lundi, 22 août 2016 02:30

Dossier Environnement et changements climatiques ; Entretien avec un expert, Dr Amadou Idrissa Bokoye

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Amadou Idrissa Bokoye Environnement"Environnement-Climat : Menaces et opportunités de développement pour le Niger?"
Journal le temps: l’année 2015 a vu la signature d’un accord historique sur le climat a Paris  lors de la 21 éditions de la conférence mondiale sur le climat de 2015 a Paris. Pouvez-vous nous préciser  Dr Bokoye, que représente cet accord notamment pou des pays comme le Niger et à quoi faut-il s’attendre comme suite?

Dr Bokoye: Permettez-moi d’abord de vous remercier pour cette opportunité que vous m’offrez de sensibiliser l’opinion publique quant aux défis et enjeux en matière d’environnement  et de développement durable. En effet, la diment communication est d’une importance capitale pour adresser ceux-ci via une prise de conscience des populations. Et la presse doit jouer un rôle sur ce plan dans l’optique d’une meilleure compréhension de la problématique environnementale et l’adoption d’actions et de modes de vie sains au regard du cadre de vie et la santé.

Ceci étant, pour revenir à votre question on ne peut que saluer l’accord sur le climat conclu en décembre 2015 à Paris dans le cadre de la 21éme conférence mondiale (COP21) des parties prenantes de la convention cadre des Nations Unies sur le changement climatique (CCNUCC). La COP21 reste historique car c’est la première fois que 195 états s’accordent sur un objectif principal de ramener sous la barre de 2°C, le niveau de réchauffement moyen de la planète au dessus des niveaux en température de l’ère préindustriel et de fournir les efforts nécessaires pour aboutir un niveau de 1.5 °C. Toutefois, on ne doit pas signer un accord pour signer un accord, il faut que celui-ci puisse être traduit en réalisations concrètes en termes de réduction du risque climatique et de développement de résilience face aux impacts négatifs induits par l’évolution et la variabilité du climat sous l’effet des activités anthropiques. Cet accord représente un consensus sur un cadre global d’actions et de mécanismes dans la perspective d’atteindre l’objectif ci-dessus.

Pour l’Afrique, qui contribue seulement pour moins de 5% aux émissions de globales de gaz à effet de serre, cet accord ouvre la voie à une économie verte et un développement propre avec des opportunités de soutien financier et de transfert de technologie à partir de la coopération internationale.  Mais saisir ces opportunités et les traduire en outils de développement reste en défi majeur pour le continent car des efforts substantiels restent à faire en vue d’une prise de conscience effective quant à la nécessité de conserver  un environnement exempt de toute pollution. Les décideurs politiques et les milieux d’affaires doivent être sensibilisés davantage sur ces enjeux et défis ainsi que les avantages à se tourner vers l’économie verte à travers des investissements conséquents dans les différents secteurs.  