Elhadj Goni Malam Salé , Coordonnateur du programme Jeunesse Diffa-Bana : « L’objectif général du projet BANA est de contribuer à la restauration de la paix et au renforcement de la stabilité sociopolitique et économique dans la région de Diffa »

GoniMonsieur le Coordonnateur, quelle est la mission assignée au Projet Jeunesse-Diffa-BANA?

La République du Niger a sollicité et obtenu de l’Agence Française de Développement(AFD), une subvention de dix millions d’euros destinée en partie au financement du Projet Jeunesse Diffa. La Haute Autorité à la Consolidation de la Paix (HACP), a mis à la disposition d’un consortium d’ONG internationales avec CARE France comme chef de file, une partie de la subvention afin de financer les composantes 1 et 2 du Projet Jeunesse Diffa. Le consortium constitué par CARE France, Plan International, Aides et Actions et leurs partenaires locaux KARKARA, AREN et NIGETECH, a été sélectionné par la HACP dans le cadre d’un appel à projets. Une Unité de Gestion (UG) du projet, regroupant toutes les expertises clés rendues nécessaires pour le bon fonctionnement du projet est mise en place à Diffa.

La Composante 3, mise en œuvre par la HACP en collaboration avec le Conseil Régional de Diffa, est destinée à renforcer les capacités de pilotage de la HACP et du Conseil Régional afin de renforcer la légitimité de l’Etat, la coordination des acteurs et le développement économique et social de la région. La HACP assure la maitrise d’ouvrage, la supervision générale   et   la coordination du projet.

Pour répondre à votre question, je dirais que l’objectif général du projet BANA est de contribuer à la restauration de la paix et au renforcement de la stabilité sociopolitique et économique dans la région de Diffa. Le Projet rejoint l’ambition des acteurs gouvernementaux et de la Société Civile qui se mobilisent et agissent aujourd’hui pour soutenir la région de Diffa dans son retour à la stabilité et vers le développement durable.

L’objectif spécifique du projet est de réhabiliter et aider à institutionnaliser des   espaces de   dialogue et d’échanges incluant la transformation de la société civile locale et le développement d’opportunités de formation et d’insertion socioprofessionnelles pour 13.176 jeunes pauvres et vulnérables dont 60% de femmes dans les 12 communes de la région de Diffa. C’est un projet sur quatre ans (2018-2021), qui intervient sur l’ensemble des douze communes de la région.

Monsieur le Coordonnateur quelles sont les actions que vous avez pu réaliser depuis la mise en place de ce projet dans la région de Diffa ?

Après son lancement officiel le 20 février 2018, le projet s’est engagé dans une phase de diagnostic qui a duré 6 mois, et qui lui a permis de faire une mise à jour des analyses faites pendant la phase de conception et de réviser des documents essentiels du projet . Cette   phase a permis   la mise en place et la tenue des assisses régulières des organes de gouvernance, notamment trois réunions du comité de pilotage national sous l’égide de la HACP, les réunions de la commission permanente et du comité technique régional sous le   leadership du Conseil Régional de Diffa et celles du Cadre de Concertation des Organisations du   Consortium (CCOC) qui est composé des leaders au plus haut niveau des 3 organisations membres   du Consortium BANA et de leurs 3 organisations locales partenaires.

Pendant cette phase, plusieurs études et ateliers de réflexions, de planification et de formation ont été organisés et ont permis de faire une mise à jour de l’analyse du contexte et d’adapter les activités et faire une revue complète de l’ensemble des documents du projet. C’est au cours de cette phase aussi que toutes les conventions entre partenaires impliqués (membres du consortium, partenaires locaux, autorités, etc.) ont été signées et tous les circuits de versement des fonds de rapportage technique et financier ont été   validés.

En termes d’activités opérationnelles du projet jeunesse Diffa BANA on peut noter, des actions visant la création et le renforcement d’espaces socio-éducatifs et   récréatifs pour les jeunes. Dans ce domaine, le projet a accompagné la mise   en place de 57 Associations Sportives et Culturelles (ASC) et de 12 cadres de concertation et suivi des activités sportives et culturelles au niveau des 12 Communes . Au niveau institutionnel   le projet a apporté   un appui aux Services Techniques Déconcentrés (STD) régionaux et départementaux de la Jeunesse, Sport et Culture par l’achat et la mise en place du matériel après un état des lieux, une priorisation et planification des besoins   par lesdits services techniques. Aussi, il faut noter l’accompagnement de la Région dans l’organisation de 4 événements d’envergure régionale et nationale (Fête Tournante du 18 Décembre, Championnat National de lutte traditionnelle, Championnat de Pétanque, la commémoration de la Fête Nationale de la Concorde) ; des actions visant le redressement économique des ménages les plus pauvres parmi les ménages avec la conduite de diverses activités à Haute Intensité de Main d’œuvre (HIMO) .

