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dimanche, 27 novembre 2016 06:34

Interview de M. Khamed Abdoulaye, Directeur général de l’IFTIC

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Khamed Abdoulaye DG IFTICMonsieur le directeur général, l’IFTIC est la principale école de formation en journalisme et en communication de notre pays. Pouvez-vous nous présenter votre établissement et son évolution de sa création à nos jours, ainsi que les filières de formation?

Je dois préciser tout de suite que l’Institut de Formation aux Techniques de l’Information et de la Communication (IFTIC) a été créé comme Etablissement Public à caractère Administratif (EPA) en 1989. A l’origine, c’était le Centre de Formation aux Techniques de l’Information (CFTI) qui, lui, a été créé en tant que centre de formation ayant aussi en charge de donner pratiquement la même formation que nous. Les statuts de l’IFTIC, qui datent de 1989 et qui ont été modifiés le 6 juillet 2012, stipulent que l’Institut est érigé en EPA qui bénéficie d’une personnalité morale et d’une autonomie financière. Notre raison d’être et notre mission, c’est la formation avant emploi des personnels des médias publics, parapublics et privés, nationaux et étrangers; et après emploi, il s’agit de participer au recyclage, au perfectionnement, à la production audio-visuelle et à l’encadrement des mêmes effectifs.

 

La seconde mission de l’établissement, c’est de participer au processus d’élaboration des grilles de programme des médias publics et privés audiovisuels. Au-delà des grilles, nous pouvons participer à l’élaboration des outils d’enquêtes d’opinion de manière à réajuster les grilles des programmes et les émissions telles qu’elles sont diffusées. Nous avons également la possibilité de participer à l’élaboration des enquêtes en rapport avec le lectorat. Par exemple pour votre journal, nous avons la possibilité de participer à la conception d’un questionnaire qui va permettre aux lecteurs de dire ce qu’ils pensent par rapport à l’ensemble de vos publications. Je dois préciser que le statut qui nous régit actuellement, et qui date du 6 juillet 2012, intègre cinq innovations.

«Tout professeur vacataire étant forcément lié par un contrat, nous avons simplement demandé à ceux qui veulent continuer à collaborer avec l’institution de respecter notre régime des études, et de respecter ses dispositions»

La première innovation, c’est les Technologies de l’information et de la Communication. Je ne vous apprends rien en affirmant qu’on ne peut pas évoluer sans cela; on ne peut pas évoluer dans un vase clos. On a la possibilité, voire l’obligation, de nous ouvrir aux Nouvelles Technologies de l’Information. Et l’ensemble des 538 étudiants et élèves qui sont dans l’établissement, peu importe le niveau, peu importe la filière, sont tous concernés par les enseignements en informatique, en informatique de gestion, en informatique de maintenance de réseau. C’est donc une matière transversale qui concerne tout le monde. Tout comme l’éthique et la déontologie est une matière transversale qui concerne tout le monde. L’autre innovation majeure, c’est le profil des enseignants de l’IFTIC. Nous avons le Master, nous avons la Licence professionnelle, nous avons le niveau moyen. C’est pourquoi le statut détermine avec une très grande précision de quel diplôme et de quelle expérience on doit disposer pour pouvoir enseigner à l’IFTIC.

La troisième innovation, c’est que nous avons réussi à proposer un curricula qui intègre quatre filières, et cinquante huit matières, toutes professionnalisantes. Ce curricula détermine, avec une certaine précision, le cheminement des enseignements tels que nous devons les donner. Et c’est bien pourquoi ce même curricula, agréé et intégré désormais dans notre statut, agréé et intégré dans le régime des études de l’établissement depuis le 22 janvier 2014, précise comme cheminement des enseignements, que nous devons aller à la découverte des entreprises des médias. D’abord la super structure, c’est-à-dire le cadre légal qui abrite l’entreprise; puis la structure elle-même, l’organigramme, les différents organes de l’organigramme, les différents démembrements de l’organigramme. Ensuite, nous allons à l’intérieur de l’entreprise pour déterminer les corps de métiers qui appartiennent par exemple à l’entreprise, de presse écrite, d’audiovisuelle ou de radio tout simplement. C’est donc pourquoi la même loi, le même décret, détermine les corps de métiers auxquels nous destinons légalement les formations.

Le premier corps qui a été déterminé et dégagé, en nous conformant à l’article 12 de l’ordonnance 2010 du 4 juin 2010 qui porte sur la liberté de presse, qui détermine qui est journaliste professionnel, c’est un curricula qui dit précisément, quelle est la formation professionnelle qu’il convient de donner aux journalistes de la radiodiffusion, par exemple dans le domaine de la collecte, quelles sont les techniques de reportage pour opérer des reportages utiles, pertinents, et produire des éléments susceptibles d’être acceptés par les rédactions.