L’édition 2016 du Rapport Économique pour l’Afrique de la Commission Économique des Nations Unies pour l’Afrique intitulée Vers une industrialisation verte en l’Afrique est un signal fort quant à l’importance et la nécessité d’un virage vert pour les économies africaines. Le statu quo avec les schémas classiques de développement sont de nature à limiter la croissance de par des investissements ultérieurs à faire pour faire face aux impacts en termes de diverses pollutions inhérentes à ces schémas. L’état de non industrialisation significatif de l’Afrique au sens classique du terme constitue aujourd’hui un net avantage pour l’Afrique au regard de la croissance verte et du développement durable. Et des pays comme le Maroc ou le Rwanda ont élaboré des politiques nationales vigoureuses pour opérer ce virage vert. Le Niger avec l’atout d’abriter sur son sol plusieurs institutions internationales et régionales en environnement pourrait être creuset de collaboration Nord-Sud et Sud-Sud en environnement notamment en recherche et développement. Le Niger en tant que pays en développement fortement dépendant de l’agriculture pluviale  pour sa sécurité alimentaire et l’un des pays le plus vulnérables face à l’aléa climatique reste en meilleure posture pour bénéficier des mécanismes de financement dans le secteur du climat à l’international. Sa contribution prévues déterminé au niveau national (CPDN) soumise à la CCNUCC  et axé à la fois sur l'adaptation aux impacts des changements climatiques et pour atténuer les émissions de GES avec un niveau de réduction conditionnel à l’aide internationale de 25% en 2020 et 34,6% en 2030. Et celle-ci en tant qu’instrument international légal de CCNUCC pourrait servir de cadre d’actions pour une politique nationale pour une économie verte pour permettre un appui financier et un soutien technologique international en vue d’une du développement de la résilience face à l’aléa climatique et une  croissance économique verte avec une moindre émission de carbone.
La prochaine conférence des parties prenantes de la CCNUCC qui aura lieu à Marrakech en novembre 2016 se penchera sur le comment de la mise en œuvre de la COP21. La détermination des mécanismes quant à la transparence, la vérification et le reportage des engagements  de réduction de GES des parties prenantes (CPDN)  ainsi que les règles pour les compensations associées au carbone entre les parties  figurent parmi les enjeux à adresser lors de ce rendez-vous climatique mondial. Les pays africains devraient faire bloc pour faire valoir des propositions qui sont de nature à refléter les préoccupations et les attentes régionales et nationales. Au sortir de la participation et de l’animation à tire d’expert invité à la conférence "Résilience africaine face aux risques climatiques et aux catastrophes naturelles" tenu à Rabat le 28 avril 2016 sous le label de la COP22, je dirais que l’espoir est permis quant à un succès de la COP22 au regard de la forte volonté politique affichée par les autorités marocaines. Et celle-ci est matérialisée par le dynamisme de la ministre déléguée en charge de l’environnement du royaume madame Hakima El Haite.

