Commandant Souleymane Eddiguini, Directeur départemental de l’Environnement Doungass : “On n’a plus la grande faune ; on n’a que des reptiles et des oiseaux”

Commandant Souleymane Eddiguini, Directeur départemental de l’Environnement Doungass : “On n’a plus la grande faune ; on n’a que des reptiles et des oiseaux”Monsieur le Directeur comment se présente votre mission de gestion et de sauvegarde de l’Environnement dans le jeune département de Doungass ?

La mission de la Direction Départementale de l’Environnement est la protection, la restauration de l’environnement. En gros, la gestion des ressources forestières et fauniques. Dans la gestion durable des forêts nous conduisons la gestion de l’exploitation des forêts qui est la ressource la plus importante en bois de chauffe dans cette région ; la protection de la faune et de l’halieutique. Surtout l’halieutique car Doungass recèle de beaucoup de points d’eau importants et permanents. A travers cette activité d’aménagement des pêcheries nous faisons le faucardage, l’empoissonnement des mares et l’organisation des populations pour l’exploitation.

Est-ce qu’il y a des partenaires qui appuient vos activités dans ce secteur des forêts et pêche ?

Il y a des partenaires qui nous accompagnent notamment dans le cadre de l’halieutique et de la restauration des terres. Pour cette dernière activité il y a l’Etat qui débloque chaque année les moyens pour restaurer les terres dégradées. Pour les appuis à cette activité nous avons les partenaires comme le PAM, PAC3 et le PASEC qui est en route.

Le département de Doungass est classé et connu comme une zone du Niger dite de la bande sud hautement pluviométrique où la formation forestière est assez dense. Est-ce qu’après avoir détruit la bande nord, les prédateurs de l’environnement ne vont pas se replier sur cette bande sud qui est assez généreuse pour leurs activités notamment le déboisement ?

Effectivement même Doungass, qui est dans la zone soudanienne assez arborée, commence à subir cette pression. Avec la poussée démographique et les besoins croissants des populations, ces importantes ressources sont en danger. Les coupes abusives sont régulières. D’ailleurs toute la zone est occupée par les champs de cultures, excepté quelques enclaves pastorales. Nous ici, il n’y a même plus de forêts classées. Nous sommes réduits à gérer les peuplements agro-forestiers.

Alors qu’est ce qu’il en est de la faune et de son habitat?

On n’a plus la grande faune ; on n’a que des reptiles et des oiseaux. Si vous faites allusion aux phacochères ou aux gazelles à l’état sauvage il n’y en a plus dans cette zone.

Malgré tout quel genre d’activités menées vous pour protéger ce qui peut l’être ?

On mène des campagnes de sensibilisation à l’endroit des populations pour qu’elles gèrent les quelques reliques de la végétation dans leurs champs de cultures. On a ensuite une brigade qui tourne qui traque des individus en infraction. C’est-à-dire des coupeurs de bois qui n’ont pas d’autorisation, ou même s’ils en ont, qui se mettent à abattre des arbres dans les champs ne leur appartenant pas. Conformément aux textes en vigueur les brigadiers les interpellent et les verbalisent.

Nous avons aussi des problèmes avec nos parents éleveurs. La zone recèle un important peuplement de gao et pour les besoins du fourrage ces éleveurs les coupent abusivement, car généralement ils opèrent la nuit dans les champs.

Peut-on avoir des chiffres pour illustrer les différentes activités que vous menez notamment dans la restauration des terres dégradées et l’halieutique ?

Concernant la récupération des terres dégradées et leur ensemencement en herbacées, nous avons, en 2018, réalisé 20 hectares sur financement de l’Etat. Il y a le faucardage au niveau des points d’eau pour les débarrasser des plantes envahissantes notamment le typha ostralis. Sur cette activité aussi on tourne autour de 20 ha de réalisation sur financements PAM, Water Aid et l’Etat. L’activité reboisement est inclue dans le volet récupération des terres destinées au pâturage. On y plante généralement des espèces fourragères comme l’acacia Sénégal, le bauhinia rufisens (Dirga en Haoussa). Outre les 20 hectares récupérées et plantées, nous avons également réalisé 2500 mètres linéaires de plantations agro forestières.

La pêche est donc une importante activité dans le département de Doungass ?

C’est même l’une des plus rentables pour les populations qui la pratiquent, car rien qu’à travers deux communes que sont Gouchi et Doungass, nous avons plus de 200 mares dont certaines permanentes ou semi permanentes. L’empoissonnement des mares a permis aussi de former et équiper beaucoup de personnes à l’activité pêche. Dans la commune de Gouchi, nous avons la mare de Wiwi qui fait à elle seule une superficie de 200 ha. La pêche à Wiwi peut donner en moyenne une production annuelle de 100 tonnes de poisson, la CBLT a même créé un débarcadère au profit des pêcheurs. Sur une mare qui s’appelle Wara-wara dans la commune de Gouchi, la production annuelle peut atteindre en moyenne 30 tonnes. L’activité pêche s’étend, selon la règlementation sur les mois de mai, juin, juillet et août. Après, on « ferme » la pêche pour permettre la reproduction du poisson. Les productions de poisson du département sont en plus grande majorité consommée dans la région, mais une partie est également exportée à Maigatari dans l’Etat fédéré de Jigawa au Nigeria.

Propos recueillis par Mahaman Bako, Envoyé spécial(onep)

11 janvier 2019
Source : http://lesahel.org

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