samedi, 10 septembre 2016 03:26

Entretien avec M. Abdoul Aziz Larabou, Directeur Général de Niger Airlines : ‘’Nous avons acheminé environ 11.500 pèlerins et à ce jour nous avons été intégralement payés par l’Etat’’

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Aziz Larabou Niger AirlinesMonsieur le Directeur général, votre société a acheminé les pèlerins nigériens; comment s’est déroulée cette opération pour le moins tardive ?

Effectivement, nous avons été sollicités par l’Etat pour l’édition du Hadj 2016 en vue de transporter les pèlerins nigériens aux Lieux Saints de l’Islam avant la fermeture des aéroports saoudiens. Nous avons commencé les vols à partir du 28 août et ces vols ont pris fin le 6 septembre dernier. Au total, nous avons acheminé 11.500 pèlerins en 26 vols directs sur Médine.

 

Vous n’avez pas douté, quant à la possibilité d’acheminer ces pèlerins dans le temps, vu que vous avez été contactés à la dernière minute ?

Vous savez, nous avons l’expérience. Si l’Etat est venu vers nous à la dernière minute, c’est qu’il sait que nous avons l’expérience et la capacité requises pour pouvoir faire ce travail. C’est ainsi que nous avons mis la logistique nécessaire avec nos partenaires de FlyNass aussi bien à Niamey qu’en Arabie Saoudite. Ce qui nous a permis d’acheminer les pèlerins dans de très bonnes conditions. Les vols ont été assurés avec beaucoup de confort et dans des conditions de sécurité optimales. Il n’y a pas eu de retard, bien que nous ayons été contactés à la dernière minute. On a pu maîtriser la situation, ramener la sérénité dans l’esprit des uns et des autres, notamment les agences de voyage, les pèlerins eux-mêmes, et même l’Etat, bref toute la population nigérienne. On a organisé des vols non stop, et il nous est arrivé d’organiser quatre, cinq et même six vols en 24 heures pour pouvoir atteindre l’objectif d’acheminer tous les pèlerins dans le délai, c’est-à-dire avant la fermeture des aéroports saoudiens de Médine et de Djedda. Et Dieu merci, nous avons pu relever ce défi. C’était un challenge pour nous et nous avons été à la hauteur. Nous rendons grâce à Dieu.

A un certain moment, des rumeurs ont circulé sur un supposé manque d’argent pour le transport. Est-ce que l’Etat vous a payé pour que vous transportiez les pèlerins ?

En tout cas, l’Etat a respecté ses engagements à notre égard. Je peux affirmer qu’à l’heure où je vous parle, nous avons été intégralement payés par l’Etat. En dehors de cela, l’Etat a mis les moyens matériels et humains à notre disposition, c’est-à-dire les équipes de handling, la RAU, la Gendarmerie et la Police pour l’enregistrement, la Douane, les services de l’ASECNA, de l’ANAC Niger, bref tous les intervenants au niveau de la plateforme de l’Aéroport international Diori Hamani de Niamey, ont été mis à contribution pour relever ce défi. Et Dieu merci, nous avons honoré l’engagement, celui d’amener les pèlerins à temps.

Chaque année, le même problème de transport revient. Qu’est-ce qui explique cet état de fait?

A mon avis, la seule explication à cette situation, c’est l’intrusion rampante du politique dans l’organisation du Hadj. Il faut dépolitiser l’organisation du Hadj. Il faut choisir les partenaires qu’il faut, les gens capables et compétents qui savent bien faire le travail et qui le font en toute responsabilité. Je pense que dans le secteur du pèlerinage, qui est un secteur très important parce qu’il touche à la religion, on doit mettre la politique de côté et choisir les compagnies qui ont l’expérience requise et sont capables de faire du bon travail. Cela éviterait de stresser nos pèlerins.

On a souvent reproché aux compagnies nigériennes de n’avoir pas leurs propres aéronefs. Comment assurer le transport des pèlerins dans ces conditions, même si elles obtiennent le contrat ?

Sincèrement, nous sommes en train de travailler sur cette question. Niger Airlines est une société privée uni-actionnaire, mais tout dernièrement, des Nigériens sont venus entrer dans le capital qui est passé aujourd’hui de 500 millions à 2 milliards de francs CFA. Les gens commencent à prendre conscience de l’importance du transport aérien au Niger, et nous sommes en train de travailler pour que la compagnie Niger Airlines dispose de ses propres avions pour desservir l’intérieur du pays que nous faisons déjà, mais aussi desservir la sous-région ouest-africaine et l’Afrique Centrale. Par rapport au Hadj, il faut savoir qu’on utilise de gros porteurs. Ce sont des avions de grande capacité. Nous avons la capacité de les louer si on nous donne le marché à temps. C’est que font nos partenaires saoudiens. C’est à l’approche du Hadj qu’ils louent ces avions. On utilise ces gros porteurs pratiquement une fois dans l’année, c’est-à-dire au moment du Hadj pour les vols charters. C’est dire que même si une compagnie nigérienne loue ce genre d’avions, elle ne peut pas les parquer ici à Niamey toute l’année, parce que la piste et le parking sont restreints. Ce n’est pas réaliste pour une compagnie nigérienne de louer et de garder un aéronef gros porteur durant toute l’année, mais les compagnies nigériennes ont la capacité de les louer en Indonésie ou en Malaisie à l’approche du Hadj, comme le font toutes les compagnies du monde et c’est ce que nous faisons. Encore une fois, il faut désigner la compagnie à temps.