Et c’est bien pour cela que nous avons spécialisé les journalistes selon cinq axes: d’abord, nous formons au journalisme audio, exclusivement radio, audiovisuel, au journalisme d’agence, au journalisme de presse écrite, et au journalisme en ligne. Et pour toutes ces filières, il s’agit, tout en regardant la loi, de mettre l’accent sur les deux dimensions principales, c’est-à-dire la collecte et le traitement, avec en amont, les techniques d’exploitation des sources crédibles autorisées, et les techniques de couverture, les techniques de reportage, etc. Nous avons également prévu, dans le curriculum, la formation des producteurs-réalisateurs radio, audiovisuels, de presse écrite, en PAO, en infographie, en traitement de texte, en traitement d’image, en saisie et autres. Nous avons également envisagé des formations en cinéma ; la rédaction des synopsis, la rédaction des scenarii, et nous formons en techniques de conception et d’élaboration des magazines, des microprogrammes, des théâtres radiophoniques, des théâtres audiovisuels, des sketches, etc. Nous formons des techniciens de prise de vue, des techniciens de prise de son, des techniciens d’exploitation du matériel BF, des techniciens d’exploitation du matériel HF, des techniciens de maintenance, des techniciens en montage audio, vidéo et numérique. Cela fait huit sortes de techniciens que nous formons, huit sortes de producteurs et réalisateurs que nous formons, et cinq types de journalistes.

En plus de cela, nous formons en science de l’information documentaire, en archivistique, en biblio économie, et en documentation. Mais il nous manque une formation que nous avons l’obligation d’envisager, la formation destinée aux régisseurs d’antenne des radios et des télévisions. Faute de combattants, il n’ya pas eu de combat. Depuis les années 2008, aucun régisseur ne s’est présenté. Or, pour être inscrit dans cet établissement, il faut être admis au test qui est organisé au mois de septembre chaque année. Nous avons également prévu dans ce curricula des formations destinées aux bibliothécaires, des formations destinées exclusivement aux documentalistes au service des médiathèques, des médias, ou de quelque institution de l’Etat que ce soit. Voilà le spectre que nous réservons aux formations qui sont toutes professionnalisantes.

La troisième innovation qui est intégrée dans notre statut, c’est désormais l’obligation qui est faite à l’administration d’axer la gestion de l’établissement vers des résultats. Cela veut dire de passer à la gouvernance planifiée et conforme à la législation selon le système comptable SISCOA de la comptabilité publique de l’UEMOA.

La quatrième innovation qu’intègre ce statut-là, c’est une ouverture vers des universités extérieures en commençant par l’université de Niamey, c’est-à-dire en ouvrant des Masters, nous nous ouvrons vers la mise en œuvre et la mise en application du système LMD tel que mis en œuvre par la majorité des universités du monde. C’est pourquoi nous avions eu la possibilité au terme des textes de loi, d’ouvrir jusqu’à cinq Masters depuis 2011.

Monsieur le directeur général, quelle a été l’évolution de votre établissement en termes de gestion financière et des investissements ?

En termes d’évolution, en 2010 le budget de l’établissement tournait autour de 166 millions ; en 2011, il était de 322 millions ; en 2012 il était de 570 millions ; en 2013 ce même budget était de 673. 921.000 ; et aujourd’hui il est de 830 millions. Nous avons pu réaliser ceci avec la caution de la puissance publique à qui nous avions présenté notre outil de planification stratégique qui existe depuis 2011. Désormais, étant donné que nous avons une vision, étant donné que nous savons ce que nous voulons, étant donné que nous avons précisé, au franc près, nos besoins de financement pour le développement de la maison, nous avons présenté le dossier à l’Etat qui a participé à hauteur de 56% à la mise en œuvre de plan stratégique de développement. L’Etat du Niger a commencé à investir 197 millions pour l’exercice 2011-2012 sur fonds propres du Trésor, pour la construction d’un amphithéâtre de 270 places, pour l’acquisition d’un bus de 32 places et pour l’acquisition du matériel appuyant notre centre de production audiovisuelle. Parce que vous savez que l’IFTIC est aussi un centre de production audiovisuelle, c’est un centre également de production des œuvres de l’esprit. Au regard de ce plan stratégique, je disais que l’Etat a contribué à hauteur de 56%, l’IFTIC à hauteur de 33% et le reste a été assuré par les partenaires au développement, parce que l’institution IFTIC dispose de 94 partenaires ici et à l’extérieur. C’est eux qui nous ont aidés à mettre en œuvre à 100% notre plan stratégique de développement.

