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Entretien avec Mme Gozé Maimouna Gazibo, Directrice générale de l'Agence Nationale de Lutte contre la Traite des Personnes et le Trafic Illicite de Migrants (ANLTP/TIM) :

Gazibo Maimouna InterviewL’Agence Nationale de Lutte contre la Traite des Personnes et le Trafic Illicite de Migrants (ANLTP/TIM) travaille depuis 2012 pour promouvoir et protéger les droits de l’homme au Niger. Quelles sont les avancées que vous avez réalisées depuis votre installation?

Depuis 2012, le Niger s’est penché sur les questions de la traite de personne et du trafic illicite de migrants. Le Ministère de la Justice, après l’adoption de l’ordonnance 2010-086 relative à la lutte contre la traite des personnes et ses deux décrets d’application, avait initié une vaste campagne de sensibilisation à travers la diffusion sur les ondes télé et radio d’un sketch sur les différentes formes de traite des personnes rencontrées dans notre pays. L’ANLTP s’y est mise en organisant, de façon informelle, la commémoration d’une journée de mobilisation contre la traite des personnes chaque 28 septembre.

En 2015, le gouvernement a finalement institué par le décret n°2015-182/PRN/MJ du 10 avril 2015, la journée du 28 septembre comme journée nationale de mobilisation contre la traite des personnes. Au cours de cette journée, des activités de sensibilisation et d’échange sont organisées autour des problématiques qui font souvent l’objet de tabou dans notre société. Des conférences-débats publiques sont animées dans les Universités (Niamey, Tahoua et Zinder) et les grandes écoles à Niamey.

« Nous comptons sur les différents bureaux régionaux pour que la lutte contre la traite des personnes et le trafic illicite de migrants soit une priorité pour les acteurs de la chaine pénale au Niger»

Nous pouvons affirmer qu’aujourd’hui, le débat se fait sur les questions de traite des personnes et du trafic illicite de migrants, même si nous continuons encore les campagnes de sensibilisation et de vulgarisation de la loi. A titre illustratif, entre 2013 et 2017, l’Agence a animé vingt (20) sessions de renforcement des capacités avec en moyenne trente(30) participants par session au profit des acteurs de la chaine pénale (magistrats et FDS), des acteurs de la société civile, les membres de la CNLTP et ANLTP/TIM, les chefs traditionnels, les transporteurs commerciaux et les journalistes.

En 2015, nous avons fait le lobbying à travers deux (2) séances d’information parlementaire qui ont abouti à l’adoption par l’Assemblée nationale de la loi n°2015-36 du 26 mai 2015 relative au trafic illicite de migrants, permettant ainsi à notre pays d’être le premier de la sous-région à disposer d’une loi réprimant le trafic illicite de migrants.

L’ordonnance n°2010-86 du 16 décembre 2010 a fait l’objet d’une révision pour prendre en compte les lacunes relevées au cours de nos travaux avec les points focaux et les autres spécialistes de l’application de la loi. Un décret portant création d’un fonds d’indemnisation des victimes est dans le circuit d’adoption.

Nous avons pu aussi rendre opérationnel six (06) bureaux régionaux de l’ANLTP/TIM pour élargir notre champ d’action, l’objectif étant d’être plus proches des juridictions et des citoyens. A Zinder, un centre d’accueil pour victimes, don de l’OIM,   a été réceptionné par l’ANLTP depuis le 28 septembre 2016.

Pour rendre plus efficace votre mission de terrain des bureaux régionaux ont été installé à Zinder, Tillabéry, Agadez Niamey, Arlit et Tahoua. Pourquoi le choix de ces six (06) localités ? Et comment vont fonctionner ces bureaux régionaux?

Il s’agit d’un choix rationnel, sachant que ces localités sont les plus exposées au phénomène de la migration, surtout irrégulière, car connues pour être des zones où on trouve des potentiels candidats au trafic illicite de migrants et de la traite des personnes. Nous avons également enregistré entre 2014 et 2015 au niveau des juridictions de ces localités le plus grand nombre de dossiers de poursuite. Ces bureaux régionaux sont des cellules de conseil animées par des Magistrats nommés par arrêté du Ministre en charge de la Justice. Ils représenteront l’ANLTP/TIM au niveau régional dans les rencontres avec les autorités administratives et coutumières.

Récemment, il y a eu le lancement officiel du bureau de Zinder par le Gouverneur de la Région, quelle sont ses missions ?

Les bureaux régionaux sont des cellules de conseil animées par des magistrats nommés par arrêté du ministre de la Justice Garde des Sceaux. Ils représenteront l’ANLTP/TIM au niveau régional et serviront d’interlocuteurs entre l’ANLTP/TIM et ses différents partenaires dans le ressort de chaque juridiction. Ils seront également les relais de l’ANLTP/TIM pour la mise en œuvre du Plan d’actions national de lutte contre la traite des personnes. Chaque bureau sera en charge des questions de traite de personne et de trafic illicite de migrants au niveau du ressort du TGI de la localité.

C’est donc avec beaucoup de satisfaction que l’ANLTP/TIM a suivi le mercredi 28 juin 2017, le lancement officiel du bureau régional de Zinder par le gouverneur en présence des autorités administratives et coutumières que nous remercions chaleureusement.

Egalement, c’est l’occasion de féliciter le Procureur de la République de Zinder, Chaibou Moussa, pour l’organisation de la cérémonie de lancement. Le jeudi 20 juillet 2017, nous lancerons bientôt le démarrage des activités du bureau Régional de Niamey.

A quand l’installation des autres bureaux régionaux notamment Dosso, Maradi, Diffa et Birni N’konni?

Pour ce qui est des autres bureaux, l’installation se fera progressivement en fonction de nos programmations annuelles et les opportunités qui s’offriront à nous. En plus des bureaux régionaux, il y a les bureaux départementaux et communaux qui doivent être aussi installés afin de permettre à l’Agence de couvrir l’ensemble du territoire et d’être très disponible pour les juridictions.

L’Union Européenne est un partenaire de L’ANLTP /TIM. Quel est l’appréciation que vous faites de ce partenariat?

L’Union Européenne est un partenaire de premier ordre pour l’Etat du Niger dans tous les domaines et, pour l’Agence, un partenaire de choix. Car nous recevons beaucoup d’appuis directs ou indirects de la part de l’UE. Nous avons bénéficié d’une subvention qui nous a permis justement de rendre opérationnels les différents bureaux. Mais nous recevons également d’autres appuis des partenaires tels que la Mission Eucap Sahel, qui nous accompagne dans la lutte contre le trafic illicite de migrants, l’ICMPD, le BIT, et nous sommes en discussions avec le HCR, l’OIM et l’ONUDC pour des projets identifiés mais pas encore mis en œuvre.

Quelles sont vos attentes avec l’installation de ces bureaux régionaux?

Nous attendons à ce que ces bureaux régionaux fassent de la formation, de la sensibilisation et de la collecte de données au niveau régional. C’est un défi nouveau pour l’ANLTP/TIM car nous sommes la première agence au niveau régional à charger un Magistrat au niveau de chaque Tribunal de Grande Instance du Niger et, exceptionnellement les Tribunaux d’Instance d’Arlit et de Birni N’konni, pour s’occuper exclusivement des questions de traite de personnes et de trafic illicite des migrants. Nous comptons sur les différents bureaux régionaux pour que la lutte contre la traite des personnes et le trafic illicite de migrants soit une priorité pour les acteurs de la chaine pénale au Niger.

Réalisé par Assane Soumana(onep)

13 juillet 2017
Source : http://lesahel.org/

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