mercredi, 24 août 2016 21:52

Interview de Cheick Bello Garba, Commissaire chargé à l’Organisation du Hadj et de la Oumra (COHO) : ‘’Nous travaillons pour acheminer nos pèlerins au plus tard le 6 septembre’’

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Cheick Bello Garba CohoMonsieur le commissaire, la date du Hadj s’approche quel est le niveau des préparatifs au niveau COHO ?

Quand vous parlez de la date du Hadj, nous, nous avons en vue le 11 septembre 2016. C’est le jour d’Arafat, c’est ça la date du hadj Akbar. C’est dire qu’on doit tout faire pour que nos pèlerins soient sur le territoire saoudien 3 ou 4 jours avant cette date là, jour du rassemblement à la Mecque.

Mais du point de vue pratique on fera tout pour que nos pèlerins soient sur la terre saoudienne avant la fermeture de l’espace aérien saoudien ou des principaux aéroports saoudiens à savoir Médine et Djedda qui sont les portes d’entrée des pèlerins des différents pays.

La date de clôture de Médine est prévue à peu près au 6 septembre. Nous sommes en train de nous organiser pour que tous nos pèlerins soient en Arabie Saoudite au plus tard le 5 septembre et que les vols atterrissent à Médine étant entendu que la date de remontée de Médine vers la Mecque est fixée au 7 septembre. Voilà les dates essentielles qu’il faut retenir et tous les programmes que nous sommes en train de mener avec nos transporteurs tiennent compte de ces dates. Nous avons un programme de vols qui devrait débuter sauf imprévu, le 28 septembre. Ce programme que notre transporteur nous a proposé nous permettra d’acheminer nos pèlerins à Médine au plus tard le 6 septembre.

Qu’en est-il des autres aspects administratifs de l’organisation du Hadj ?

Je puis vous dire que les autres aspects sont pratiquement bouclés. C’est le cas du visa qui est un élément essentiel du voyage. A la date du 23 août, nous sommes à 10.306 visas délivrés sur 12.712 et le consulat travaille à plein régime. Il n’y a donc pas de souci à se faire par rapport à cet aspect. Pour la préparation des pèlerins eux-mêmes, il faut noter que les pèlerins ont tous fait leurs vaccinations obligatoires et ont pour la plupart d’entre eux un carnet d’aptitude au hadj qui permet de déceler les maladies qui méritent d’être surveillées ou qui exigent un régime alimentaire particulier. Il en est de même de la formation qui a été faite au niveau des différents centres pour initier le pèlerin ou augmenter ses connaissances en matière de rites du hadj, de comportement en terre étrangère et en matière de sécurité et de salubrité. En territoire saoudien, la grande préparation, c’est la location des logements pour l’hébergement des pèlerins. Cela a été fait aussi par les différentes agences de voyage. C’est dire que du point de vu préparatifs, on peut dire que tout est prêt, il reste à aborder le volet transport.

Justement des dates ont été annoncées pour le début des vols notamment le 20 ou 22 août, mais jusqu’à présent les pèlerins attendent encore. Qu’est ce qui explique ce retard ou ces reports?

Je rappelle qu’à notre niveau, nous travaillons initialement sur un programme du 26 septembre avec un de nos transporteurs puisque nous en avons deux. L’un d’entre eux a voulu anticiper et nous a proposé un programme qui aurait dû commencer le 16 août d’abord puis le 22. On avait certes pris ce programme, mais pour être sincère, nous étions plutôt sur celui qui commence le 26 août que sur ce programme anticipé. Et à l’expérience, le programme anticipé n’a pas eu lieu. C’est dire que nous travaillons actuellement sur le programme du 26 ou 28 août mais beaucoup plus sur celui du 28 puisque le transporteur qui nous a fait cette proposition s’est réajusté par rapport à certaines données. Nous travaillons donc sur la date du 28 août. Si vous rapprochez cette date des dates que je vous ai données tantôt vous verrez qu’il n’y a pas de retard. Et c’est faisable.

Les pèlerins sont chaque jour davantage inquiets. Etes vous sûrs de pouvoir les acheminer tous à temps ?

Incha Allahu, je pense que tout est mis en œuvre pour que les pèlerins soient en terre saoudienne avant les dates principales que j’ai évoquées tantôt et pour qu’ils puissent effectuer le hadj dans des très bonnes conditions. C’est ce que nous attendons de nos transporteurs et c’est ce que les contrats que nous avons avec eux nous laissent croire. Nous travaillons dans ce sens et en principe il n’y a pas de raison à ce qu’il n’en soit pas ainsi.

