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Interview / Issoufou Issaka : " Quand le pouvoir use et abuse de la violation de la constitution et des lois pour embastiller les militants de l'opposition, les acteurs de la société civile et les journalistes,...

Issoufou Issaka : " Quand le pouvoir use et abuse de la violation de la constitution et des lois pour embastiller les militants de l'opposition, les acteurs de la société civile et les journalistes, l'opposition inscrit ses actions dans la légalité. C'est peut-être cette posture qui fait dire à certains que l'opposition a démissionné. "Monsieur ISSOUFOU Issaka est actuellement président du groupe parlementaire ZamZam Lumana africa-Hankuri. Il fut ministre de l'Hydraulique et de l'Environnement sous le premier mandat du Président Issoufou pendant que son parti le MODEN FA était en alliance avec le PNDS-Tarayya. Issoufou Issaka fait partie de ceux qui n'ont pas hésité à suivre le mot d'ordre de leur parti pour quitter les délices du pouvoir en faisant le choix de la précarité de l'opposition. En fait, l'homme se veut un valeureux politicien. Il n'a pas choisi la politique pour des raisons alimentaires. Issaka, pour l'appeler par son prénom est un homme de conviction. Intellectuel de bonne facture, il est marié à une femme et père de trois charmants enfants, deux filles et un garçon. L'Ingénieur Général des Travaux Publics et Mines qu'il est titulaire d'un Bac Série C (mathématiques et sciences Physiques) obtenu au lycée Issa Korombé de Niamey en 1984. Il fut ses preuves à l'Ecole Polytechnique de Thiès au Sénégal et à l'Institut de Géophysique de l'Université de Lausanne en Suisse. Sur le plan politique, Issoufou Issaka est un libéral qui croit profondément aux vertus de la démocratie et les valeurs de la société Nigérienne. Il a débuté ses premiers pas en politique au sein du MNSD- NASSARA avant de regagner le MODEN-FA LUMANA AFRICA dont il a activement participé à la création. C'est donc cet homme que L'Eclosion a rencontré pour vous à la veille de la clôture de la session extraordinaire du parlement. De son emprisonnement à la veille des élections de 2016 à son élection à la présidence de son groupe parlementaire en passant par le vote du projet de loi portant Code électoral et les questions internes au MODEN FA Lumana africa, nous avons échangé à bâtons rompus avec Issoufou Issaka ....

" Quand le pouvoir use et abuse de la violation de la constitution et des lois pour embastiller les militants de l'opposition, les acteurs de la société civile et les journalistes, l'opposition inscrit ses actions dans la légalité. C'est peut-être cette posture qui fait dire à certains que l'opposition a démissionné. "

   " Quand le pouvoir use et abuse de la violation de la constitution et des lois pour embastiller les militants de l'opposition, les acteurs de la société civile et les journalistes, l'opposition inscrit ses actions dans la légalité. C'est peut-être cette posture qui fait dire à certains que l'opposition a démissionné. "

L'Éclosion : Monsieur le Président bonsoir et merci de nous recevoir ! Vous venez de sortir de prison après plusieurs mois de détention et vous êtes déjà Président du Groupe Parlementaire de votre Parti, est- ce à dire que vous avez repris le cours normal de votre vie, surtout comment avez-vous vécu ces moments de prison et de liberté ?
Issoufou Issaka :
j'ai été enlevé de chez moi, le 25 Décembre 2015, par des éléments armés et cagoulés de la Direction Générale de la Documentation et de la Sureté de l'Etat (DGDSE), structure directement rattachée au Chef de l'Etat Mahamadou Issoufou, séquestré dans les locaux de la représentation régionale de Niamey de cette Direction sous la responsabilité du capitaine de gendarmerie Mamoudou Abdou Maiga du 25 Décembre 2015 au 11 janvier 2016, puis à la légion de gendarmerie de Niamey sous le commandement du lieutenant- colonel Hamidou Idé, du 11 au 27 janvier 2016, avant d'être mis sous mandat dépôt à la prison civile de Birni N'Gaouré par le juge d'instruction près du tribunal militaire Monsieur Akiné Aly.
Par la graâce d'Allah, le Seul Puissant, j'ai recouvré la liberté le 24 mars 2017 après 15 mois suite à un non-lieu prononcé en notre faveur mes camarades d'infortune et moi.
Cet aboutissement n'est pas surprenant car tout le monde savait qu'il s'agit d'un complot conçu par les thuriféraires du régime pour usurper le pouvoir. On s'y attendait d'ailleurs car dans une interview, en réponse à Laurent BIGOT qui a parlé de faux coup d'État, le Sieur Bazoum Mohamed au lieu de réfuter ces propos s'est simplement contenté de dire que " tout n'est pas faux dans cette affaire ".
C'est dire que je suis resté serein durant ma longue détention conforté que tôt ou tard la vérité jaillira.
La moralité dans cette honteuse affaire, c'est la cruauté de l'être humain qui peut s'exercer gratuitement alors que même les fauves n'agressent que quand elles sont affamées.
Toutefois il va sans dire que mes enfants, ma famille pour être court, ma grande famille politique, les parents, amis et connaissances m'ont beaucoup manqué. Bien qu'étant détenu, j'ai été élu député haut les mains contrairement à d'autres qui pour l'être ont toujours sollicité le soutien de leurs alliés. Mon Parti et les députés m'ont fait l'honneur d'occuper la troisième vice- présidence alors que j'étais en détention puis la présidence du groupe parlementaire lors du renouvellement des instances de l'Assemblée Nationale de mars 2017.
Je tiens à remercier très sincèrement tous ceux qui m'ont témoigné leur soutien durant ces durs moments.

