mardi, 01 novembre 2016 05:33

Interview du Directeur Régional de l’Hydraulique et de l’Assainissement de Maradi, M. Boubacar Magagi Dadin Kowa : «La prolifération des forages privés constitue un danger réel pour les consommateurs qui boivent souvent de l’eau puante»

Évaluer cet élément
(0 Votes)

Boubacar Magagi Dadi KowaS’il y a un phénomène qui préoccupe les autorités régionales de Maradi qui ont la charge de garantir la santé et le bien-être de la population, c’est bien la prolifération des forages privés. En effet, la ville de Maradi compte plus d’une centaine de forages construits de façon anarchique, sans autorisation des services compétents et sans aucun respect des dispositions en la matière. Vue les spécificités des eaux souterraines dans la ville de Maradi, le Directeur Régional de l’Hydraulique et de l’Assainissement de Maradi tire la sonnette d’alarme.

Monsieur le directeur, on parle depuis un certain temps de la prolifération des forages privés à Maradi. Qu’en est-il ?

C’est une réalité. Effectivement depuis un certain temps, beaucoup de nos concitoyens réalisent des forages privés souvent à des fins personnelles, souvent dans le but de commercialiser cette eau vendue sous forme de ‘’Pure water’’. Ceux qui les réalisent avancent comme raisons, le problème d’eau dans la ville qui fait que certaines zones sont moins servies que d’autres.

A combien peut-on estimer ces forages privés ?

Il y en a plus d’une centaine. Certains les réalisent par imitation, car ils se disent que un tel qui n’est pas plus riche qu’eux a réalisé un forage, et pourquoi pas eux. Or, tous sont en train d’enfreindre la loi.

Justement, que disent les textes en la matière ?

Il y a effectivement des textes qui prévoient ces genres de réalisations. Il s’agit des décrets 404 et 405 en date du 31 août 2011 qui fixent les déclarations et les autorisations. Donc pour réaliser un ouvrage privé vous êtes soumis à une déclaration ou à une autorisation selon la quantité d’eau que vous allez prélever quotidiennement et selon les besoins auxquels elle est destinée.

Quelles sont les conditions à réunir pour avoir cette autorisation ?

Les textes prévoient l’adresse d’une demande à l’endroit du gouvernement en dix (10) exemplaires, une demande timbrée adressée au Gouverneur qui à son tour s’adresse à la Direction régionale de l’Hydraulique pour requérir son avis technique. Mais cette demande doit comporter l’adresse complète du requérant, indiquer l’endroit dans lequel ce forage sera érigé, montrer le titre foncier et indiquer à quel but est destiné ce prélèvement. On constate, ici à Maradi, que les gens ne prennent aucune précaution parce qu’il est dit que pour faire un forage, une distance de 30 à 100 m des fosses septiques doit être respectée. Il nous arrive de constater que certains forages privés sont entourés de fosses septiques. Malheureusement, à Maradi le sol est très poreux et la contamination est directe, ce qui fait qu’il n’est pas rare de se retrouver avec des sachets de ‘’Pure Water’’ qui puent à cause de la mauvaise qualité de l’eau. Souvent, les propriétaires de ces forages soutiennent qu’ils sont là pour aider la population, mais au contraire, ils sont en train de nuire à cette population parce que l’eau a une capacité de nuisance. Elle peut agir immédiatement ou par accumulation. Le cas de Tibiri où le taux élevé de fluor dans l’eau a contribué à la déformation osseuse de plusieurs dizaines d’enfants, handicapés à vie, est là pour le prouver. Pourtant tout cela est arrivé 20 ans après la réalisation de ce forage et l’Etat du Niger a été condamné à dédommager les victimes. Est-ce que les propriétaires des forages privés pourront prendre cette responsabilité ?

Le plus souvent, une fois la réalisation de ces forages terminée, l’eau est immédiatement consommée par la population ou commercialisée. N’y a-t-il pas de risques ?

