Frank Van Der Mueren, Chef de la mission EUCAP SAHEL Niger : «Tout ce qu’on a fait jusqu’à présent, c’est de renforcer les capacités de nos partenaires»

Frank Van Der Mueren, Chef de la mission EUCAP SAHEL Niger : «Tout ce qu’on a fait jusqu’à présent, c’est de renforcer les capacités de nos partenaires»M. le Chef de la mission EUCAP SAHEL Niger, comment peut-on présenter EUCAP Sahel Niger, autrement dit quelle est la genèse de la mission ?

L’Union Européenne a adopté une stratégie pour le Sahel en 2011, axée sur la sécurité et le développement. Cette stratégie a été discutée par les Etats de la région et sur la base de cela, une mission a été lancée en 2012 dans le cadre de la politique sécurité-défense commune de l’Union Européenne. Dans le cadre de cette politique, qui a quelques axes prioritaires et dans le cadre de cette stratégie, 4 domaines sont ciblés, à savoir la lutte contre le terrorisme, la lutte contre le crime organisé transnational, la favorisation des activités pour les jeunes dans la région afin de lutter contre la radicalisation, et à partir de 2015, la problématique de la migration irrégulière et les crimes associés. C’est dans ce cadre que la mission a été lancée en 2012, avec un mandat non-exécutif, pour assister les autorités à mettre en place une approche intégrée, cohérente, qui respecte les droits de l’homme et qui permettra de lutter contre le terrorisme et le crime organisé.

C’est essentiellement dans ces deux domaines que la mission veut assister et aider ses partenaires nigériens.

Quelle est la contribution d’EUCAP Sahel Niger dans la formation et le soutien aux Forces de Défense et de Sécurité ?

La formation est effectivement l’un des 3 piliers que sont le conseil, la formation et les projets, donc l’équipement. Dans les domaines de la lutte contre le terrorisme, le crime organisé et la lutte contre la migration irrégulière, 12.000 personnes, qui viennent surtout de la Police Nationale, de la Gendarmerie Nationale et de la Garde Nationale, ont été formées. On a aussi des activités avec les ministères de tutelle, avec par exemple l’Agence Nationale de Lutte contre la Traite des Personnes et avec les magistrats, parce qu’un de nos objectifs est de renforcer la chaine pénale. On forme donc les officiers de police judiciaire mais aussi les magistrats. On travaille aussi avec la société civile, plus particulièrement dans le rapprochement des forces de l’ordre auprès de la population, domaine où la société civile est très importante. On les forme surtout dans les techniques d’investigations, la collecte de renseignements, les faux documents, la gestion des frontières, les droits de l’homme, la drogue, le trafic des armes et la gestion des crises. On a aussi formé la Police Technique Scientifique

Quels sont les principaux défis à relever pour promouvoir la paix et quelle place tient EUCAP Sahel Niger dans ce combat ?

La sécurité et la paix passent surtout par la stabilité et la sécurité humaine. On rappelle cette sécurité humaine parce qu’elle inclut une stabilité, non seulement économique, mais aussi politique,sociale et sécuritaire. C’est en fait le rôle des autorités, de créer les conditions dans lesquelles les hommes, les femmes et les jeunes peuvent se développer, avoir accès aux services sociaux de base et à l’éducation. Il est important de n’avoir ni peur, ni faim,pour arriver à une paix durable. Si les autorités peuvent garantir un système sécuritaire et judiciaire qui donne des garanties aux citoyens pour un traitement équitable, là ça sera déjà pas mal. C’est pour ça qu’en plus des formations techniques, on accorde aussi beaucoup d’attention à tout ce qui est droit de l’homme, donc le respect des citoyens.On dit toujours « servir et protéger », donc les forces de l’ordre doivent se dire qu’elles sont là pour la population.

Comment comptez-vous procéder pour pérenniser le travail accompli?