Lors du vote de la loi organique portant Code électoral vous avez quitté l'hémicycle, pourquoi ?
Le projet de Code électoral a été élaboré par un comité mis en place, en catimini, par le ministre en charge de l'Intérieur puis endossé par un prétendu Conseil National de Dialogue Politique (CNDP) sans la participation des partis politiques de l'opposition et des partis politiques non affiliés. Il est donc normal que le groupe parlementaire de l'opposition que nous constituons ne participe pas aux débats et au vote de ce projet de loi.
Le gouvernement, du moins le PNDS sinon le Chef de l'État, a voulu à travers la relecture du code électoral cristalliser dans un cadre légal les triturations et autres actes abjectes dont il a fait usage pour usurper le pouvoir lors des élections de 2016. Il s'agit, à côté des ajustements indispensables des délais, de mettre la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) et l'ensemble du dispositif électoral sous coupe réglée, d'introduire une clause anticonstitutionnelle inique notamment la condamnation par contumace pour priver le Président Hama Amadou de ses droits civiques et de permettre le nomadisme de leurs militants de l'Assemblée Nationale au Gouvernement et vice-versa.
Fort heureusement la posture adoptée par notre Groupe Parlementaire, assortie du point de presse que nous avons animé, a alerté l'opinion nationale et internationale sur les risques évidents de dérives graves que le régime fait courir à notre pays. Il vous souviendra de la réaction de certains partis de la majorité, et pas des moindres, qui ont constitué à côté de l'opposition le rempart qui a freiné les intentions malveillantes du PNDS.
La Cour Constitutionnelle a, pour une fois parce qu'elle ne pouvait faire autrement, rejeté les douze articles qui ont pu passer les mailles du filet à coup d'intimidation de toutes sortes des parlementaires.
Finalement s'agissant de cette révision, on peut dire que la montagne a accouché d'une souris. Tant d'énergies et de ressources mobilisées pour aboutir à ce code électoral qui n'intègre pas l'essentiel des objectifs poursuivis. Entretemps la cohésion sociale et le CNDP, cadre de dialogue politique qui faisait la fierté des nigériens parce que cité comme exemple dans la sous- région, ont été sacrifiés. Le Gouvernement assumera l'entière responsabilité.
Pour faire court, notre posture s'agissant du code électoral reste inchangée. Durant cette deuxième session extraordinaire le Groupe Parlementaire ZamZam Lumana Africa-Hankuri n'a pas participé aux débats et au vote de ce projet de loi organique.

A l'ouverture de la présente session extraordinaire jeudi 20 juillet dernier, certains députés de votre groupe parlementaire commencent déjà à crier au scandale. Que reprochez-vous encore à ce texte ?
Je n'ai pas souvenance de députés de l'opposition qui crient au scandale. De scandale, ce sont plutôt des députés de la majorité qui en parlent parce qu'ils digèrent péniblement le rejet de certains articles par la Cour Constitutionnelle.
Je les comprends en ce sens que le rejet de certains articles notamment les articles 90, 129, 140 et 157, dénote une incompétence notoire et un amateurisme inquiétant de tous ceux qui ont agi dans la chaine d'élaboration de ce projet de loi c'est-à-dire le Comité technique, le CNDP maison, le Secrétariat Général du Gouvernement, le Gouvernement même à travers les conseils de cabinet et des ministres, le Secrétariat Général de l'Assemblée nationale et les députés de la majorité. S'agissant de ces articles, tout homme sensé par simple addition remarquerait que les délais prévus dépassent largement les exigences de l'article 59,alinéas1 et 2dela Constitution.
S'agissant de l'article 8, certains députés de la majorité ne comprennent pas cet acharnement ultra-obsessionnel contre Son Excellence Hama Amadou.
Toutefois, il y a lieu de féliciter le Président de l'Assemblée Nationale qui, dans son discours d'ouverture de la session extraordinaire, a appelé les uns et les autres surtout les animateurs du régime au respect des décisions de justice avant d'espérer que de cette session sortira, cette fois ci, un code électoral débarrassé de toutes ces insuffisances.