Journal le temps : A votre avis quels sont les enjeux auxquels fait face le Niger en matière de climat et d’environnement?
Volet climat les enjeux sont bien connus à savoir la prévalence périodique de sécheresse ou inondations  qui affectent la production agricole avec comme corollaire la famine et des déplacements de populations ou refugiés internes. Les inondations se traduisent aussi par des victimes et des dommages matériels en termes notamment de dégradation des infrastructures notamment les routes bien utiles pour te transport de vivres d’une zone excédentaire vers une zone déficitaire. On peut noter aussi ces dernières années une récurrence marquée des épisodes de chaleur accablante qui peuvent affecter dramatiquement les personnes âgées comme ce fût le cas lors de la grande canicule de 2010 qui ont fait plusieurs centaines de morts à Niamey. Des progrès importants ont été réalisés dans le cadre de la lutte contre la sécheresse notamment en termes de mise en place de système d’alerte précoce et de génération d’information utile pour l’aide à la décision ainsi que le renforcement des capacités des institutions en charge de la sécurité alimentaire tant au niveau national que dans le cadre de la coopération régionale comme avec le centre régional AGRHYMET. Des efforts sont  à poursuivre avec l’utilisation de l’imagerie de télédétection spatiale forte utile pour la gestion des catastrophes naturelles. L’amélioration des prévisions de sécheresse et d’inondations restent des défis au regard du régime des précipitations distinct au Sahel. Des progrès sont enregistrés quant à une meilleure connaissance de la dynamique du climat en zone sahélienne avec la coopération scientifique internationale. Cependant l’expertise dans ce sens à l’échelle régionale et nationale n’a pas atteint une masse critique permettant d’envisager des applications à l’échelle nationale. Il y a là une opportunité de recherche et développement pour les universités via la formation par la recherche.
Le développement de la résilience face à l’évolution du climat en termes d’adaptation des systèmes de production et du cadre de vie notamment nécessiterait une volonté politique de la par des pouvoirs publiques et des investissements adéquats. Par exemple  b  l’habitat Des progrès sont à faire en matière de résilience face à ces aléas et ceux-ci passe par la considération de nouvelles technologies et de savoir-faire qui représentent des opportunités économiques en matière de création d’emplois verts. Par exemple, les avancées en habitat éco climatiques permettent d’envisager le design de maisons plus adaptées à l’environnement climatique du Niger de plus en plus marqué par la récurrence des épisodes de chaleur accablante. Une maison éco-climatique serait beaucoup plus confortable thermiquement et moins consommatrice en électricité, une "denrée" rare à trouver en période de canicule à Niamey en raison des coupures.
Au chapitre environnemental, on peut afficher des préoccupations relativement  à des situations qui se traduisent par la pollution du sol, de l’air et des eaux notamment en milieu urbain avec une incidence sur la santé humaine. Ainsi, en ce qui concerne la gestion des déchets solides, la difficulté à dégager un modus viandus pour une saine gestion de ceux-ci occasionne urbain des dépotoirs à ciel ouvert qui constituent des sources toxiques et nocives en raison de réactions physico-chimiques entre déchets entassés sous l’incidence de la chaleur ou des eaux de pluie. Et par la suite le vent ou la mouche se charge de répartir dans la ville de substances toxiques à l’état microscopique qui peuvent être très nuisible à la santé humaine de par la contamination de la chaîne alimentaire. En effet, il n’est pas rare de voir de la volaille ou caprins/bovins se régaler de ces déchets  qui peuvent contenir des substances aussi nocives que le mercure (provenant d’une pile usagée par exemple). Et ceux-ci peuvent se retrouver par la suite sur l’étable du boucher et la consommation qui en résulte pourrait donner lieu  quelques heures après à une annonce "…à la suite d’une courte maladie" : un aboutissement qui n’est en fait que le résultat de négligence en matière d’hygiène et d’assainissement. Le prolongement de la durée de vie de ces tas d’ordure représente aussi un risque pour la contamination de la nappe phréatique par infiltration dans le sol des substances nocives sous l’effet de la pluie.
Au-delà de la gestion des déchets solides, le déversement dans le fleuve de déchets liquides provenant de sources industrielles ou privées constitue une menace pour la chaine alimentaire en termes de contamination de la vie aquatique en l’occurrence les poissons sans compter la dégradation de la qualité de l’eau du fleuve source d’approvisionnement pour la consommation de la ville. Le filtrage et traitement de l’eau de n’élimine pas toujours les substances nocives qui résultent de la combinaison de plusieurs pollutions.
Les pouvoirs publics au nom de la santé publique doivent redoubler d’efforts pour adresser ces enjeux; autrement les effets positifs attendus des investissements en santé vont être compromis par les pratiques et habitudes inappropriées en matière d’hygiène d’assainissement. Les municipalités doivent agir de façon beaucoup plus vigoureuse pour un cadre de vie sain et agréable sans pollution visuelle.
Le recours à la réglementation et son stricte application appuyé par une éducation environnementale et éco citoyenne basée sur les bonnes pratiques en matière d’hygiène et d’assainissement pourrait améliorer les choses. Des initiatives inédites peuvent être aussi considérées pour un niveau d’hygiène et d’assainissement honorable dans nos villes. Par exemple, l’organisation d’un concours national de la municipalité la plus propre du Niger pourrait produire une prise de conscience salutaire en matière d’hygiène et d’assainissement en milieu urbain. En effet, je reste convaincu que la municipalité classée dernière relèvera le défi pour une place honorable l’année d’après ….histoire de se débarrasser d’une honte nationale et d’une mauvaise réputation.
 
