vendredi, 02 septembre 2016 09:18

M. Hamidou Garba, gouverneur de la Région de Niamey : ‘’Il y a des paquets d’activités que nous allons mettre en œuvre de façon progressive pour améliorer la qualité de vie dans la ville de Niamey’’

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Hamidou Garba Mamadou gouverneur NiameyLes autorités administratives et communales ont lancé une opération de libération d’espaces publics dans la capitale. Dans une interview qu’il a accordée à Sahel Dimanche, le gouverneur de la Région de Niamey revient sur les tenants et aboutissants de cette décision qui n’est pas sans conséquence sur les activités économiques des habitants, mais aussi sur celles envisagées pour améliorer le cadre de vie des populations.

Monsieur le gouverneur, la région de la capitale dont vous êtes le gouverneur vient d’engager une grande campagne de déguerpissement des commerces et autres installations dans les espaces publiques. Pourquoi une telle décision et quel est son intérêt?

Merci de nous donner l’opportunité de parler de cette opération que nous venons d’engager dans la capitale. Tout d’abord, je dois rappeler que, depuis 2011 après sa prestation de serment, le Président de la République a mis en place un programme, le programme ‘’Niamey Nyala’’ ou ‘’Niamey la Coquette’’. Le Président Issoufou avait une vision pour rendre à Niamey le visage digne d’une capitale. Il a donné la preuve en créant le Commissariat au Programme Niamey Nyala, qui a aussitôt commencé à faire des réalisations dans la capitale. Vous avez vu les travaux de réalisation des voiries urbaines, des échangeurs dont deux sont opérationnels, d’éclairage public qui s’en ont suivi. Niamey est en train de se métamorphoser, c’est un fait indéniable. Mieux, dans le cadre de son offensive diplomatique régionale, le Niger a obtenu l’organisation de la 33ème conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de l’Union Africaine de 2019. Des participants de haut niveau seront à cet important évènement d’envergure internationale. Contrairement à la vision du Chef de l’Etat, la capitale est dans une situation peu enviable, prise d’assaut par des commerçants, notamment à travers la construction anarchique des commerces dans les rues, toute chose qui ne contribue ni à l’embellissement de la ville, ni à son assainissement. Vous voyez, malgré tous les efforts déployés par la mairie, il n’y a pas de visage pour la ville de Niamey. Les gens sont arrivés à occuper même les caniveaux y en érigeant des kiosques; les carrefours sont dénaturés, les alentours des lieux publics sont envahis par des commerçants. Les devantures et alentours des écoles, des centres de santé, des ministères et autres services administratifs sont transformés en marchés. Il faut qu’à un certain moment on s’arrête pour faire face à nos obligations de premiers responsables de la région et de la ville. Nous avons alors jugé utile d’engager cette opération avec l’appui du Gouvernement. La raison fondamentale, c’est pour que notre capitale soit au même niveau que les autres capitales. Cette opération concerne toute la ville, mais ne pouvant la faire à tous les lieux, nous avons décidé de cibler certains centres névralgiques que sont les lieux publics et le Grand marché. Il y a des paquets d’activités que nous allons mettre en œuvre de façon progressive pour améliorer la qualité de vie dans la ville de Niamey.

 

Ce n’est pas la première fois que vous avez conduit une telle opération de déguerpissement, mais on constate que les commerçants réoccupent les lieux, une fois l’opération terminée. Quelles dispositions avez-vous prises cette fois-ci pour que les rues ne soient plus envahies à nouveau ?

Vous savez, pour toute action, il faut passer par l’expérimentation. Nous avions certes fait de petites actions à notre niveau pour voir ce que cela peut valoir. Mais cette fois-ci, c’est une volonté politique que nous sommes en train d’exécuter. Maintenant que nous avons l’accord au plus haut niveau de l’appareil d’Etat, tout le monde doit comprendre que les choses ne sont pas les mêmes et nous sommes déterminés à aller jusqu’au bout de ce que nous avons entrepris.

