mardi, 15 novembre 2016 06:43

Entretien avec Xavier Crespin, DG de l’Organisation Ouest Africaine pour la Santé (OOAS)

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Xavier Crespin NigerMinistres et experts ouest-africains de la santé, de l’élevage, de l’agriculture, de l’environnement et leurs partenaires se sont réunis à Dakar au Sénégal pour parler d’une approche dite ‘’Une seule santé’’. Pourquoi ‘’Une Seule Santé’’ et seulement maintenant ?

Pourquoi ‘’Une seule santé’’ ? C’est parce que, comme vous l’avez constaté ces dernières années avec les épidémies que nous avons eues dans la région comme l’épidémie de la fièvre Lassa, l’épidémie d’Ebola et tout récemment au Niger, l’épidémie de la fièvre de la vallée du Rift, nous avons remarqué que toutes ces maladies sont d’origine animale et certaines de ces maladies sont liées aux questions d’environnement, puisque l’homme, les animaux, nous vivons tous dans le même environnement. C’est pour cela que nous avons pensé maintenant qu’il est temps, grand temps, que ces trois secteurs travaillent ensemble si nous voulons avoir un réel impact sur la santé de nos populations. Les acteurs de la santé ne peuvent pas continuer à travailler seuls, ignorant les autres secteurs qui sont des secteurs très importants.

Voilà pourquoi l’Organisation Mondiale de la Santé, l’Organisation Internationale de l’Elevage et la FAO, au niveau du Système des Nations Unies, ont donc pensé que cette approche est la meilleure pour lutter efficacement contre les épidémies; et nous, au niveau de la CEDEAO, notamment au niveau de l’Organisation Ouest Africaine de la Santé, nous avons jugé utile d’organiser, conjointement avec ces organisations, cette réunion afin qu’au niveau de la CEDEAO, nous puissions mettre en place une plateforme non seulement régionale de coordination, mais aussi des plateformes nationales multisectorielles, multidimensionnelles pour permettre de lutter efficacement contre ces maladies.

Faire travailler ensemble trois secteurs différents nécessite des moyens financiers importants. Qu’est-ce que l’OOAS envisage de faire pour aider les pays de la CEDEAO dans ce cadre ?

Oui, au-delà de l’OOAS, il s’agit d’abord de la CEDEAO. Vous savez bien qu’au niveau de la CEDEAO, c’est des commissaires qui sont chargés de l’élevage, de l’agriculture et de l’environnement, et nous avons l’organisation ouest africaine qui s’occupe de la santé. Donc, au niveau de la CEDEAO, nous allons faire travailler ces différents secteurs pour que, ensemble, nous puissions apporter une réponse unique à nos différents pays. Et au niveau des pays aussi, je pense que les Etats doivent se concerter davantage de façon à mettre les ressources au niveau des plateformes nationales.

D’autre part, au niveau de l’OOAS et de la CEDEAO en général, nous sommes en train de travailler avec un certain nombre de partenaires. Nous avons lancé un grand projet régional, un projet qu’on appelle REDISSE, qui est un projet d’appui à la surveillance épidémiologique et de contrôle des maladies. Il s’agit non seulement des maladies humaines, mais aussi des maladies animales, et ce projet va davantage renforcer l’approche ‘’One health’’ (‘’Une seule santé’’) au niveau de nos Etats. Nous avons d’autres partenaires. Il y a la France qui vient de se positionner, l’Allemagne qui apporte un important soutien financier, il y a le Gouvernement américain, il y a le Japon, il y a l’Union Européenne et nous avons la BAD, la BID qui se positionnement également. Donc, il s’agit pour nous de nous organiser. D’abord de compter sur nos propres moyens, ensuite de faire appel à ces partenaires pour nous appuyer dans cet effort collectif d’amélioration de la santé de nos populations.

 

Vous avez parlé tantôt de la fièvre de la vallée du Rift au Niger. Peut-on en savoir plus ?

Je sais qu’au départ, quand cette maladie est arrivée, on ne savait pas exactement de quelle maladie il s’agissait. Ce qui montre, encore une fois, le déficit de diagnostic qu’il y a dans nos différents Etats. En termes de laboratoire, il a fallu prélever des échantillons et les envoyer au niveau des autres pays, notamment la France, pour les confirmations. Donc, cela donne déjà une idée de la nature des problèmes que nous avons dans notre région et au niveau de certains pays. C’est une maladie meurtrière qui a fait beaucoup de dégâts et je sais qu’au niveau des autorités du Niger, des efforts importants ont été faits pour juguler cette épidémie avec l’appui des partenaires techniques et financiers.

Je sais également qu’une surveillance plus renforcée a été mise en place au niveau de la région de Tahoua et de la préfecture de Tchintabaraden. Donc, les actions au quotidien sont en train d’être menées. Mais encore une fois, ces maladies viennent nous montrer la faiblesse de nos systèmes de santé en termes de diagnostic, mais elles montrent également qu’au niveau de la région, nous devons être encore plus solidaires entre les Etats ; parce qu’il y a une frontière avec le Mali par exemple, la maladie peut toucher d’un moment à l’autre, ou toucher un autre pays. Nous savons qu’une maladie comme celle-là, lorsqu’elle touche un seul pays, un seul district, elle devient rapidement un problème de santé publique à caractère régional et même mondial.

Conduit par Idé Fatouma, envoyée spéciale(onep)

15 novembre 2016
Source : http://lesahel.org/

Dernière modification le dimanche, 27 novembre 2016 22:17

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