Journal le temps: Le président de la République s'est fixé comme objectif “faim zéro” d’ici 2020. En tant que spécialiste de question environnementale comment y parvenir?
Cet objectif est louable et on ne peut que le saluer et le célèbre basketteur américain Michael Jordan disait  "Il faut se fixer des buts avant de pouvoir les atteindre ". Un objectif se doit toujours d’être réaliste (délai de mise en œuvre, moyens, etc.) et pouvoir être mesurable en termes de réalisation. “faim zéro” correspond au deuxième parmi dix sept objectifs énoncés par les Nations Unies dans le cadre des objectifs du développement durable (ODD). Manger à sa faim est un  besoin fondamental pour l’être humain. Toute insatisfaction chronique à cet égard notamment pour les enfants serait de nature à constituer un risque pour la vie et générer divers problèmes de santé qui constitueront un poids pour la société par la suite. Dans le cas du Niger, il est plus que temps de trouver une solution durable à la problématique de la faim après 50 ans d’indépendance. Plusieurs écrits ont permis d’étayer la problématique périodique de la famine au Niger et nous y avions contribué en proposant des alternatives de solution notamment en août 2010 lors d’une conférence organisée par la diaspora nigérienne au Canada dans le cadre du cinquantenaire anniversaire de l’indépendance du Niger. En janvier 2012, nous avions tenu à saluer l’avènement de l’initiative 3N comme l’expression d’une forte volonté politique pour une solution durable à la sécurité alimentaire au Niger et en joignant la parole à l’action avec une contribution de dix huit pages en guise de suggestions pour un succès de cette initiative et une solution durable à la sécurité alimentaire au Niger intitulée Contribution à la sécurité alimentaire au Niger:alternatives pour une Sécurité Alimentaire Durable. Cette contribution qui a été publiée dans trois éditions successives du Sahel Dimanche en 2012 et est aussi disponible sur le site Internet  de Nigerdiaspora. Elle offre une vision et un cadre d’action pour solutionner ce problème. Celle-ci a été saluée de Casablanca  à Libreville en passant par le Niger par plusieurs décideurs, des experts nationaux, des étudiants en sécurité alimentaire ainsi que des professionnels d’ONG. Je crois que cette contribution reste toujours intéressante à consulter.
Pour la réalisation de cet objectif “faim zéro”, il serait nécessaire d’avoir un programme intégré d’actions qui devrait s’articuler autour d’un nouveau paradigme de sécurité alimentaire qui devrait inclure outre les dimensions de la sécurité alimentaire (la disponibilité, l’accessibilité et l’utilisation) tous les autres facteurs qui pourraient l’influencer. En effet, au-delà des dimensions production et organisation, il faudrait inclure la dimension culturelle. Certes il y l’influence du régime des précipitations en terme de quantité et de qualité de la distribution dans le temps et l’espace, mais il y a plusieurs autres facteurs qui peuvent entrainer des situations de famine pour les familles et surtout la mère et l’enfant allant de certains comportements sociaux à l’absence de paix et de sécurité en passant par le transport qui reste un défi quand les infrastructures routières sont dégradées par des inondations par exemple. Un père de famille qui a un revenu mensuel qui permet de faire vivre une famille avec deux enfants prendrait le risque de créer un risque de sécurité alimentaire à l’échelle du ménage en s’embarquant dans la polygamie. Une telle réalité est monnaie courante et contribue à la prévalence d’une certaine insécurité alimentaire qui ne dis pas son nom notamment en milieu urbain. Et il est temps que la société nigérienne s’y pencher au regard de ses conséquences négatives pour le bien être de la mère et le développement sain des enfants. Ironie du sort, c’est parfois les années de bonne récolte favorisent des mariages polygames qui entrainent quelques temps plus tard les familles dans la précarité voire l’insécurité alimentaires. La "faim zéro" au sens durable du terme exige aussi une situation de paix et de sécurité voire le respect des droits de l’homme. La guerre, les violences et l’absence de perspectives d’avenir pour la jeunesse induite par les inégalités sociales poussent parfois les personnes à se déplacer ailleurs à la recherche du bien-être sous de meilleurs cieux. Et le plus souvent en affrontant durant son déplacement la faim et la soif au péril de leur de vie. L’accident tragique de la mi-juin 2016 près d’Assamaka sur la route migratoire dans le désert nigérien et qui s’est traduit par la mort de 34 personnes selon les autorités nigériennes dont une vingtaine d’enfants illustre bien cette réalité. La perte de 20 enfants devrait interpeller la conscience collective quant aux causes profondes d’une telle tragédie.

