Interview de la ministre de la Communication, Mme Sani Hadiza Koubra Abdoulaye : La liberté de la presse est une réalité au Niger »

Sani Hadiza Koubra Abdoulaye liberte presseMadame la ministre, le monde entier a célébré, le 3 mai dernier, la Journée Internationale de la Liberté de la Presse. Quelle appréciation portez-vous sur l’état de la question au Niger ?
La liberté de la presse est une réalité chez nous ici au Niger. Quoi qu’en disent certains, les journalistes sont libres de leurs opinions. Il suffit, pour s’en convaincre, de se référer au nombre impressionnant de journaux, radios et télévisions privés de la place, qui travaillent quotidiennement et en toute indépendance, dans la diversité des opinions. C’est cela le pluralisme, un des critères mis en avant par RSF, dans le classement annuel de 180 Etats.

Vous savez, à propos de ce classement justement, nous revenons de loin. Au début des années 2010, le Niger était classé 169ème. Aujourd’hui, nous sommes au 61ème rang. Vous vous rendez compte? Nous avons progressé de plus de 100 points! C’est tout simplement extraordinaire !

Est-ce qu’on peut affirmer qu’aucun journaliste ou média n’est aujourd’hui inquiété au Niger pour ses opinions ?
Il n’existe, aujourd’hui au Niger, aucun journaliste emprisonné ou inquiété pour ses opinions. Ceux qui affirment l’inverse, sont libres d’enquêter et de vérifier. Ils aboutiront au même constat. Du reste, c’est à cet exercice simple de vérification des faits, que l’on apprend dans toutes les écoles de journalisme,que les journalistes ouest-africains, réunis récemment à Ouagadougou, auraient dû procéder avant de publier leur déclaration du 20 avril dernier. Dans cette déclaration,vos confrères ont cru devoir s’inquiéter de la situation de la liberté de la presse dans notre pays. Le cas auquel ils ont fait allusion est, comme vous le savez, un délit de droit commun, en l’occurrence un usage de faux en écriture publique. L’intéressé est d’ailleurs poursuivi avec deux autres complices qui n’ont aucun rapport avec les médias. Alors, pourquoi ces deux complices seraient-ils inquiétés et pas l’autre complice? Fort curieusement, la déclaration de Ouagadougou ne fait même pas état de ces deux cas-là !

Vous avez effectué récemment une tournée à l’intérieur du pays. Quel constat tirez-vous par rapport à l’exécution des cahiers des charges des différents médias visités?
Cette tournée s’inscrit dans le cadre d’une prise de contact avec le personnel exerçant dans les stations régionales et au niveau des radios communautaires. Elle nous a permis de mesurer, sur le terrain, le degré d’engagement des agents, de nous enquérir de leurs difficultés majeures et d’envisager des solutions. Globalement, les stations régionales et les radios communautaires accomplissent convenablement leurs missions, et ceci dans des conditions pas toujours faciles.

Enfin, ce déplacement, que nous comptons poursuivre bientôt dans le reste du pays, a été également l’occasion de faire le point de l’état de mise en œuvre du processus de déploiement et d’installation des équipements de la Télévision Numérique Terrestre (TNT). Ce processus se poursuit normalement, mais nous avons noté qu’il y a lieu de sécuriser ce matériel acquis au prix fort, notamment contre les intempéries, avec l’approche de la saison des pluies.

Quel est le rôle dévolu aux radios communautaires dans le cadre de la mise en œuvre de la Politique Nationale de la Communication pour le Développement (PNCD) ?
Les radios communautaires jouent un rôle prépondérant dans l’éducation et la sensibilisation des communautés de base. C’est pourquoi la PNCD leur a conféré un rôle essentiel à cet égard. Qu’il s’agisse des questions liées à la santé, à l’éducation, à la migration ou encore des questions liées à la natalité, les radios communautaires sont pleinement impliquées dans les campagnes de sensibilisation.

Mieux, il est prévu d’étendre le programme des radios communautaires dans le cadre de la mise en place de la «Maison du Paysan» de l’Initiative 3N. Ce qui traduit la place primordiale qui est la leur dans le cadre de la mise en œuvre de nos politiques de développement. Pour mieux marquer l’intérêt que nous portons aux radios communautaires, un programme pour leur réhabilitation est encours d’exécution avec l’appui du PNUD dont je salue, ici, l’appréciable contribution.

Le Ministère de la Communication tient une place prépondérante dans la mise en œuvre du Programme de Renaissance, acte 2. Quelles actions majeures menez-vous dans ce sens ?
Il est évident que le changement social attendu dans le cadre du Programme de Renaissance ne peut s’opérer sans l’information, la sensibilisation, l’éducation et la mobilisation de tous les citoyens.

Les actions majeures que nous menons dans ce sens ont trait au renforcement des capacités, à la mobilisation sociale et à la communication de proximité. Les médias, publics comme privés, y sont pleinement associés. Ces différents axes d’intervention sont d’ailleurs contenus dans notre contribution à la feuille de route pour la mise en œuvre dudit programme.

Et cette contribution s’inscrit parfaitement dans le cadre du Plan de Communication Stratégique du ministère en charge de la Renaissance Culturelle et dont la mise en œuvre se fera non seulement avec les médias, mais aussi avec les administrations de l’Etat, les partenaires de développement, les ONG et associations, les artistes et les communautés de base.