Ce n’est pas pour la première que votre compagnie est sollicitée pour ‘’sauver la situation’’. Quel sentiment cela suscite-t-il en vous en tant que compagnie nationale à 100%?

Nous ne pouvons qu’être fiers. La première fois que nous avons fait ce genre d’exercice, c’était en 2009 quand le transport de la plus grande partie des pèlerins nigériens a été octroyé à une compagnie étrangère, notamment jordanienne. Cette compagnie n’a malheureusement pas honoré ses engagements, et on s’est retrouvé avec plus de 7.000 pèlerins au sol à moins d’une semaine de la fermeture des aéroports saoudiens. En 2011, la même situation s’est reproduite et c’est la troisième fois cette année. Dieu merci, à chaque fois que l’Etat nous a sollicités, on a pu relever le défi en acheminant tous les pèlerins dans le délai. Dieu est avec nous, parce que tout ce que nous faisons, nous le faisons de bonne foi et de tout cœur. Il s’agit ici de sauver le pèlerinage, de permettre aux musulmans et à nos compatriotes d’aller accomplir leur devoir religieux en toute sérénité.

Certaines compagnies n’ont pas l’autorisation d’atterrir à Médine, mais vous, vous le faites régulièrement, ce qui permet de rattraper le retard. Qu’est-ce qui explique cela ?

Nous avons un partenariat stratégique parce que nous avons un partenariat avec une compagnie saoudienne. Nous affrétons des avions saoudiens pour aller chez eux. Donc, il y a des facilités pour leurs compagnies que les autres n’ont pas. Dieu merci, notre partenaire a ces facilités et cela nous permet de relever les défis.

Le transport aérien n’est pas très développé, notamment à l’interne. Votre compagnie arrive-t-elle à s’en sortir?

J’avoue que quand nous avons lancé nos activités en mai 2014, c’était très difficile. En ce moment, les Nigériens pensaient que l’avion est un luxe qui n’est pas à la portée de certaines couches sociales. Il nous a fallu faire un véritable travail de sensibilisation pour faire comprendre aux Nigériens que l’avion est une nécessité et un moyen de transport qui permet de gagner du temps, de faciliter les affaires. Petit à petit, les choses ont évolué. Avant, il nous arrivait de transporter trois à quatre personnes seulement par vol entre Niamey et Agadez ou Zinder. Dieu merci, aujourd’hui nos vols sont presque pleins. Tout récemment, l’UEMOA a organisé un séminaire sur la certification des exploitants aéronautiques. A cette occasion, l’UEMOA a donné un satisfecit au Niger pour dire qu’il est l’un des rares pays africains qui fait des vols domestiques. L’UEMOA a reconnu l’effort que les hommes d’affaires nigériens ont fourni pour créer des compagnies aériennes qui assurent des vols domestiques. Mais notre ambition, ce n’est pas seulement les vols intérieurs. Nous voulons à l’avenir désenclaver totalement notre pays en organisation des vols directs en direction des capitales ouest africaines (Bamako, Ouagadougou, Dakar, Cotonou, Lomé, Abidjan, etc.), mais aussi en direction des capitales des pays d’Afrique centrale (Libreville, Yaoundé, Douala, Brazzaville, Pointe Noire, etc.). Par exemple pour aller à Lomé, un passager du Niger fait souvent le tour des capitales ouest-africaines, ou alors pour venir de Nairobi à Niamey, le passager est souvent obligé de passer par Paris.

Mais est-ce que vous avez l’accompagnement des pouvoirs publics ?

J’avoue que depuis que nous avons commencé nos activités, nous opérons en TTC après deux années et demie d’exploitation. C’est pourquoi, je profite de cette occasion pour demander à l’Etat de nous accompagner dans ce domaine parce que le début est très difficile pour une entreprise si elle ne bénéficie pas d’allègement fiscal. Cela est encore plus nécessaire pour une compagnie aérienne parce qu’elle demande beaucoup d’investissements.

Quel appel avez-vous à l’endroit des différents acteurs du Hadj ?

Notre compagnie vient de prouver à la face du monde que même dans les situations les plus difficiles, nous sommes prêts à relever les défis en matière de transport de pèlerins. Nous l’avons fait à plusieurs reprises. Et notre professionnalisme a été reconnu au-delà du Niger. Nous avons été distingués à plusieurs reprises notamment en Europe, aux Etats Unis pour notre professionnalisme et pour la qualité de nos services. Notre seul souhait est que dans l’organisation du Hadj on ne prenne en compte que l’intérêt général. L’édition du Hadj 2016 a servi de leçon aux uns et aux autres pour que dans les années à venir, l’Etat prenne toutes les dispositions pour se préparer à temps et pour choisir les compagnies aériennes crédibles.

Propos recueillis par Siradji Sanda(onep)

10 septembre 2016
Source : http://lesahel.org/

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