A la place de cet outil là, nous avons mis en place un autre qui va de 2016 à 2022. Et c’est toujours la même gouvernance axée sur les résultats. Sans tirer les draps sur nous, est-ce que tout le monde aurait pu réaliser ces mêmes résultats en fonction des dispositions qu’il aurait prises de manière anticipée? Le seul mérite que nous revendiquons, c’est d’avoir réussi à faire accepter à la puissance publique notre plan stratégique de développement, à avoir la caution des partenaires à qui nous avons expliqué dans quel sens nous allons, et à faire accepter à nos collaborateurs (les professeurs permanents, les administrateurs de l’institut) dans quel sens nous envisageons d’aller en fonction du statut qui nous régit. En 2010, il y avait 2 professeurs permanents qui étaient en charge de l’encadrement; et il y avait une soixantaine de professeurs vacataires.

Aujourd’hui, nous sommes au nombre 76 comme personnel permanent; 14 professeurs permanents; et les autres directeurs qui sont également chargés de dispenser des cours sont au nombre de 9. L’Etat et les partenaires au développement ont fortement contribué à la bonne santé financière de l’établissement. L’inspecteur d’Etat Banakoye nous a formés et nous a instruits en mettant en place un outil de comptabilité publique. Il nous a mis en rapport avec des professeurs de l’ENAM. Et depuis 2012, ce sont ces outils qui sont utilisés pour l’exercice de la comptabilité publique ici.

Au plan académique, en 2010, il y avait trois ordinaires dédiés à la formation; à la date d’aujourd’hui, nous avons 143 ordinateurs dédiés à la formation. Si vous faites la proportion d’élèves par ordinateurs, vous trouvez 1 ordinateur pour 4 élèves. En 2010, la proportion était de 1 ordinateur pour 103 étudiants. Ensuite, il y avait six salles de cours dont deux étaient climatisées ; aujourd’hui, les dix neuf salles de cours sont toutes climatisées. Et en 2010, il y avait 311 places assises pour accueillir les étudiants et les professeurs ; aujourd’hui, notre capacité d’accueil est de 915 places assises.   Donc, au plan académique, en plus d’avoir changé de curricula, nous nous sommes organisés pour créer des infrastructures et transformer ce cadre. En 2010, les étudiants étaient au nombre de 309, et aujourd’hui ils sont au nombre 538, et de plusieurs nationalités.

Justement, parlant des étudiants, Monsieur le Directeur général, quels types d’étudiants l’IFTIC accueille-t-il aujourd’hui?

Cette année, nous avons reçu 8 étudiants orientés par l’Etat du Niger, et 29 étudiants orientés par l’Etat du Tchad. Ces étudiants ne payent rigoureusement rien d’autre que les frais d’examen des dossiers qui sont de 10.000F ; et les frais d’inscription qui sont de 15.000F. Dans le cas de l’ORTN, par exemple, qui nous a envoyé 4 étudiants, c’est l’ORTN qui prend en charge leurs frais de scolarité et eux-mêmes prennent en charge leurs frais d’inscription. Pour les 29 étudiants tchadiens orientés par l’Etat, c’est l’Etat du Tchad qui prend en charge l’intégralité de leurs frais de scolarité et d’inscription. Le second type d’étudiants, et qui constitue 90% des effectifs, c’est ceux qui s’inscrivent à titre privé. Ils payent 10.000 F pour l’examen du dossier, 15.000F pour les frais d’inscription; les étudiants admis payent 330.000F pour le niveau supérieur ; 230.000F pour le niveau moyen ; 650.000F pour le Master 1 ; et 725.000F pour le Master 2.

Le troisième type d’étudiants, ce sont les professionnels qui sont autorisés par la maison qui les emploie à se présenter au test de l’IFTIC. Après leur admission, ils payent 10.000F pour l’examen du dossier, et 15.000F pour les frais d’inscription, les frais de scolarité étant pris en charge par leur structure. Le quatrième et dernier type d’étudiants, ce sont les médias privés qui sont supposés avoir deux possibilités. Une première possibilité en autorisant leurs agents à se présenter au test de l’IFTIC ; il leur est permis d’écrire une correspondance pour qu’on consente une réduction à leurs agents qui veulent se spécialiser chez nous. Et nous consentons une réduction de plus de 40%. La seconde dimension, c’est que l’IFTIC a toujours souhaité que si le média X décide de prendre en charge la formation de son élément comme le fait l’ONEP , l’IFTIC ou l’ORTN, nous sommes tout à fait disposés à consentir 50% de réduction pour aider non seulement le média, mais aussi l’étudiant à poursuivre son cursus normal.

Monsieur le Directeur général, il semble que certaines réformes que vous avez mises en œuvre font grincer les dents dans les rangs des enseignants vacataires de l’IFTIC. Quelle est la pertinence de ces réformes ?