La considération d’une approche participative des populations avec  un plan de communication adapté aux réalités culturelles de celles-ci pour une meilleure réussite des actions dans le cadre d’un programme s’avère nécessaire. En effet, il n’y aurait point de progrès sans l’adhésion et la croyance des populations au programme.   Le monde rural nigérien doit être une partie prenante dans l’élaboration de ce programme. Et sans cette adhésion, tout peut s’effondrer à la fin des projets pilotes faute de conviction. Le plus souvent dans la conscience collective projet rime avec argent et ceci motive en termes d’engagement. Et la fin d’un projet devrait donner lieu à la poursuite de l’activité financé qui ne serait pas possible sans une conviction.

La réalisation de l’objectif  nécessite aussi des ressources à mobiliser. Les ressources de l’État, les ressources de la coopération internationale et les ressources du secteur privé qui peut traduire en réalité économique les projets pilotes.
Enfin, l’objectif "faim zéro" doit faire appel à toutes les ressources humaines nationales au-delà de la partisannerie politique  car la faim n’a pas de couleur.

Journal le temps: le Niger dans le cadre des engagements souscrits à la COP21, le Président de la République a aussi  fixés l’objectif de récupérer plusieurs centaines de milliers d'hectares de terres dégradées par an à partir de 2016. L'initiative 3N sera un des instruments pour réaliser cette ambition, de réduire la pauvreté de 45% en 2015 à 31% en 2020, vous y croyez? Avez-vous des suggestions qui permettront la réalisation de ce rêve?
De nos jours, il est possible de réaliser les rêves les plus imaginables comme un transfert d’eau entre le bassin du Congo et celui du lac Tchad via un canal!   Tout est une question de volonté politique et de coût à assumer et donc de moyens. Je crois à ce rêve de récupération de terres dégradées et je crois qu’il est réalisable. Je dirais in ch’Allah quant à l’échéance de 2020! En effet, la mobilisation de ressources financières est indispensable. Les mécanismes de la CCNUCC associés aux engagements (CPDN) des états sur le changement climatique prévoient du soutien financier pour les pays en voie de développement. L’issue des négociations sur la mise en œuvre de la COP21 avec la COP22 apportera plus de clarification sur le financement climatique international. Mais il y a lieu de noter que la COP21, elle-même ne rentrera en vigueur que 30 jours après qu’au moins 55 parties prenantes représentant 55% des émissions globales de gaz à effet de serre auront déposé leurs instruments de ratification, d’acceptation et d’approbation.  On est pas encore atteint ce pourcentage seuil au regard des ratifications à ce jour. Toutefois, Il y d’autres opportunités de financement en changement climatique pour ces  pays notamment au niveau du Fond Vert et au Global Environmental Facility (GEF). Mais le processus pour l’accès à ces fonds nécessitent une mobilisation de l’expertise nationale pour élaborer des projets bancables conformes aux standards de ces organismes. Force est de constater que malgré la disponibilité de fonds importants au niveau de ces fonds, l’Afrique affiche un faible taux de saisie de ceux-ci comparativement aux pays asiatiques. Les ressources nationales doivent aussi mises à contribution pour la réalisation de ce projet de récupération de terres dégraddées; mais dans le contexte actuel marqué par les préoccupations sécuritaires et la délicatesse des finances publiques, il serait difficile en définitive de conduire ce projet avec zéro incertitude d’ici 2020. Par ailleurs, il y a lieu de souligner que 2030, est l’horizon fixé par les Nations Unies pour la réalisation des 17 objectifs du développement durable. Et ces objectifs devraient être adressés à travers un programme intégré et non selon des réalisations  l’un à la suite de l’autre.
Mes suggestions suivantes s pour la réalisation de ces deux objectifs c’est-à-dire "faim zéro" et "récupération de terres dégradées" énoncés dans le discours du Président de la république, s’inscrivent dans l’optique d’un programme intégré axé sur une stratégie de croissance articulée sur une politique révolution verte autour des opportunités de financement à l’international en climat, en environnement et en développement durable. Tout en mettant l’emphase sur les secteurs prioritaires nationaux, le programme intégré doit refléter une synergie et une complémentarité des initiatives entre les conventions de Rio (diversité biologique, changement climatique, biodiversité), le cadre d’action global pour les services climatologiques de l’organisation météorologique mondiale, les objectifs du développement durable (ODD) des Nations Unies et le plan d’action de Sendai pour la réduction des risques de catastrophe. Une telle stratégie permettrait au Niger de cheminer de façon durable sur les 17 objectifs. Il y a lieu de souligner que certains secteurs peuvent constituer un levier important de façon transversale pour la réalisation de ces 17 objectifs, c’est le cas de l’éducation (ODD numéro 4). Ainsi une mère bien éduquée crée des conditions favorables pour une bonne nutrition de l’enfant (contribution positive pour l’objectif "faim zéro") et un adulte bien éduqué et donc conscient de l’importance de la protection de l’environnement aura moins tendance à dégrader l’environnement…je pourrais continuer les exemples sur les impacts positifs de l’éducation sur les autres ODD. De ce fait, le Niger doit redorer son système éducatif notamment sa version publique qui reste actuellement sur une pente critique en termes de résultats dans un contexte de forte croissance démographique. Selon Nelson Mandela,"l'éducation est l'arme la plus puissante qu'on puisse utiliser pour changer le monde" et nous pensons que les décideurs nigériens doivent garder en mémoire cette citation et faire en sorte que l’école publique nigérienne retrouve ses lettres de noblesse gage d’un meilleur avenir notamment au regard des deux objectifs ci-dessus.
A titre de suggestions pour la réalisation de ce rêve, on peut considérer les avenues suivantes:

