommée SOTRACO, qui sera constituée lors de l’Assemblée Générale des 6 et 7 Septembre 2016, aura un capital estimé à 12 milliards de francs CFA. Elle sera basée à Madaoua. Cette société travaillera avec 4000 producteurs de Violet de Galmi dans la région de Tahoua, et qui seront eux-mêmes des actionnaires. La prise de participation des producteurs au capital sera d’un producteur-une action, soit 4000 actions d’une valeur de 40 millions FCFA. Nous lançons un vibrant appel à tous nos opérateurs économiques, à l’Etat du Niger, ainsi qu’à tous les

Nigériens pour une prise de participation à la SOTRACO.

Réalisée par Oumarou Moussa

19 août 2016
Source : http://lesahel.org/

Dernière modification le vendredi, 19 août 2016 05:22

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