L’adoption d’une convention collective, par les employeurs et employés de la presse privée, tarde à voir le jour. Que fait le Ministère de la Communication pour accélérer le processus devant conduire à l’adoption de cette convention ?
Vous savez, une convention collective est une affaire entre employeurs et employés. Nous avons, ici, un rôle transversal: œuvrer sans relâche pour rapprocher davantage les deux parties, à savoir les employeurs et les employés, en vue de l’adoption rapide de cette convention. Celle-ci, comme vous le savez, est sensée améliorer les conditions d’existence et de travail des travailleurs des médias privés.

Ces médias n’étant pas tous logés à la même enseigne, vous comprenez que des divergences d’approche puissent exister sans que cela remette en cause l’essentiel, c’est-à-dire l’adoption de cette convention, dans l’intérêt de tous. C’est le lieu, pour moi, d’exhorter à nouveau les uns et les autres à faire preuve de diligence en vue de l’adoption rapide de cette convention. Un comité auquel mon Département ministériel est partie prenante vient d’être mis sur pied à cet effet, et se mettra au travail sous peu.

Votre département a récemment entrepris, en rapport avec les acteurs concernés, de procéder à une relecture des textes régissant le monde de la communication, notamment la loi portant régime de la liberté de la presse. Pourquoi cette relecture maintenant ?
Vous savez que les textes régissant l’organisation et le fonctionnement de tout secteur sont appelés à évoluer et à s’adapter aux différents contextes dans lesquels ils évoluent. C’est le cas des textes sur la communication. Depuis la libéralisation des ondes avec la fin du monopole de diffusion attribué aux médias d’Etat, le paysage médiatique nigérien n’a pas arrêté de s’enrichir et de se développer.

Le paysage médiatique nigérien est sans doute l’un des plus riches d’Afrique. Il fallait donc s’arrêter un moment pour évaluer le chemin parcouru et procéder à une relecture des textes. L’objectif, pour nous, est d’œuvrer pour une professionnalisation du secteur de la presse en tenant compte de l’évolution technologique avec, notamment, l’avènement de la Télévision Numérique Terrestre et de la presse électronique. Vous savez que de ce point de vue, beaucoup reste à faire.

Lors d’une récente visite de travail au Maroc, vous avez signé des accords avec votre homologue marocain. Sur quoi portent lesdits accords ?
Effectivement, lors de cette visite, nous avons conclu des accords, notamment en ce qui concerne l’accompagnement dans la mise en œuvre de la TNT, le Maroc ayant une longueur d’avance sur nous en la matière. En outre, cette visite nous a permis de prospecter d’autres domaines de coopération.

Je voudrais à cet égard souligner que la coopération avec les pays amis et les partenaires au développement constitue un axe important de la conduite de mon département, indépendamment des appuis traditionnels de l’Etat. C’est, de mon point de vue, un des moyens pour nous de renforcer davantage nos capacités et favoriser l’atteinte de nos objectifs de développement.

Madame la ministre, comment entrevoyez-vous l’avenir de la presse au Niger ?
Comme je le disais au début de cet entretien, le Niger est passé du 169ème rang mondial au début des années 2000, au 61èmerang aujourd’hui. C’est un sacré bond en avant! Et je ne doute pas que cette dynamique va se poursuivre, malgré les difficultés inhérentes à tout processus d’apprentissage, au Niger comme ailleurs.

Lorsque, en plus de cela, vous ajoutez la floraison des titres de journaux et de médias audiovisuels privés ainsi que leur indépendance de ton et d’écriture, laissez-moi vous dire, franchement, qu’on ne peut entrevoir l’avenir de la presse nigérienne que sous de bons auspices.

Madame la Ministre, à l’occasion de la célébration de la Journée Nationale de la femme, quel regard jetez-vous sur la situation de la femme dans le secteur des médias ?
Sur la situation des femmes exerçant dans le monde des médias, je dirais que des avancées importantes sont en train de s’opérer dans ce domaine. En effet, force est de constater que, de plus en plus, les femmes s’affirment, aussi bien par leur nombre que par leur compétence, dans les médias. Dans presque tous les organes de presse de notre npays, la présence des femmes est notoire. Mieux, les femmes exercent les mêmes fonctions que leurs collègues hommes. Les récentes visites que j’ai effectuées dans les organes de presse publics et privés m’ont permis de constater, pour m’en réjouir, que de nos jours, les femmes s’affirment en travaillant avec talent à tous les postes au sein des médias. En effet, nous avons beaucoup de femmes journalistes qui font entendre la voix de la femme nigérienne dans le paysage médiatique, des femmes opératrices de prise de vue maniant courageusement la caméra parmi leurs collègues hommes, mais aussi des femmes techniciennes qui manipulent avec dextérité les manettes dans les différents studios. D’autres parmi elles honorent l’image de la femme nigérienne en occupant valablement des postes de responsabilités.

En tant que Ministère de tutelle, nous œuvrons dans l’accompagnement tous ces efforts en veillant au respect de l’équité de genre et à l’égalité d’accès aux médias des hommes et des femmes.
Pour finir, permettez-moi d’adresser mes souhaits de bonne fête à l’ensemble des femmes nigériennes. Aussi, j’ai une pensée particulière pour toutes ces femmes du monde rural qui se battent sur tous les fronts afin de subvenir aux besoins de leur famille, en trimant sans cesse aux travaux ménagers, dans les champs, sur les périmètres maraichers, etc. Je n’oublie pas non plus nos sœurs vivant dans nos villes qui se battent pour apporter leur contribution dans l’affirmation des droits de la femme nigérienne. Bonne fête à toutes les femmes du Niger !

Réalisée par Assane Soumana (ONEP)
13 avril 2017
Source : http://lesahel.org/

 

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