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Interview du Secrétaire Général de l'Union des Syndicats des Travailleurs du Niger : «Je ne pense pas qu'il y'ait un objectif politique derrière les élections professionnelles autre que celui de déterminer la représentativité des différentes organisations

uuMonsieur le Secrétaire Général que faut-il comprendre par élections professionnelles ?

J’aimerai par un rappel pour dire que c'est depuis la Conférence nationale que le Niger avait opté pour une démocratie multipartite. Résultat : il ya une floraison de partis politiques. Alors l'USTN incontestablement, était la seule centrale syndicale, l'unique interlocuteur pour défendre les intérêts matériels et moraux des travailleurs ; aussi bien au niveau des autorités que des employeurs privés ou publics. Avec les évolutions et soubresauts politiques qu’a connus le pays, l'on a assisté pour diverses raisons à la création de plusieurs centrales syndicales constituées de multiples syndicats dans presque tous les secteurs d'activité socio-économiques.

Cette situation bien-entendue aura pour conséquence la déliquescence du mouvement syndical à la périphérie de laquelle, se sont développés des querelles de leadership et des interlocuteurs multiples pour l'Etat et les employeurs. Aussi, pour déterminer les syndicats les plus représentatifs qui seront de véritables représentants des travailleurs il y'a lieu de procéder à des élections professionnelles.

Pourquoi ces élections, aujourd'hui et pas hier ?

Un adage dit : mieux vaut tard que jamais. Il faut reconnaître que cette situation arrangeait le pouvoir qui redoutait le mouvement syndical pour avoir été le vecteur du changement dans notre pays mais aussi dans plusieurs autres pays en Afrique. En outre le mouvement syndical a été aussi une entrave à la mise en œuvre des programmes antisociaux édictés par les institutions de Brettonwoods. La détermination de la représentativité au sein des organisations syndicales des travailleurs et des employeurs est consacrée par plusieurs dispositions du code du travail et le respect de ce code est un impératif.

Concrètement, monsieur le Secrétaire Général, quels sont les objectifs assignés à cette initiative, à travers laquelle d’aucuns pensent percevoir un caractère politique ?

Je ne pense pas qu'il y'ait un objectif politique derrière les élections professionnelles autre que celui de déterminer la représentativité des différentes organisations. De toutes les façons, si quelqu'un pense pouvoir manipuler ces élections pour offrir une fausse victoire à des organisations non véritablement représentatives, il trouvera les travailleurs en face de lui et il en assumera les conséquences. Incontestablement.

Quel est l'impact de ces élections dans le contexte politique et syndical national actuel ?

Ici une précision s’impose: ces élections permettront au Niger de se conformer à la réglementation internationale du travail, mais évidemment elles permettront aussi d'accroitre la crédibilité des organisations qui seront en tête après proclamation des résultats.

Quelles sont les sources de financement (personnes morales comme physiques) de l'organisation de ces élections ?

C'est le budget de l'Etat et personne d'autre.

Avez-vous avez une idée globale du coût de ces élections professionnelles ?

Je n'ai aucune idée de ce que cela coûtera à l'Etat. Tout ce que je peux vous dire c'est que le montant initialement prévu a été largement dépassé du fait que le processus ait pris plus de temps que prévu.

Dans le cadre de l'organisation de ces élections, peut-on savoir justement la participation des centrales syndicales ?

Notre participation en tant que centrales syndicales est effective sur le plan organisationnel puisque selon le code électoral nous sommes représentés dans toutes les structures de la Commission d'organisation de ces élections (CONEP).

Comment seront les rapports entre les centrales syndicales, une fois les résultats des élections connus et que la représentativité de chacun ait été établie ?

Je ne pense pas que les rapports puissent changer entre les centrales. Ceci, dit, convenez avec moi, que le leadership ne souffrira d'aucune ambiguïté. L'Etat saura qui sera son interlocuteur et ceux qui seront au second plan auront la latitude de se battre pour renaître et retrouver une place aux élections à venir.

Monsieur le Secrétaire Général, au regard du chronogramme, pensez-vous réellement, que ces élections auront bel et bien lieu à la date indiquée ?

Cette question doit être posée au président de la CONEP ou au gouvernement. Tout ce que je peux vous dire c'est qu'il y'a un code électoral à respecter.

Au cas contraire quelle sera votre réaction, disons l'attitude syndicale de l'USTN vis-à-vis du pouvoir, bailleur de fonds incontestés de l'organisation de ces élections ?

Nous n'avons aucun complexe vis-à-vis de qui que ce soit. L'USTN a une ligne de conduite légendaire qui ne dépend d'aucun gouvernement.

Monsieur le Secrétaire Général, une fois terminées les élections professionnelles,   comment seront les rapports entre les centrales syndicales et le pouvoir en place?

La renaissance du mouvement syndical nigérien s'impose car nous avons tout essayé dans ce pays et on s'est rendu à l'évidence qu'il n'y a pas de solution pour les travailleurs que de rester unis et solidaires face aux problèmes qui les assaillent notamment le non-respect de protocoles d'accord avec les partenaires, la précarité et j'en passe.

Et comment l’USTN s'engagera-t-elle pour consolider cette unité et cette solidarité au sein de l'Intersyndicale des travailleurs du Niger (ITN) surtout que la plupart des dirigeants syndicaux naviguent au sein des formations politiques actuelles ?

Sans pour autant rentrer dans les dérives socio-politiques, sachez simplement que chaque dirigeant syndical est libre d'avoir sa sensibilité politique. Cependant nous à l'USTN nous plaçons les intérêts des travailleurs au-dessus de tout car c'est le travail qui nous garantit notre pain quotidien et assure le développement du pays. De la conférence nationale à cette date, les travailleurs ont fait beaucoup de sacrifices mais hélas ces sacrifices n'ont pas été reconnus pour être récompensés à la hauteur de leur juste valeur dans l'intérêt et la grande satisfaction des travailleurs. C'est pour tous ces paramètres et bien d'autres encore que nous sommes condamnés à rester unis afin que nous menions des réflexions pour dégager de nouvelles orientations de lutte pour le mouvement syndical nigérien.

Correspondance particulière de Dubois Touraoua

11 avril 2019
Source : http://www.lesahel.org/

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