vendredi, 28 octobre 2016 05:26

Invité : Mme Ousseini Hadizatou Yacouba, présidente de l'Organisation des Femmes Tarayya(OFT)

Évaluer cet élément
(0 Votes)

Ousseini Hadizatou YacoubaDemain s'ouvre, au Palais des Congrès de Niamey, le 5ème Congrès ordinaire de l'Organisation des Femmes Tarayya (OFT). Quelle place occupe le Congrès dans la structure de votre organisation, et quel sentiment vous anime à la veille de la tenue de ce grand événement ?
Merci pour cette opportunité que vous me donnez de parler de l'OFT, Organisation des Femmes du PNDS Tarayya, et d'une manière générale, de notre organisation au sein du parti. L'OFT est une organisation de masse, une des deux qui sont au PNDS Tarayya.

En effet, dès la création du parti en 1990, le besoin d'avoir des structures de mobilisation et d'encadrement s'était fait ressentir. Et le choix a été d'abord porté sur les femmes. Et c'est ainsi que l'Organisation des Femmes Tarayya a été la première organisation au sein du PNDS Tarayya. Je dirais aussi que c'est la première organisation politique dans un parti, parce que de tout temps, les femmes ne sont organisées qu'à travers les ONG et associations de développement. Même au lendemain des indépendances, les premières organisations féminines n'étaient pas totalement liées à un parti politique spécifique. Donc, l'OFT, composante interne et intégrante du PNDS Tarayya, est vraiment une première. Elle est suivie de la seconde organisation interne du parti, l'Organisation des Jeunes Tarayya (OJT). Pourquoi ce besoin ? Quand on est dans un groupe, surtout avec des idéaux politiques, il faut trouver un mécanisme pour faciliter l'encadrement politique. Et ce mécanisme, c'est d'abord l'éducation politique, l'éducation civique, et ensuite la mobilisation.
Aussi, depuis la création de cette organisation, tous les quatre ans, nous avons un congrès ordinaire pour faire le bilan des réalisations au cours du mandat, préparer les perspectives et renouveler l'instance dirigeante de l'organisation. Donc, demain, ce sera le 5ème congrès ordinaire, le premier s'étant tenu en 1994.

Sous quel thème avez-vous placé ce 5ème congrès, et quels sont les sujets que vous allez aborder au cours de vos assises ?
Comme pour toute instance, nous allons faire le bilan du mandat à travers le rapport moral. Nous allons regarder notre règlement intérieur parce qu'après chaque mandat, sur la base des expériences que nous avions eues, nous essayons de voir s'il y a des choses à corriger, et le faire en conformité avec le règlement intérieur du parti dans sa globalité. A chaque occasion, nous avons un thème d'actualité. Pour ce 5ème congrès, nous avons choisi de débattre du thème : ''Femme, vecteur de valeurs culturelles''. Pourquoi le choix de ce thème ? Je voudrais d'abord rappeler qu'en 2011, le thème qui a été débattu était''La contribution de la femme nigérienne dans le Programme de Renaissance''. Donc c'est pour vous dire le lien que nous faisons avec l'actualité. Pour cette année, nous avons choisi, ''Femme, vecteur de valeurs culturelles'', pour nous inscrire dans le Programme de Renaissance II, dont le pilier est la renaissance culturelle. Aujourd'hui, chaque fois qu'on parle de renaissance culturelle, les gens se demandent qu'est-ce que cela renferme. Donc, nous les femmes, nous allons réfléchir pour dégager les contours, selon la vision des femmes. Parce que de tout temps, nous savons que dans l'organisation des sociétés, la femme est un pilier. Elle est le noyau du ménage et le pivot de la société. Nous voulons donc faire émerger ce rôle qu'elle a au niveau de son ménage, lui donner sa place au niveau de la société, pour enfin le globaliser au niveau de la Nation tout entière. La femme a un rôle d'éducatrice, c'est bien connu, et j'ai coutume de dire que l'éducation que nous donnons aux enfants commence dès la période de gestation. C'est parfois difficile à comprendre, mais on sait que déjà à ce stade, l'enfant qui bouge dans le ventre est en communication avec sa maman. Son premier contact avec la nature, c'est la maman. Et ce lien se renforce de plus en plus lors de l'allaitement qui est aussi une manière d'éduquer. Les premières valeurs inculquées à l'enfant, qu'elles soient bonnes ou mauvaises, lui viennent, en premier lieu, de la mère. Au village, quand on veut identifier un enfant, on dit souvent, « il est le fils de une telle ».
Mais ici, nous voulons plutôt mettre en exergue les valeurs positives.