Certaines rumeurs avancent que les fonds du COHO et des pèlerins auraient été utilisés à d’autres fins par on ne sais qui. Quelle est la vérité sur cette information ?

Heureusement que vous parlez de rumeurs. Je ne voulais même pas démentir quelque chose d’aussi grossier mais comme les gens insistaient, j’ai fini par me convaincre qu’il faut le démentir, et mieux encore le prouver. C’est pourquoi, je le dis sans ambages qu’aucun sou du COHO quelle que soit son origine et encore moins celui des pèlerins n’a été utilisé par des autorités de quelque niveau qu’elles soient pour payer des salaires comme le présument ces rumeurs ou faire d’autres dépenses de l’Etat. Et je ne vois pas comment ça aurait pu se faire. Deuxièmement, à aucun moment le COHO n’a proposé au gouvernement d’utiliser ces fonds à une fin quelle qu’elle soit autre que celle qui s’inscrive dans le cadre du pèlerinage. Et cela ne concerne pas le gouvernement, ça concerne le COHO.

On avait avancé que le 1er programme anticipé n’avait pu se réaliser parce qu’on n’avait pas payé par manque d’argent. Or on a émis un ordre de virement de 2,726 milliards au bénéfice de cet opérateur, malheureusement l’opération n’a pas eu lieu, et nous avons pu récupérer notre argent en donnant un ordre contraire aux banques. Ce n’est donc pas un problème d’argent, c’est vraiment les données techniques propres au transporteur qui ont fait que le programme n’a pas eu lieu. A l’heure où je vous parle, le COHO a dans une banque de la place 9,806 milliards de francs CFA dans ses comptes et il y a un deuxième compte ailleurs. C’est dire que l’argent pour le transport des pèlerins est là et en bonne place. Je précise aussi que l’argent des pèlerins est dans deux ou trois banques et les pèlerins le versent pour plusieurs choses à la fois. Il y’a le transport d’un côté et de l’autre côté il y a ce qu’on appelle les prestations saoudiennes.

L’argent pour les prestations saoudiennes est viré en Arabie Saoudite. C’est pour payer le cautionnement qu’il faut verser au Ministère du Hadj, un cautionnement à verser pour le syndicat des transporteurs d’Arabie Saoudite, le prix de la restauration à Mina et à Arafat plus bien sûr le prix du logement à la Mecque et à Médine. Tout cet argent a été viré en Arabie Saoudite donc, il n’est pas gardé par une quelconque institution sur le territoire national. La preuve est simple : c’est que pour obtenir le visa saoudien, il faut remplir un certain nombre de ligne dans le système informatique saoudien.

Et il faut que tous les voyants relatifs aux différentes prestations saoudiennes soient verts pour que le consulat vous délivre le visa. Je vous ai dit que nous sommes à plus de 10.000 visas aujourd’hui, c’est la preuve que nous avons payé. En définitive l’argent des pèlerins est allé où il se doit et pour le transport nous sommes là-dessus. Nous avons d’ailleurs effectué aujourd’hui même (23 août 2016) un virement de cinq (5) milliards pour le transporteur.

Monsieur le Commissaire, on constate que chaque année le problème du transport revient à la charge, est-ce à dire que les différents acteurs du Hadj, le COHO en tête, n’ont pas toujours tiré les leçons des éditions précédentes ?

Je ne vais pas nier les évidences. On a chaque année des choses qui reviennent. Effectivement, si elles reviennent, c’est qu’on n’a pas tiré toutes les leçons des événements passés. Il y a des textes qui organisent les compétences en matière de transport des pèlerins. Et ces textes font du COHO l’acteur central du transport. Si je prends un exemple en 2013, nous avons joué totalement notre rôle et nous avons eu un transport presque parfait avec trois opérateurs à savoir Nass Air, Air Niamey et Fly Max qui étaient sélectionnés dans des conditions tout à fait normal. En 2014, nous avons eu une bonne sélection mais on a eu des incidents pour des problèmes de d’utilisation de l’avion entre le Niger et le Nigeria. En 2015, il n’y a pas eu à proprement parler de problème de transports parce que la compagnie Niger Airways que nous avons désigné comme étant l’opérateur national, a pris ses responsabilités. Elle a pu assurer le transport dans de bonnes conditions, malheureusement ça s’est soldé par des pertes financières et donc déjà un premier point de réflexion. On a l’impression que chaque année, c’est la même chose. C’est peut être vrai, mais avec des intensités différentes. En abordant le problème de Niger Airways on ne s’est pas donné le temps de s’asseoir pour examiner de manière structurelle la question du transport. On a pensé juste que le problème c’est la direction.