Parlons spécifiquement du cas du Grand Marché où le déguerpissement a soulevé un tollé de protestations, les commerçants ont clamé avoir l’autorisation des autorités compétentes moyennant de fortes sommes d’argent. Si tel est le cas, comment allez-vous procéder pour que les citoyens rentrent dans leurs droits ?

De quels droits vous parlez dans la mesure où, quand les commerçants ont accepté de s’installer, ils savaient bien que c’était de manière précaire et révocable. Si on doit dire que la Mairie a quelque chose à voir dans cette affaire, ce n’est peut-être que l’autorisation verbale donnée à la SOCOGEM. C’est cette société qui a installé les gens sur cet espace. Quand nous avons vérifié la documentation, nous avons constaté qu’ils n’ont pratiquement aucun contrat avec la SOCOGEM. C’est des petits papiers de taxes qu’ils ont faits. La SOCOGEM n’a regardé que le côté pécuniaire de la chose. Elle n’a pas pris en compte de l’aspect sécuritaire, assainissement, embellissement. Et c’est pourquoi la Mairie est en déboire. Même si c’est la Mairie qui a donné, elle a le droit de retirer ces espaces quand elle le voudra tout simplement parce que l’occupation d’un espace public quelconque est toujours provisoire, précaire et ne peut être permanente. La seule obligation qui incombe à la Mairie, c’est de faire la notification pour avertir l’intéressé. Donc, le seul droit que les personnes déguerpies peuvent brandir, c’est la notification. Et cela a bel et bien été fait. D’ailleurs, c’est au vu de cette notification que les esprits se sont échauffés. Je comprends la situation de ces personnes, ce n’est pas que ça nous fait plaisir de les faire partir. Mais nous sommes obligés de le faire parce que la grande majorité nous le demande, elle veut que ces espaces soient libérés et que chacun trouve son compte. D’ailleurs, tout le monde sait que l’occupation de ces espaces est préjudiciable à la fluidité de la circulation et décourage certains citoyens à fréquenter le Grand Marché.

Il y a aussi la question de panneaux publicitaires presque anarchiquement disséminés dans la capitale.

Quand on sait que leur implantation est régie par des textes et qu’ils rapportent des ressources aux municipalités, comment en sommes-nous arrivés là, et quelles stratégies envisagez-vous pour solutionner le problème ?

La Mairie a déjà mis en place une commission depuis longtemps qui travaillait par rapport à l’implantation de ces panneaux. Un guichet a même été créé pour gérer la question des panneaux publicitaires. Dommage qu’à un certain temps, on a eu l’impression que l’Etat a cessé d’exister. Des gens ont pris le dessus sur les lois et règlements de la République, chacun faisant ce qu’il voulait dans la Ville de Niamey, il n’y avait aucun contrôle et la mairie a sombré. Maintenant que les choses sont en train de changer, la mairie mettra les moyens qu’il faut, les structures qu’il faut. Désormais, tout celui qui souhaite ériger un panneau, qu’il se réfère à la mairie pour avoir l’autorisation, et de concert avec elle, ils vont choisir l’emplacement idéal et le panneau répondant aux normes sans gêner personne tout en embellissant la ville.

A Niamey, il n’y a pas que les commerçants ou les panneaux qui occupent les espaces publics, il y a aussi les dépotoirs sauvages qui pullulent et les animaux qui envahissent les rues à longueur de journée. Que fait le Gouvernorat pour arrêter cette pratique ?