 
Comment l'éducation que nous donnons aux enfants, que ce soit des garçons ou des filles, peut contribuer à en faire des leaders de demain qui vont contribuer au développement de notre pays, voire diriger notre Nation ?
On sait qu'au niveau social, même si elle ne se met pas en avant comme l'homme, la femme a les qualités d'une grande conseillère. Même dans la chefferie traditionnelle, nous avons connu, et nous connaissons encore des reines mères, et quand on intronise un chef, il y a toujours les femmes qui sont à côté parce qu'on sait qu'elles ont un grand rôle à jouer.Il en va de même en ce qui concerne la production, que ce soit l'artisanat, la danse, les tresses, bref, tout ce que les femmes font, véhicule un certain message. Même au cours de ses plus dures corvées, qui sont le pilage des céréales, le puisage de l'eau au puits, le ramassage du bois ou les travaux champêtres, la femme donne un message. Donc, c'est tout ceci que nous voulons capitaliser à travers une contribution au Programme de Renaissance II, notamment par rapport à la renaissance culturelle. Quand on dit de mettre en avant les valeurs positives qui constituent le socle du développement, il faut que la femme se dresse, et qu'elle fasse émerger ces valeurs que nous avons tendance à abandonner face à la mondialisation et au mimétisme de l'Occident.
 
Madame la présidente, l'OFT est une organisation politique de masse. Quelles sont les actions que vous menez dans le cadre de l'émancipation politique de la femme nigérienne, ainsi que de son autonomisation ?
La première composante de notre programme d'action, c'est la formation et l'éducation. Quand vous prenez l'évolution des bureaux politiques, il est aisé de constater qu'au départ, les femmes étaient timidement présentes dans les bureaux politiques. Mais aujourd'hui, on le voit, elles se battent coude à coude auprès des hommes. Cela a été possible grâce à la sensibilisation et l'éducation tous azimuts que nous avions eues à mener. Quand on considère notre Assemblée Nationale, au départ, il n'y avait qu'une seule femme. Aujourd'hui, vous voyez le nombre de femmes qu'on a, et pas seulement le nombre de femmes, mais aussi la qualité. Même dans la sphère administrative, aujourd'hui, vous avez de plus en plus de femmes qui acceptent de prendre des responsabilités administratives et techniques, et qui les assument à bon escient. Au départ nous avons constaté que les femmes étaient frileuses et ne voulaient pas se mettre en avant. Chaque fois que l'on fait une proposition à une femme, elle répond qu'elle ne peut pas, car elle risque d'être la cible de certaines médisances. Or, moi, je trouve que ce n'est pas une raison de toujours vouloir se mettre en retrait. Quand on a des atouts, je pense qu'il faut en faire profiter toute la société, en faire profiter tout son pays. Car les médisances, il n'en manque jamais dans nos sociétés. Et quand quelqu'un veut médire sur une tierce personne, il va le faire même si cette personne est enfermée dans une bouteille. Donc, ce n'est pas en se mettant à l'écart de la scène politique qu'on peut préserver sa vie privée. C'est pour cela que nous avons mis un grand accent sur la formation et l'éducation.
Le second volet de notre encadrement, c'est d'être très près de la masse à travers la mobilisation. Si notre parti a grandi, c'est principalement à travers le travail des femmes et des jeunes. Parce que là où la femme peut aller pour parler du parti, quel que soit le leadership d'un homme, il ne peut pas y accéder à cause de certaines us et coutumes que nous connaissons, notamment en milieu rural. Donc la femme a été un pilier dans le cadre de cette mobilisation politique. Et nous étions pressées d'avoir les élections locales, parce que nous savons que nous avons fait un grand travail de base et que les femmes allaient être très présentes dans les collectivités territoriales. Ça c'est le deuxième aspect de notre travail.
Le troisième aspect, c'est de voir comment être présentes aux côtés de nos sœurs de tous les milieux, en ville comme en campagne, chaque fois qu'il y a un événement social, que ce soit un événement heureux ou malheureux.
C'est ce que nous appelons nos activités sociales : être toujours là. Nous avons eu à faire des visites dans les hôpitaux, à faire des dons aussi bien à Niamey qu'à l'intérieur du pays; nous avons eu à faire des dons de sang ; et nous avons eu à nous engager à travers des appuis à des activités génératrices de revenus, ou en faisant la facilitation pour l'accès au crédit auprès de certaines institutions; ou en aidant au montage de projets que des groupes organisées de femmes peuvent présenter à certains organismes de financement.
Un autre aspect, et pas des moindres, nous savons que le Président de la République, était le candidat du PNDS Tarayya avant d'être le candidat de plusieurs autres partis. Donc, pour nous, il était important que l'OFT serve de conseiller par rapport aux échos de la base que nous avons sur les différents investissements réalisés. C'est ainsi que le slogan de ''Kayimungani, mun godé'' est né. Ce sont des slogans que nous avons cueillis au niveau de la base. A travers nos différents contacts, nous essayons de véhiculer, de faire connaitre, tous les investissements réalisés dans le cadre du mandat du Président Issoufou Mahamadou.