Quelles sont les voies que vous estimez nécessaires à suivre pour résoudre définitivement cet épineux problème de transport des pèlerins au Niger ?

Nous sommes disposés à laisser Niger Airways à jouer son rôle d’entité nationale chargée du transport des pèlerins, mais encore, faut-il qu’on résolve son problème de manière structurelle. Quand on veut imposer Niger Airways à l’extérieur, on nous demande où sont ses avions ? Donc quand on crée une compagnie, il faut lui donner les moyens d’être une vraie compagnie aérienne pas seulement sur le papier mais aussi sur le terrain et réellement. Ça, c’est un problème structurel qu’on doit résoudre. On doit s’asseoir pour lui trouver une solution. Si on veut que Niger Airways joue bien son rôle, il faut s’entendre sur ce qu’elle doit faire. Et ce n’est pas seulement à l’occasion du Hadj. Il faut s’asseoir ensemble pour regarder la situation. Pour nous, cette compagnie est un partenaire. Elle a été créée pour nous aider, on veut qu’elle nous aide. Mais, il ne faut pas oublier que notre travail à nous, c’est le transport des pèlerins (aller et retour) en Arabie Saoudite. Et dès qu’il y a un problème, nous privilégions le transport. C’est pourquoi, il faut résoudre de manière structurelle le problème de Niger Airways pour ne pas dépendre d’autres compagnies qu’on le veuille ou non, sont concurrentes. Nous avons une société saoudienne qui défend ses intérêts et avec des moyens pas du tout négligeables. Là aussi, il faut aussi, s’asseoir loin de la période du Hadj pour discuter avec cette société car pendant la période du Hadj on n’a pas toute la lucidité qu’il faut surtout avec la pression des pèlerins. Eux se disent qu’ils ont payé et qu’ils   doivent être acheminés ; ils n’ont rien à voir avec l’intérêt national. Donc il nous faut nous asseoir et discuter avec cette société et défendre nos intérêts pour ne pas toujours se retrouver sous pression. Quand on est sous pression, on sauve certes le Hadj, mais on reste après avec les frustrations.

Avez un appel à l’endroit des acteurs du Hadj ?

Premièrement je me félicite de l’appui que les autorités nous apportent dans l’organisation du Hadj. Secundo, je salue le sens de maturité des Agences du Hadj. Vous avez vu que beaucoup de débats ont disparu et ces agences contribuent de manière efficace à la résolution des problèmes qui se posent. Peut être qu’elles se sont rendu compte que plus l’organisation est faite de manière transparente, plus elle est à leur profit. Vous avez constaté que toutes ces agences se sont senties concernées par les accusations gratuites portées contre le COHO et les autorités. Je salue aussi toutes les différentes forces qui nous appuient comme le ministère des Affaires étrangères, celui de l’Intérieur et celui de la Santé publique et leurs démembrements. J’invite les pèlerins à être patients et à respecter les consignes que leur donnent leurs encadreurs étant entendu que ces consignes sont édictées par les autorités saoudiennes. Quand aux encadreurs, ils doivent se dire que c’est une responsabilité qu’on leur a donnée. Ils sont comme des bergers. Il faut qu’ils fassent preuve d’humilité et d’efficacité pour encadrer toute cette population que le Niger leur confie. En outre, tous les acteurs doivent éviter tout acte ou comportement qui n’honore ni le pèlerin lui-même, ni le pays. Il faut que les gens évitent d’emmener tout produit ou substance prohibé en territoire saoudien comme on a pu le constater ces dernières années. Toutes les personnes doivent faire preuve de patience, puisque le pèlerinage est une action religieuse. Et dans ce domaine le mérite est souvent fonction de la manière par laquelle, nous endurons les épreuves.

Propos recueillis par Siradji Sanda(onep)
25 août 2016
Source : http://lesahel.org/

Dernière modification le jeudi, 25 août 2016 05:20

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