C’est une question de comportement de la population. Les habitants de Niamey ont changé de façon négative. La Mairie, quelle que soit sa volonté, quels que soient ses moyens, ne peut à elle seule venir à bout des ordures et du phénomène d’animaux errants. Vous voyez, la Mairie ne peut pas veiller sur chaque ménage, chaque individu. C’est la population qui doit créer les conditions favorables à l’amélioration de son cadre de vie, ou accompagner toutes les initiatives dans ce sens. La Mairie a plusieurs fois réalisé des opérations coup de poing pour dégager les ordures qui jonchent les rues. C’est un travail coûteux. Hélas, en face, elle a une population incivique qui parfois ne paie même pas ses taxes, qui produit beaucoup d’ordures et qui les dépose à des endroits non indiqués. Voyez-vous, là où la Mairie dépose des containers, les gens préfèrent verser les ordures à même-le-sol, alors que la Mairie, en collaboration avec Niamey Nyala, a même créé des quais pour faciliter la tâche aux populations. Allez voir vers le boulevard Askia Mohamed, les ordures sont versées par terre et les containers sont vides. C’est vraiment dommage. Les animaux appartiennent à qui ? C’est pour les habitants qui savent bien que nous sommes dans une capitale et qu’il n’y a pas d’espace de pâturage. Ils libèrent les animaux pour les faire errer dans les rues de la capitale à la recherche de quoi brouter, tout en sachant qu’ils vont commettre des dégâts sur les espaces verts aménagés par la Mairie et dans les domiciles des voisins. Ce qui n’est pas bien. Nous disons que trop c’est trop !! Il faut que cela cesse, ça prendra le temps que ça prendra, mais je pense que nous y arriveront et même après nous, nous espérons que ceux qui viendront continueront l’œuvre pour le bonheur de Niamey, pour le bonheur du Niger.

Dans une capitale où tout espace public est vite transformé en marché, on constate la prolifération des parcs de vente de voitures, ce qui n’est pas sans conséquence sur la circulation et l’assainissement du cadre urbain. Où en est le projet de création d’un parc unique ?

C’est une question très préoccupante qui a interpellé les autorités communales, régionales et même les autorités nationales, le Ministère des Transports en l’occurrence, et la Direction Générale des Douanes, puisque cette activité a pris beaucoup d’ampleur ces dernières années, au point où on ne pouvait plus continuer à observer l’occupation de la voie par ces vendeurs de véhicules d’occasion. Nous les avons rencontrés, nous avons échangé avec eux, et c’est là que nous avons compris que le Ministère des Transports a déjà un projet sur lequel ils sont avancés. Nous allons de notre côté nous mettre en rapport avec le ministère pour savoir à quel moment exactement l’opération va se réaliser. Nous, nous avons une date, le 20 septembre. Puisque le Ministère des Transports a déjà un projet, alors nous allons travailler ensemble pour gérer cela au mieux. D’ailleurs, même le Syndicat des Vendeurs de Voitures d’Occasion n’est pas opposé à ce qu’il y ait un marché d’automobiles à Niamey. Le Ministère, à travers un budget unique, ou la Mairie à travers un terrain qu’elle mettra à disposition, nous trouverons dans tous les cas la formule qui sied pour créer ce marché et désengorger le centre-ville.

Les Nigériens qui voyagent reviennent toujours avec le regret que Niamey Ne soit pas comme les autres capitales. Il y manque cruellement des espaces de loisirs pour enfants, des lieux de distractions, etc. Est-ce que vous avez un plan pour rattraper ce retard ?

Il y a eu effectivement une forte pression foncière à Niamey sur les espaces publics. Tous les espaces réservés ont été pris d’assaut, occupés. Des habitations ont été construites en lieu et place. C’est regrettable. Mais si vous avez constaté, depuis le début de ce second mandat du Président de la République, il y a quand même quelque chose qui est en train d’être fait dans ce sens. Il y a une dynamique qui est créée. Le Ministère en charge du Domaine est à pied d’œuvre pour récupérer ce qui peut l’être. Le cas de la Ceinture Verte est édifiant. Il y a beaucoup de terrains publics qui sont concernés et la ville de Niamey est en train de faire ce qu’elle peut pour annuler certaines cessions illégales de parcelles. Donc, j’ose espérer que cette dynamique va continuer pour pouvoir remettre l’Etat dans ses droits. Quand nous allons reprendre ces espaces-là, effectivement nous allons créer des lieux de distraction pour les enfants et pour cela il y a un prix à payer. Certainement qu’il y a ceux qui seront dans une situation désolante car, nous avons l’obligation de créer les conditions d’épanouissement des enfants et des jeunes de la capitale.

Réalisée par Zabeirou Moussa(onep)
02 septembre 2016
Source : http://lesahel.org/

Interview