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Interview du président de la Commission Défense et Sécurité de l’Assemblée nationale, l’Honorable Hamma Assah : « La hausse du budget défense et sécurité se justifie ... parce que justement, il n’y a pas de développement sans sécurité »

Interview du président de la Commission Défense et Sécurité de l’Assemblée nationale, l’Honorable Hamma Assah : « La hausse du budget défense et sécurité se justifie ... parce que justement, il n’y a pas de développement sans sécurité »Honorable, vous êtes président de la commission Défense et Sécurité de l’Assemblée nationale, pouvez-vous brièvement dire à nos lecteurs quel est le rôle de cette Commission ?

Merci au journal Sahel Dimanche pour cette opportunité qu’il nous offre pour parler de la Commission de la Défense et de la Sécurité. Disons d’entrée de jeu que, selon le règlement intérieur de l’Assemblée nationale en son article 30, la Commission de la Défense et de la Sécurité est compétente en ce qui concerne l’organisation générale de la défense et de la sécurité ; la politique de coopération en matière de défense ; le régime de l’état d’urgence et de l’état de siège ; le statut du personnel militaire, des forces de sécurité publique et assimilés ; la suggestion imposée dans l’intérêt de la défense nationale et de la sécurité publique aux citoyens en leur personne et en leurs biens (il s’agit ici de la réquisition en cas de besoin) ; la loi de programmation et de plan militaire ; le service national, le service militaire ; la justice militaire.

Tous ces éléments sont couverts par le champ des compétences de la Commission de la défense et de la sécurité. En clair, cette commission a la charge de veiller au fonctionnement des ministères en charge de la Défense nationale et de la sécurité. Elle a donc un droit de regard sur les procédures des services des FAN, de la Gendarmerie nationale, de la Garde Nationale et de la Police nationale.

Le domaine de la sécurité est un secteur très fermé ; est-ce à dire que le gouvernement vous permet d’exercer pleinement les prérogatives que vous confèrent les textes, notamment en termes de contrôle des dépenses allouées au secteur, en termes de respect des droits humains dans le cadre des opérations de terrain des FDS ?

En effet, la Commission n’hésite pas un seul instant, dans la conduite de ses missions en ce qui concerne le contrôle de l’action gouvernementale et relativement à l’exercice de toutes ses prérogatives sur les ministères concernés. Il n’y a aucune opacité dans l’exercice de nos missions, il n’y a aucune entrave de la part des responsables exécutifs. Les Ministères en charge de la Défense et de la Sécurité nous laissent libre cours pour exécuter nos missions telles que définies par le règlement intérieur de l’Assemblée nationale en son article 30 qui nous permet de saisir tout responsable, soit par audition, soit par interpellation ou par lettre écrite, en vue de prendre exactement connaissance du fonctionnement des ministères concernés du sommet jusqu’à la base.

Depuis plusieurs années, le budget de la défense ne cesse d’augmenter, influant ainsi sur ceux des secteurs sociaux : qu’est-ce que la commission Défense fait pour limiter ce déséquilibre ?

Je crois qu’il faut tenir compte de la situation actuelle du pays, notamment au plan sécuritaire. Tout le monde sait que notre pays évolue dans une région en proie à une insécurité grandissante avec des menaces terroristes de tous côtés. Au début de ces menaces, le budget alloué à la défense et à la sécurité était de 10%. Il est passé à 15% et actuellement il est prévu 17,56% dans la loi des Finances 2018. Cette hausse sur le budget de la défense et la sécurité se justifie par la volonté du gouvernement de mettre les moyens pour assurer la défense parce que justement, il n’y a pas de développement sans sécurité.

Il est évident qu’il faut des moyens conséquents et des actions d’envergure pour contrecarrer les ennemis et les menaces qui viennent aussi bien de l’Est avec Boko Haram, du Nord avec la situation en Libye et de l’Ouest avec tous les groupes djihadistes et narcotrafiquants qui pullulent au nord Mali. Le Niger a près de 5.650 km de frontières poreuses, ce qui complique la tâche à nos forces de défense et de sécurité qui ont à combattre, à la fois, des groupes terroristes et intégristes religieux, des trafiquants de drogue, d’armes et même d’êtres humains. Mais les moyens (aériens, terrestres) acquis ces dernières années permettent à notre pays de garder la maîtrise de la situation.