C’est ainsi que 500 jeunes de 6 quartiers de Diffa, ont été mobilisés pour une opération de salubrité pendant 4 jours ; 240 jeunes mobilisés pour la construction d’un dortoir à Foulatari ; 240 jeunes mobilisés pour la construction d’une case de passage à N’Guelbeyli ; 400 jeunes ont participé à la construction de 8 Magasins et 8 Cantines des Ecoles de 8 Villages de la Commune de Chetimari ; 24 animateurs et 2 superviseurs ont été formés sur le guide   MMD, en prélude à la mise en place de groupements MMD autour des activités HIMO ; des actions visant la formation professionnelle, l’insertion et la réinsertion socioprofessionnelle des jeunes leaders porteurs de projets ; 850 jeunes qui bénéficieront des formations professionnelles sont sélectionnés dans les 12 Communes. Les formateurs nécessaires sont également formés. Les résultats des études de marché ont été partagés avec les jeunes à travers des missions conjointes impliquant les plates formes et les établissements de formation qui ont permis d’organiser 19 foras d’échange avec la participation de 989 jeunes en vue de la présentation et discussions sur les créneaux porteurs de chaque localité. Pour renforcer les infrastructures au niveau des établissements de   formation, les sites de construction de 10 ateliers de formation (4 à Goudoumaria, 2 à Mainé-Soroa et 4 à N’Guigmi) et des plateformes d’orientation des Jeunes à N’Gourti et Bosso ont été implantés et remis aux Entreprises.

Il faut noter également des activités de renforcement d’espaces communaux de dialogue pour l’inclusion des jeunes et des organisations de la société civile locale, avec la formation sur la bonne gouvernance, la citoyenneté et la gestion de conflits de 360 jeunes dont 216 jeunes filles des douze communes. Cette formation est assurée par l’Université de Diffa, sur la base d’une convention qui lie l’Université au consortium. Aussi, une compétition intercommunale sur la bonne gouvernance et inclusion des jeunes   a été organisée afin d’inciter les communes à créer les espaces de dialogues et d’inclusion des jeunes.

Quelles sont les perspectives du projet ?

En termes de perspectives pour les six mois à venir, le   projet prévoit de continuer à soutenir la pratique du sport   et de la culture par l’élaboration et la mise en œuvre d’un plan régional Sport et de la   Culture et   d’un plan de communication pour la promotion des   activités sportives et culturelles. La structuration des jeunes sera poursuivi à travers l’accompagnement des ASC et le suivi et la dynamisation des 12 cadres de concertation déjà en place. Pour renforcer les infrastructures sportives et culturelles, le projet envisage aussi la construction de 2 plateformes multisport   (Mainé-Soroa et N’Guigmi) ; la réhabilitation d’une plateforme multisport à Diffa ; la construction de 3 maisons des Jeunes à N’Gourti, Goudoumaria et Bosso ; la création de 6 espaces jeunes dans les 6 autres communes rurales à savoir, Chétimari, Foulatari, N’Guelbeyli , Gueskérou, Kablewa et Toumour ; et la construction et la réhabilitation de 11 terrains de football. Les activités à Haute Intensité de Main d’œuvre (HIMO) seront poursuivies soit pour construire les infrastructures dans les Communes de N’Gourti, Gueskérou, Bosso , Kablewa,   Mainé-Soroa   ou sous forme de HIMO hygiène   assainissement à N’Guigmi et HIMO fixation des dunes   à Goudoumaria. Autour de ces activités HIMO, les jeunes seront organisés en groupements d’épargne et de crédits. Nous prévoyons de mettre en place 120 groupements type MMD cette année.

Dans le domaine de la formation professionnelle,   le projet prévoit, le branchement des CET des 6 départements et des CFM de Diffa et de   Goudoumaria   au réseau Eau. Les travaux de construction de 4 Ateliers de Goudoumaria,   les 4 à N’guigmi et les 2 ateliers de Mainé-Soroa vont se poursuivre. Les   850 jeunes   sélectionnés seront   formés aux métiers de leur choix et bénéficieront des allocations pendant ces formations.   Les matières d’œuvres seront mises à la disposition des   20 Ecoles au prorata de leurs effectifs et deux plateformes d’orientations des jeunes seront conduites et équipées à N’Gourti et à Bosso.

Aussi, les activités de renforcement d’espaces communaux de dialogue pour l’inclusion   des jeunes et des organisations de la Société Civile locale vont se poursuivre avec le financement   des prix des Communes lauréates de l’Edition 2018 des compétitions intercommunales, la formation pour de groupes mixtes (jeunes leaders, élus communaux et régionaux) sur la bonne gouvernance, la gestion des conflits, la citoyenneté au profit des femmes des réseaux femmes élues et organisations de femmes, la mise en réseau et organisations de femmes, la mise en   réseau et financement du plan d’action des jeunes, l’accompagnement spécifique à la construction citoyenne (Alphabétisation à base des   NTIC, naissance, identité, nationalité, mariage) au profit des jeunes. Des missions de sensibilisation sur la citoyenneté, la bonne gouvernance, la cohésion sociale, le leadership féminin et VBG seront également conduites.

Avez-vous un message particulier à l’issue de cet entretien ?

Je remercie l’ONEP qui m’offre cette occasion de parler de ce projet   tout en expliquant ses objectifs essentiels. Aussi, je voudrais remercier les   autorités régionales, ainsi que les   responsables des Services Techniques , les jeunes   pour leur compréhension, leur appui multiforme, leur disponibilité   qu’ils apportent dans le cadre de la réussite du Projet. « Tout début est difficile » a-t-on coutume de dire. Le Consortium est conscient   des retards accusés dans la   mise en œuvre de certaines   activités. Je tiens à rassurer la jeunesse de Diffa   de la détermination du Consortium   de mettre tout en œuvre pour atteindre les objectifs du projet dans les délais impartis. Je leur demande un peu de patience et de s’engager davantage et saisir positivement les opportunités de formation et d’insertion socioprofessionnelle, de création de revenus par la participation aux activités HIMO, les opportunités de participation aux espaces   de dialogue et de prise de décision et de pratique sportive et culturelle saine, intégratrice, axée sur la paix, qu’offrent le Projet Jeunesse Diffa

.Réalisée par Mato Adamou

ONEP Diffa

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