En effet, une de nos priorités est la durabilité des actions. La mission en tant que telle, n’est pas une mission permanente.Pour garantir la durabilité des actions menées, nous formons des formateurs. Actuellement, dans certains domaines c’est le formateur nigérien qui donne cours. C’est le cas de la police technique scientifique où les formateurs qui sont formés donnent des cours. Premièrement, c’est de pérenniser les activités par les formateurs nigériens, ensuite, il faut créer des textes légaux et des structures pérennes, et enfin il faut investir dans un système informatisé de ressources humaines qui permettra de mieux gérer les hommes et leurs matériels.Entre autres actions allant dans ce sens, il y’a eu l’adoption de la Stratégie de Sécurité Intérieure, la mise en place des structures des centres régionaux, et l’Agence Nationale de Lutte contre la Traite des Personnes. On travaille maintenant pour mettre en place une plateforme qui permettra aux forces de sécurité et à la société civile, de se rencontrer et d’échanger.

Ces formations sont-elles destinées uniquement au Niger ?

La structure du G5 Sahel a été mise en place pas seulement au niveau sécuritaire, mais aussi au niveau du développement, de la gouvernance, des infrastructures, et au niveau d’autres relais de sécurité. Avec la création de la force conjointe du G5 Sahel, nous explorons avec les autorités concernées, la possibilité d’avoir une composante Police dedans.

Elle permettra une judiciarisation des opérations militaires afin d’éviter que des présumés malfrats ou même terroristes, ne soient relâchés par après par un juge pour manque de preuves. Nous comprenons bien sûr que les militaires doivent jouer leur rôle et conduire leurs opérations, de même que les magistrats doivent garantir les droits de l’homme dans toutes ces opérations.Il ne faut pas oublier que les actions militaires sont menées contre un ennemi qui n’est pas clairement identifié, et qui est souvent tapis parmi la population. C’est pourquoi nous pensons qu’il faut faire très attention à la manière de gérer ces opérations.

Remarquez-vous des progrès dans vos domaines d’intervention depuis l’installation de EUCAP SAHEL Niger ?

Effectivement, il y’a des progrès qui ont été faits, à commencer par le comité technique de pilotage qui renforce la structure de collaboration avec les autorités nigériennes.

On constate aussi des avancées conséquentes dans des domaines d’intérêts communs. J’ai déjà cité la Police Technique Scientifique (la PTS) et l’accélération des centres opérationnels régionaux pour gérer les incidents et les crises. Dans le domaine de la lutte contre la drogue, les résultats sont visibles. Par exemple il y’a un mois de cela, nous avons assisté à la saisie de presque 3 tonnes de résine de cannabis, saisie qui fait suite à l’aboutissement d’une enquête bien gérée par la Police. On peut aussi citer le service central de lutte contre le terrorisme qui était très jeune à notre arrivée. Aujourd’hui, c’est un service développé et performant. Vous voyez bien qu’il y’a des progrès visibles qui sont là.

Quels sont les perspectives pour la mission qui, je crois, est à son deuxième mandat?

On est dans le 3ème mandat qui prendra fin ce 15 juillet. On aura un autre mandat de 2 ans car les autorités nigériennes ont déjà donné leur accord et c’est en discussion au niveau de l’Union Européenne pour approbation. L’une des priorités pour nous, c’est d’aller vers le mentorat et les services commandés. Nous irons plus sur le terrain avec nos collègues nigériens pour voir leur fonctionnement et faire un coaching, toujours avec l’accord bien sûr des chefs de services. La durabilité des actions menées est aussi une de nos priorités. On a déjà atteint la 1ère phase de la mission qui consiste à l’atteinte d’une capacité optimale des formations et des conseils. La 2ème phase quant à elle, c’est d’aller vers une situation de transition et de remettre les activités à notre partenaire. Et la dernière phase elle, consiste à la phase de sortie. Notre mandat pour l’instant c’est le Niger. Si on nous donne des activités sous régionales, ça ne peut pas être au détriment de celles du Niger. Tout ce qu’on a fait jusqu’à présent, c’est de renforcer les capacités de nos partenaires. C’est le cœur même de notre mandat.

Votre mot de la fin ?

C’est vraiment un mot de soutien et d’encouragement pour le peuple nigérien. C’est aussi un mot de respect, le respect pour vous, pour votre fierté, pour votre volonté de s’attaquer aux problèmes et surtout de progresser ensemble. Comme vous le dites si bien au Niger, on est ensemble.

Par Souleymane yahaya

20 juillet 2018
Source : http://lesahel.org/

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