Mais, je tiens à préciser que les secteurs sociaux ne sont pas pour autant délaissés. L’agriculture et l’élevage prennent près de 18% du budget général de l’Etat. Il y a aussi l’éducation, la santé, l’hydraulique et l’environnement. Tous ces secteurs ne sont pas abandonnés. L’Etat veille à ce qu’il y ait une harmonie sur le plan socioéconomique malgré les importants moyens orientés vers la sécurité. Ce qui est, du reste, compréhensible parce que, s’il n’y a pas de sécurité, il n’y aura ni production, ni école, ni rencontres économiques, etc.

Au vu de l’étendue des menaces, pensez-vous que ces moyens sont suffisants pour y faire face ?

Il est clair qu’au regard de l’étendue des menaces et de leur nature, on ne peut pas dire que les moyens suffisent, mais l’Etat fait des efforts tout en ayant à l’esprit de garder l’équilibre avec les autres secteurs. Maintenant, il faut aussi jouer sur la volonté des hommes. Comme c’est une guerre asymétrique, il faudrait que nos frères, nos enfants qui sont sur les fronts se disent qu’il s’agit d’une guerre asymétrique. Quels que soient les moyens que l’on met, on peut toujours être surpris par l’ennemi.

D’autre part, il y a la population qui doit collaborer avec les Forces de défense et de sécurité, parce qu’en plus des moyens, les FDS ont besoin de renseignements. C’est dire que cette guerre concerne tous les Nigériens. C’est pourquoi, les populations qui sont directement exposées (aux frontières du Mali et du Burkina, dans le bassin du Lac Tchad) doivent aider les FDS en collaborant avec elles et en leur donnant des renseignements.

Justement, dans le cadre de cette guerre contre le terrorisme, nous avons des éléments des armées étrangères sur notre territoire : comment appréciez-vous cet état de fait ?

Ce que nous devrons comprendre en tant que Nigériens, c’est que, comme le dit un adage ‘’lorsqu’on vous aide à vous laver le dos, il faut que vous vous laviez votre ventre’’. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que les éléments des armées étrangères qui sont là ne doivent pas aller directement sur le front. Cette guerre concerne d’abord les Nigériens. Ce ne sont pas les Américains, les Français, les Canadiens ou autres pays qui vont faire le combat à notre place. Ils nous apportent des appuis logistiques et techniques, puisque la nature de cette guerre non-conventionnelle l’exige. Ces armées ont la technologie que nous n’avons pas. Nous avons besoin de l’appui de ces armées surtout en matière de formation, de renseignement et d’équipement. Chacun doit jouer sa partition. Nous souhaitons que cet appui soit un appui conséquent, un appui réel.

Certaines régions du pays vivent sous état d’urgence depuis plus de deux ans : qu’est ce que la Commission fait pour soulager les populations de ces zones ?

L’état d’urgence dure en effet depuis plus de deux ans surtout dans la région de Diffa. Il est évident que cette situation implique un certain nombre de restrictions pour les populations. Mais c’est la nécessité qui l’exige. Cette nécessité est constitutionnelle ; elle découle de l’article 58 de notre Constitution et de l’article 30 du règlement intérieur de l’Assemblée nationale. Nous savons et nous en sommes pleinement conscients que quand il y a état d’urgence, les libertés sont limitées, que les activités socioéconomiques sont amoindries. Mais la situation fait que l’Etat n’a pas d’autres moyens pour assurer la sécurité publique, la sécurité des personnes et des biens, tant que l’état d’urgence n’est pas appliqué.

Pour le moment, nous voyons et disons que la situation commence à se stabiliser, cela grâce à l’effort des pays, notamment le Tchad, le Nigeria et le Niger, qui ont décidé d’intervenir ensemble dans la zone d’ancrage des menaces. Ce qui veut dire que les activités socioéconomiques doivent normalement reprendre et que petit à petit l’état d’urgence pourrait être atténué ou même levé. Tout le monde sait que Diffa est une zone de production notamment de poivron et une zone de pêche.

