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Interview du Maire de la Commune rurale de Damagaram Takaya : « Notre problème le plus crucial et le plus préoccupant, est celui de l’eau. Nous souffrons terriblement du manque d’eau » déclare M. Ali Karémi Abaghana

La commune rurale de Damagaram Takaya se trouve à 70 km à l’Est de Zinder. Elle couvre une superficie de 2.140km2 avec une population estimée en 2012 à 61.580 habitants dont 49% d’hommes pour 51% de femmes. Le taux d’accroissement de la population est de 5,6% alors qu’au niveau de la région il est d’environ 4%. Damagaram Takaya est limitée au Nord par la commune de Kagna Wamé, à l’Est par les communes de Garazou, et Gamou, au sud par la commune de Guidimouni et une partie de la commune de Guidiguir, au sud- ouest par la commune de Mazamni, et à l’ouest par la commune d’Albarkaram. La commune est subdivisée en trois grandes zones : Nord, Centre et Sud. Dans la partie Nord, la commune est surtout constituée de dunes de sable, mais des dunes vives fixées. C’est la zone par excellence de l’agriculture et de l’élevage. Le centre est la partie du socle, où il ya aussi des agro pasteurs. Par contre le Sud est la partie dunaire au sol lessivé, mais qui a beaucoup de cuvettes. le Maire, de manière générale les communes du Niger sont confrontées à d’énormes difficultés de mobilisation des ressources fiscales. Est-ce que vos administrés s’acquittent de leurs devoirs civiques ?

Dans ce domaine, je peux dire que nous ne sommes pas loin des autres. Nous vivons les mêmes problèmes. La population a tendance à cultiver l’incivisme fiscal. Les arriérés de taxe municipale ne font que s’accumuler. A titre d’exemple, le budget de 2018 que nous avons voté est d’à peu près 61.500.000 FCFA. Et dans ce montant, nous avons un stock très important d’arriérés étalé sur trois ans d’environ 45.000.000 FCFA. Le recouvrement à la date de septembre 2018, était de 14.500.000 FCFA. Vous voyez donc à quel point nous sommes confrontés au même problème que les autres communes. Il ya donc lieu d’en faire un peu plus pour que cet incivisme soit enrayé.

Dans ce cas de figure, quelles sont les actions que mène la mairie pour amener les populations à honorer leurs devoirs civiques ?

Nous avons constaté que cette année, il ya eu une amélioration par rapport aux années antérieures d’autant plus que nous disposons d’une radio communautaire. Cette radio communautaire nous permet de toucher l’ensemble de la commune. Nous sommes écoutés dans un rayon de 70 kilomètres. Nous utilisons cet outil précieux pour sensibiliser la population, et lui faire comprendre ses droits et ses devoirs. Si tant elle veut que la commune vit, prospère et investit, il faut nécessairement un sursaut de conscience. C’est ce que nous ne cessons de répéter tous les jours à la population. Et c’est ce qui a fait que nous avions constaté cette année une nette amélioration dans le recouvrement, puisque nous avons recouvré jusqu’à 23,6% sur les ressources liées aux impôts, aux taxes municipales et aux taxes des marchés. C’est un travail de longue haleine. Nous sommes en démocratie, et les moyens de coercition doivent être bannis. Il faut sensibiliser les gens de manière à leur imposer une discipline qui sera librement consentie. C’est cela qui est plus durable.

Quelles sont les potentialités dont regorge la commune rurale de Damagaram Takaya ?

Pour l’alimentation du budget, nous avons les taxes de voirie, appelées communément taxe municipale ; nous avons les impôts directs et indirects qui sont prélevés dans le cadre des patentes ou des taxes de marché ; nous avons également les subventions de l’Etat à travers l’ANFICT ; et les appuis des partenaires dans le cadre du développement de la commune.

Justement dans le cadre du développement de la commune quelles sont les actions que vous menez au cours de cette mandature ?

Nous sommes en train de faire ce que nous pouvons, en tenant compte de ce que nous engrangeons. Je peux vous citer dans le domaine de l’environnement, nous avons eu à récupérer plusieurs hectares de terres dégradées. Cela est une grande fierté pour nous parce que nous avons de la terre latéritique qu’il faut viabiliser. Nous avons entrepris la récupération des terres, la protection des aires de pâturage ; nous avons construit des classes. Nous avons acheté un Tracteur pour 10.900.000Fcfa. Dans le domaine de l’agriculture, nous avons axé nos efforts surtout sur l’amélioration des semences. Le temps actuel milite en faveur des changements ; et le changement ne peut s’opérer qu’à travers des semences améliorées, hâtives. Nous avons une banque céréalière construite par un partenaire en collaboration avec la Mairie. Elle permet de résoudre le problème de l’alimentation des animaux. Il ya le siège de la Mairie que nous avions construit grâce à l’apport des partenaires et à la contribution de la commune. Nous avions distribué des chèvres grâce à l’appui des partenaires, et confectionné des microprojets dans le cadre de l’embouche bovine et des AGR.

Monsieur le maire que prévoit votre Plan de Développement Communal (PDC)?

Notre PDC a été renouvelé en 2015. C’est un programme ambitieux étalé sur cinq ans. Pour toutes nos réalisations, nous nous inspirons du PDC. Il ya plusieurs domaines qui sont concernées comme l’agriculture, l’élevage, la santé, les AGR, la promotion de la femme, la promotion de l’enfant etc. Tout cela est réparti sur cinq années, et il faut évaluer au fur et à mesure de l’exécution.

Quelles sont les difficultés auxquelles vous faites face dans l’exécution de votre mission ?

La première des difficultés c’est le niveau d’instruction de la population. Très peu de gens ont été à l’école française ou à l’école coranique, et ils perçoivent tous ces changements qui interviennent comme étant une rupture avec le passé. Ceci est difficile pour nous d’autant plus qu’il faut un changement de comportement. C’est cela notre attente vis-à-vis des populations. Et c’est dans ce sens que nous œuvrons. Mais notre problème le plus crucial et le plus important, est celui de l’eau. Nous souffrons terriblement du manque d’eau. Bien sûr, nous sommes au centre sur le socle, mais au sud et au nord, c’est la zone sédimentaire ; et c’est là qu’il faut aller pour chercher l’eau. A l’heure où je vous parle à Damagaram Takaya, allez-y voir la queue que font les gens au niveau des bornes fontaines. A défaut ils sont obligés d’aller avec leurs charrettes ou leurs véhicules chercher de l’eau à 3 ou 4 kilomètres. C’est le problème le plus criard de Damagaram Takaya. Nous avons connu aussi à Damagaram Takaya, quatre inondations pendant la saison pluvieuse. La dernière inondation, celle de 2010 a mis à terre beaucoup de maisons. Il fallait donc tout reconstruire, et imaginer ce qu’il faut faire pour lutter contre ce phénomène naturel. Nous avions imaginé qu’il fallait faire une digue pour protéger le village. Cela fait aujourd’hui huit ans que cette digue nous protège contre les inondations. Si vous venez ici pendant l’hivernage, vous verrez déferler les eaux de ruissèlement. Et quelque part on doit être interpelé par rapport à l’utilisation de ces eaux là. En grandes quantités ces eaux vont vers le sud, en détruisant tout sur leur chemin alors qu’on pouvait faire des retenues d’eau pour permettre à la population de faire des cultures maraîchères pendant la période sèche.

Oumarou Moussa, envoyé spécial(onep)

07 février 2019
Source : http://www.lesahel.org/

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