Pour l’année académique 2016-2017, nous n’avons strictement signé aucun contrat avec un professeur vacataire qui soit en situation de pouvoir revendiquer d’être en grève. Parce que pour être en grève, il faut avoir déjà signé un document contractuel, il faut avoir commencé à travailler. Ceux qui revendiquent être en grève là sont peut-être en train de le faire dans le vide. En tout cas, pour trois filières, nous avons déjà signé des contrats : journalisme ; production–réalisation ; sciences techniques. Il y a une filière où nous n’avons pu signer qu’avec six personnes, c’est la filière Science de l’information documentaire. Ces personnes, tout comme ceux des autres filières, ont accepté les conditions qui sont précisées dans l’article 18 de notre régime des études, qui dit que tout professeur vacataire est lié par un contrat avec l’IFTIC.

Tout professeur vacataire étant forcement lié par un contrat, nous avons simplement demandé à ceux qui veulent continuer à collaborer avec l’institution de respecter notre régime des études, et de respecter ses dispositions. Et donc il y a un minimum à faire. Ce minimum c’est quoi ? Un, une demande de collaboration ; deux, si la demande est agréée- et actuellement on a 78 demandes -il y a le curriculum vitae qui nous permet de vérifier s’il remplit les conditions académiques pour donner les cours chez nous, et puis déposer le programme de formation qu’il va donner à travers des modules d’une durée de 20 heures chacun. C’est tout ce que nous demandons. Toute personne qui a rempli ces formalités dans ces trois filières, son contrat est signé, et il est déjà programmé et a commencé à donner ses cours.

Bien entendu, la personne qui n’est pas disposée à respecter cette procédure ne peut pas collaborer avec l’IFTIC. Parce qu’au terme de l’article 23 de notre statut, il est dit expressément que le directeur général de l’IFTIC est chargé d’assurer l’application des lois et des règlements qui régissent l’établissement. Ensuite, il est précisé que c’est ce même directeur général qui répond devant le Conseil d’Administration de tous les actes qu’il pose. Et il exerce son autorité sur le personnel enseignant, le personnel administratif, sur les étudiants, et sur les stagiaires. Et c’est à ce titre que j’ai demandé à certains collaborateurs, de la filière SID, de se conformer à la réglementation en vigueur. Six parmi eux l’ont fait, leurs contrats sont déjà signés ; d’autres n’ont pas voulu le faire. Pourquoi ne l’ont-ils pas voulu ? Je ne saurai me substituer à eux pour donner l’information.

Ce que je puis dire, c’est que j’ai rendu compte à ma hiérarchie, et ma hiérarchie, tout comme mon Conseil d’Administration, me soutiennent à 100% pour que les textes soient appliqués et pour que tout le monde respecte la réglementation en vigueur. Parce qu’on ne peut pas concevoir un seul instant de collaborer avec une institution d’Etat sans qu’on ait balisé les conditions de cette collaboration. Ici, c’est un EPA, c’est l’Etat ; vous voulez collaborer ? Faites une demande, il y a un contrat qui vous est proposé ; vous n’êtes pas obligé de le signer. Vous avez la possibilité de l’amender, de l’enrichir même, et vous avez la possibilité de dire non. Et personne ne peut vous obliger à signer. Et il a été dit quelque part, selon certaines rumeurs, qu’il y a grève des professeurs permanents. Au grand jamais, il n’y a eu de grève des professeurs permanents. Il y a des délégués du personnel qui se sont donnés le luxe, sans associer les quatre syndicats du secteur, de déposer un préavis de grève qui dit que si à la date du 18 novembre les gens ne sont pas payés…Les syndicats sont intervenus pour dire qu’étant donné qu’ils n’ont pas respecté les procédures, et qu’ils savent que ce sont des ordres de payement déposés au niveau du Trésor qui n’a aucun moyen pour l’instant de libérer ces salaires, pourquoi réclamer quelque chose que vous savez d’avance que vous ne pouvez avoir. Donc ils ont automatiquement levé le mot d’ordre.

Nous nous sommes organisés, nous qui sommes qualifiés quelque part d’agonisants, pour payer jusqu’à cinq (5) salaires sur fonds propres à nos effectifs. En attendant que le Trésor soit dans une situation meilleure qui puisse lui permettre de reverser les salaires pour que les uns et les autres soient désintéressés, ceux qui ont bien voulu nous accompagner pour payer notre personnel. Au moment où je suis en train de vous parler, personne n’a aucun arriéré chez nous. Personne !

Réalisée par Oumarou Moussa(onep)

25 novembre 2016
Source : http://lesahel.org/

Dernière modification le dimanche, 27 novembre 2016 22:15

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