Malheureusement, la situation a fait que beaucoup de paysans ont quitté leurs villages et se sont retrouvés sur d’autres terroirs où ils sont considérés comme des réfugiés ou des déplacés. L’activité économique est nettement stoppée et il faut nécessairement qu’elle reprenne, mais avec une certaine sécurité relative. Nous pensons que cela peut avoir un impact positif dans le sens de l’allègement de cet état d’urgence qui a duré plus de deux ans. Pour ceux qui sont habitués à produire, c’est un manque à gagner important non seulement pour les populations, mais aussi pour l’économie de la région et du pays.

Avez-vous des partenaires qui vous accompagnent notamment en matière de renforcement de capacité pour le contrôle et la gouvernance du secteur de la sécurité ?

Notre principal partenaire, c’est d’abord l’Assemblée nationale, mais nous sommes aussi appuyés par d’autres partenaires étrangers notamment dans le cadre de la formation. Cela parce que les préoccupations sécuritaires actuelles concernent non seulement la sous région du Sahel, la région et même le monde entier. Tout récemment, nous avons bénéficié d’une formation de six (6) jours organisée par DCAF –Suisse, dans le cadre du contrôle de l’action gouvernementale. Ce qui nous a d’ailleurs permis de préparer un programme pour la période 2017-2021 dans le domaine de la sécurité, du contrôle de l’action gouvernementale et des missions à l’intérieur et à l’extérieur.

La Loi des Finances actuellement en examen devant le parlement suscite déjà des agitations au sein de l’opinion avec notamment la manifestation de la société civile qui a dégénéré le 29 octobre dernier. Quel commentaire cela vous suscite en tant que parlementaire ?

Pour moi, l’homme est au centre de nos préoccupations. L’Assemblée nationale est le haut lieu de la parole au service de l’intérêt public. Elle est le cœur du débat démocratique. La loi des finances en examen suscite des commentaires parce que dès au début, l’exécutif, c’est-à-dire le gouvernement, aurait dû approcher les leaders et certains responsables de la société d’une manière générale, pour leur dire son intention et leur demander ce qu’ils en pensent. Ils auraient dû être sensibilisés pour éviter toutes ces rumeurs et la désinformation sur cette loi des finances. On a mis du temps à rattraper cette désinformation et nous avons assisté à une situation déplorable le 29 octobre dernier.

En tant que députés, nous pensons que l’impôt est une souveraineté reconnue à tout Etat et partout dans le monde. Sans impôt, il n’y a pas d’Etat et on ne peut rien attendre de l’Etat. Seulement, lorsqu’il s’agit de nouvelles taxes ou de réajustements, il faut que les populations soient bien informées et sensibilisées en amont. Ce qui leur permet de comprendre l’opportunité de la nouvelle donne qu’elles ignoraient peut-être. Nous savons d’une part qu’il y a une récession économique dans ce pays (et partout ailleurs) par la mévente de l’uranium, la baisse des cours du pétrole alors que l’Etat a besoin de ressources pour satisfaire les besoins des populations en termes d’éducation, de santé, d’hydraulique, de sécurité, etc. D’autre part, l’UEMOA a fixé un certain nombre de directives que le Niger est obligé de respecter comme les autres pays de l’espace communautaire.

L’extérieur est en train de nous aider, il faut qu’on accepte de consentir un effort si peu soit-il pour montrer notre volonté de progresser. Il est bien évident que lorsque les populations ne comprennent pas pourquoi on impose telle ou telle taxe, elles vont s’agiter. C’est pourquoi, il faut beaucoup de sensibilisation et d’information. Cette tâche nous incombe en tant qu’élus, mais elle incombe aussi à l’exécutif et aux médias. Tous les acteurs doivent s’impliquer pour éviter la désinformation qui conduit à des actes regrettables.

Pour le moment, le budget est en débat ; il n’est pas adopté. Nous sommes conscients de la situation de nos compatriotes, nous savons ce qu’ils sont capables d’assumer comme charge fiscale. Je crois que les sept (7) Commissions permanentes que compte l’Assemblée nationale vont, chacune, apporter une analyse objective en auditionnant les différentes parties (société civile, syndicats, l’exécutif, et même les religieux) de manière qu’on harmonise nos idées pour éviter une perte de temps inutile sur quoi nous pouvons nous entendre, sans qu’il y ait des tapages inutiles.

Réalisée par Siradji Sanda(onep)

03 novembre 2017
Source : http://lesahel.org/

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