Il est incontestable que le danger est grand puisque dès qu’il y a un germe de maladie dans cette eau, c’est toute la population qui sera atteinte et là ce sera une hécatombe. C’est pour éviter cela que la réalisation des forages est réglementée et nous ne demandons à tout le monde que le respect de cette réglementation. D’ailleurs, une fois que la Société d’Exploitation de l’Eau du Niger (SEEN) couvre le quartier ou l’endroit, normalement le privé n’est pas autorisé parce que la déserte en eau est l’apanage de la société de patrimoine des eaux et la SEEN. A Maradi, la teneur du fluor dépasse les normes. Dans l’enceinte de l’hôpital régional de Maradi, un forage a été réalisé, mais compte tenu d’un taux élevé de nitrite, il a été fermé. Il y a beaucoup d’endroits à Maradi où les forages réalisés par l’Etat ou les partenaires ont été fermés après les analyses réalisées au niveau de nos laboratoires.

Généralement, on passe à une autre solution qui consiste à transporter l’eau d’ailleurs, c’est le cas du village de Malam Kaka, alimenté à partir d’un autre village. Ce que les gens ne comprennent pas aujourd’hui, c’est que quand vous réalisez votre forage, vous pouvez constater que l’eau est bonne. Mais au fur et à mesure l’eau peut être souillée. La coopération suisse nous a construit un grand laboratoire qui nous permettra de continuer à suivre la qualité de l’eau dans la ville de Maradi. On est en train de vouloir délimiter les zones de fluor, les zones de nitrite pour que les gens ne réalisent pas de forages dans ces zones parce que les teneurs sont élevées et c’est nocif à la santé.

Est-ce que vos laboratoires sont sollicités pour faire des analyses ?

Nous, nous demandons à tout le monde de venir, même s’il s’agit de l’eau de votre robinet, nous sommes prêts. L’Etat a l’obligation d’assurer la qualité de l’eau pour tous nos citoyens. C’est dans ce sens que nous sommes plus proches des populations, chaque jour vous pouvez venir contrôler la qualité de votre eau. Le laboratoire est ouvert, c’est dans ce sens que nous allons accueillir les étudiants des différentes universités du Niger pour se pencher sur la qualité de l’eau.  

Que prévoient les textes en termes de sanctions  aux contrevenants ?

Les sanctions sont prévues par les lois. L’article 97

du Code de l’eau au Niger précise que seront punis d’un emprisonnement de deux (2) ans et d’une amande de un million (1000.000) de Francs CFA à deux millions (2 000 000) de Francs CFA ou l’une des de ces deux peines seulement, ceux qui, sans autorisations prévues auront entrepris des aménagements, des activités, des travaux et la construction d’ouvrages et d’installations. Donc il n’est pas permis à tout le monde de réaliser ce qu’il veut, où il veut et quand il veut. La réglementation doit être respectée et comme vous le voyez, les contrevenants s’exposent aussi bien aux amandes qu’aux sanctions pénales.

Comme on le voit, cette question est très délicate. Quelles sont les actions menées   par vos services ?

Au niveau de la direction régionale de l’hydraulique et de l’assainissement nous faisons au niveau des médias des speechs, des interviews pour dire à la population de se méfier de l’eau de ces forages. C’est une eau qui n’est pas potable et nous attirons l’attention de la population sur la porosité du sol de Maradi. Effectivement à Maradi, malgré l’absence des caniveaux, les eaux stagnantes des pluies disparaissent quelques heures après. Donc l’infiltration des eaux de surface est tellement facile à telle enseigne que les eaux des fosses peuvent facilement atteindre la nappe souterraine. C’est malheureux de constater souvent que ces forages sont réalisés dans la rue.

Nous sommes aussi en train de sensibiliser nos autorités qui intercèdent souvent pour que certaines autorisations soient accordées à tel ou tel. Nous sommes en train de leur démontrer que ce n’est pas réglementaire, mieux nous leur démontrons le danger de ces types d’ouvrages et la consommation de leurs eaux. Vous n’êtes pas sans savoir que la réunion des cadres qui s’est tenue à Maradi, il y a quelques mois, a décidé d’arrêter la réalisation des forages privés. Dès que nous constatons les travaux de réalisation de forage privé, nous nous présentons et nous arrêtons les travaux.

Réalisée par Tiémogo Amadou ANP-ONEP Maradi
1er novembre 2016
Source : http://lesahel.org/

Dernière modification le mardi, 01 novembre 2016 06:22

Interview