Après le succès de votre parti et de toute la Mouvance présidentielle aux dernières élections présidentielles et législatives, quelles sont les perspectives de l'OFT pour les années à venir ?
Un gros chantier qui nous reste, c'est la participation politique des femmes, une présence effective des femmes dans l'arène politique. Nous avons au Niger une loi sur le quota qui a du mal à se mettre effectivement en œuvre au niveau des Partis Politiques. Au début, quand il y avait des manquements, on disait que c'est la faute aux femmes. Mais cette fois-ci, je dirai que c'est la faute aux partis politiques, tous partis politiques confondus. Quand je fais l'analyse du dernier Gouvernement, je peux dire que j'ai un avis mitigé. Quand je prends notre parti politique, je constate qu'il a respecté le quota, parce que sur dix-sept membres du parti nominés on peut relever cinq femmes. Cela fait environ 29%, ce qui est assez confortable par rapport à la prescription du quota. Mais je dis aussi qu'aujourd'hui, c'est notre parti qui est le leader de la Mouvance présidentielle, donc c'est lui qui devait faire en sorte que le quota, dans sa globalité, soit respecté. Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui, et c'est très dommage. Ce ne sont pas des femmes capables qui manquent. Elles sont là, mais il faudrait que le choix de ces femmes capables soit fait à travers les partis politiques. Il est vrai que les femmes sont très actives dans la société civile, mais le combat politique revient aux organisations des femmes dans les partis politiques. Et c'est en leur sein qu'il faut les chercher. Nous apprécions tout le travail que fait le Premier ministre, mais là, il y a eu un manquement, car c'est lui le coordonnateur de l'action politique. Et c'était à lui de faire en sorte que, de la même façon que le PNDS a respecté le quota, les autres partis puissent aussi faire respecter globalement le quota, et même le leur imposer. Même si un parti n'a qu'un seul poste et qu'on sait que s'il met un homme cela jouera dans le respect du quota, il faut lui imposer une femme; et ça c'est le rôle du chef de Gouvernement.

Cependant, au regard de l'environnement politique, on peut dire que qualitativement, il y a eu des avancées très appréciables. Il y a aujourd'hui certains postes qui sont occupés par des femmes, ce qu'on ne pouvait même pas imaginer avant. Le poste que j'occupe est nouveau, personne n'aurait pu penser qu'on peut avoir confiance, à un ci-haut niveau, à y nommer une femme. Nous avons des femmes au Cabinet du Président de la République, au Cabinet du Premier ministre, des femmes qui occupent d'autres postes techniques qui ne sont pas des postes sociaux. Parce que dès qu'on parle de la Promotion de la Femme, on dit ''c'est les femmes''. Mais quand on parle des Affaires Etrangères, on sait que ça c'est une avancée. Nous avons eu, depuis les régimes précédents, une femme qui a occupé ce poste, et cela a continué jusqu'à présent. Quand on parle d'une femme ministre de l'Energie, ça c'est nouveau aussi. Ce sont là des avancées qualitatives qu'il faut reconnaitre et qu'il faut apprécier. Mais comme le disent nos frères burkinabè, ''c'est bon, mais c'est pas arrivé''.

En dépit de ces constats, je voudrais que les femmes ne se découragent pas, qu'elles restent toujours engagées et mobilisées, car à cœur vaillant, rien d'impossible. Et avec la détermination, nous allons pouvoir arriver à nos fins, surtout si l'accent sur l'éducation et le maintien des filles à l'école continue d'être une priorité.
Enfin, je profite de vos colonnes pour souhaiter la chaleureuse bienvenue à toutes les congressistes, un bon séjour à Niamey la capitale, et de fructueux échanges.

Réalisée par Oumarou Moussa(onep)

30 octobre 2016
Source : http://lesahel.org/

Dernière modification le dimanche, 30 octobre 2016 09:03

Interview