  • La vulgarisation et le transfert de technologie au profit du monde rural des expériences fructueuses en matière de récupération de terres dégradées comme celle conduite sur une quinzaine d’année dans le village de Batodi (Tahaoua). Et ceci pourrait se faire par exemple dans le cadre d’un centre opérationnel de transfert de technologie en agropastoralisme. Il s’agirait à travers un stage de quelques semaines offrir aux producteurs les connaissances et les techniques utiles à l’action dans leurs régions respectives. Le secteur publique et prive ainsi que la coopération internationale pourrait les accompagner en termes de financement pur une application
  • Le renforcement des capacités nationales en vue de saisir les opportunités de financement à l’international nécessaires aux actions de restauration des terres
  • L’intégration de l’objectif de récupération des terres dégradées dans un programme intégré pour la croissance verte et le développement durable

Journal le temps: Dr Bokoye, Quels sont les actions ou gestes que le simple citoyen peut poser pour sauvegarder l’environnement?
Permettez moi de souligner d’abord de souligner l’importance pour les pouvoirs publics et je dirais tous les acteurs de la société de contribuer à sensibiliser le public de la nécessité de sauvegarder l’environnement et les enjeux associés. Le ministère de la santé avec ses partenaires peut élaborer par exemple ses spots publicitaires et une campagne de sensibilisation avec des reportages TV sur l’importance de l’hygiène et de l’assainissement. Les municipalités et les communes ont aussi un grand rôle à jouer quant à la gestion des déchets. La réglementation si elle existe doit être appliquée de façon rigoureuse autrement, il faudrait la mettre en place notamment en ce qui concerne l’obligation de traiter les eaux industrielles usées avant rejet dans la nature. Une privatisation de la collecte des ordures avec des poubelles standardisées par foyer ou unité domaniale devrait apporter plus d’efficacité quant à la gestion des déchets solides. Ces structures devraient envisager aussi des poubelles publiques le long des rues avec une distance variable entre deux poubelles selon densité de la population dans chaque zone. Un rehaussement de la taxe foncière pourrait permettre de financer de telles installations. Et une application informatique basée sur la géomatique devrait permettre une gestion optimale de la gestion des déchets.
A l’échelle individuelle, il s’agirait simplement de veiller à vivre dans un cadre de vie propre. Ainsi, il y aurait lieu de :

  • Ne pas considérer la rue comme dépotoir de déchets
  • Planter et faire grandir au moins un arbre dans votre vie
  • Coopérer avec ses voisins de quartier pour des initiatives de propreté pour un meilleur cadre de vie : n’attendez pas tout de l’état prenez des initiatives citoyennes pour une meilleur vie dans votre quartier
  • Mobiliser votre quartier pour avoir des parcs et des aires dégagés et boisés

Journal le temps: Dr Bokoye, Quel est votre dernier mot?
Au regard du virage vert qu’opère progressivement les sociétés humaine dans le but de sauvegarder notre planète qui affiche ses limites en termes d’accroissement des désastres naturels sous l’impulsion des activités anthropiques polluantes, notre sous-développement devient un avantage. Et je souhaite que le Niger s’inscrive dans une certaine révolution verte avec audace et créativité pour une société prospère avec la solidarité internationale dans le cadre international du développement durable et de la lutte contre le changement climatique.
Je termine en soulignant la relativité de la faim…….bien qu’elle demeure l’ennemie public numéro un à abattre, on a quand même besoin d’elle un peu à l’échelle quotidienne afin de mieux savourer nos bon plats!
Merci beaucoup pour cette opportunité de sensibilisation du public à la cause environnementale. J’encourage la presse à contribuer à la sensibilisation environnementale.
Que Dieu bénisse le Niger!

22 août 2016
Source :  Le Temps

Dernière modification le lundi, 22 août 2016 03:26

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