On dit de l'opposition qu'elle a démissionné, c'est aussi valable pour son groupe parlementaire. Pourquoi renoncez-vous à votre rôle constitutionnel de contre- pouvoir ?
L'opposition en général et l'opposition parlementaire en particulier n'ont pas démissionné. J'ai comme l'impression que certains de nos compatriotes, au regard du comportement anti républicain et anti démocratique des tenants du pouvoir, veulent que nous adoptions le même comportement.
Non, l'opposition politique est et reste constamment fidèle aux lois et règlements de la République, seul gage de promotion du cadre démocratique et de la bonne gouvernance dans notre pays.
Quand le pouvoir use et abuse de la violation de la constitution et des lois pour embastiller les militants de l'opposition, les acteurs de la société civile et les journalistes, l'opposition inscrit ses actions dans la légalité. C'est peut- être cette posture qui fait dire à certains que l'opposition a démissionné.
Pour ma part, je pense que rien de durable ne peut se concevoir dans la terreur, la félonie, l'instauration de la pensée unique, le piétinement des fondements de la République.

Certains disent que le Président Hama Amadou est sur le point de revenir au bercail. Qu'en savez-vous ?
Le président Hama Amadou n'a pas un autre pays, une autre nation à part le Niger. Il est en France pour des soins de santé et dès que les circonstances le permettent il regagnera son pays.

Le code pétrolier est soumis à l'appréciation des députés que vous êtes. Que propose ce texte pour le bien du Niger ?
Alors que les animateurs de l'opposition de l'époque prétendaient, malgré qu'ils soient pour certains de formation géologues ou assimilés, que notre sous-sol ne renferme pas de pétrole, le Gouvernement de la cinquième République a fait du Niger un pays pétrolier.
Le projet de loi portant Code pétrolier soumis à la Représentation nationale se propose de pallier certaines insuffisances de la loi n°2007-61 du 31 janvier 2007, portant Code Pétrolier pour la rendre plus incitative s'agissant des opérations pétrolières.
Ainsi, il est prévu la simplification des procédures d'exonération des droits de douanes et l'uniformisation des autorisations pour permettre l'exploitation de gisements objets d'autorisations distinctes.
Les autres avantages pour notre pays concernent l'obligation faite à tout requérant d'accélérer les opérations pétrolières sur le terrain, le renforcement du contrôle de l'Administration et la mise en œuvre de mesures d'atténuation des impacts négatifs sur l'environnement.

Il est dit çà et là qu'il y a une crise au MODEN FA LUMANA AFRICA, notamment, entre vous et Monsieur Soumana Sanda. Pourquoi vous ne vous entendez pas ? Voulez-vous déjà remplacer Hama Amadou ?
Quant à moi je vous réponds ici que ceux qui pensent qu'il y a une crise au sein de notre formation politique se détrompent, qu'ils se réveillent de leur sommeil cauchemardesque pour constater la réalité des choses. Le Moden FA Lumana Africa est bâti sur un roc, ce qui lui permet d'être à l'abri des intempéries les plus prononcées.
Les oiseaux de mauvais augure perdent inutilement de leurs temps et de leurs énergies à s'imaginer une mésentente entre deux responsables politiques que tout, absolument tout, rapproche.
La machine de la renaissance à fabriquer des rumeurs pense-t- elle, à partir de manœuvres aussi basses que puériles, nous influencer. Quand on sort la tête haute d'une accusation gravissime de la part du magistrat suprême en personne d'une tentative double de coup d'état et d'assassinat du Chef de l'État, plus rien ne peut vous faire frémir. Mon frère l'honorable Soumana Sanda, Président Régional de Niamey et moi-même Issoufou Issaka, Président Régional de Tillabéry, sommes un et indivisible. Indépendamment de notre vision politique partagée, nous vouons au Président National du Parti, Son Excellence Monsieur Hama Amadou, une fidélité sans borne.

Monsieur le Président, merci !

06 août 2017
Source : L'Eclosion

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