Interview du Président du Comité d’organisation de la 37ème édition de la célébration du Mouloud à Kiota : « Le Mouloud, une façon de rendre grâce à Dieu, d’exprimer sa joie et de chanter les louanges du Prophète Mohamed (PSL) », déclare Cheick Barham Abo

eDu vendredi 8 au samedi 9 novembre dernier, la Communauté musulmane du Niger, à l’instar de celle du monde entier a célébré le Mouloud qui commémore la naissance du Prophète Mohamed (PSL). Comme à l’accoutumée, la célèbre ville de Kiota a aussi célébré cet anniversaire, qui est un évènement culturel et traditionnel chez les Tidjanes. En plus de l’aspect culturel, cette commémoration a aussi une dimension socio-économique. Dans cet entretien, Cheikh Barham Aboubacar Hassoumi, président du Comité d’organisation de ladite activité, décline le sens du Mouloud, les innovations apportées à cette édition, la participation des fidèles ainsi que les autres activités que se tiennent, en marge de ladite fête.

M. Cheick Barham, pouvez-vous nous expliquer ce qu’est le Mouloud pour le musulman?

Avant toute chose, je voudrais adresser mes remerciements à l’ONEP, à travers ses éditions à savoir : le Sahel et le Sahel Dimanche, pour sa constance. Particulièrement à sa Rédaction, qui s’efforce, chaque année, de couvrir le Mouloud. De façon succincte le Mouloud c’est la célébration de l’anniversaire du Prophète et Messager d’Allah Mohamed (PSL), donc la commémoration de sa naissance. Elle correspond à la 12ème nuit de Rabi’u Alwal. Cette célébration s’inscrit, dans le cadre d’une tradition islamique. Qui dit tradition ne parle pas de religion, une tradition est culturelle. Donc par définition, le Mouloud est un évènement culturel, avant d’être religieux. C’est ce que ses détracteurs ignorent et qui traitent le Mouloud comme une religion et lui applique un jugement s’appliquant à une religion. Parce que, si tu rates un Mouloud tu n’es pas obligé de le rembourser comme c’est le cas de la prière. En fait, tu peux rater autant de Mouloud que tu veux. Ce n’est pas une obligation. Le Mouloud est une réjouissance, une fête, un anniversaire, pour donner de la joie dans les cœurs, dans les foyers, dans la communauté. Dans le temps, les premiers qui célébraient le Mouloud donnaient à manger à tout le pays, qui était en fête. C’étaient des riches rois qui le célébraient à l’échelle nationale. C’était à Herbil, en Irak que le Mouloud a commencé, avec le Roi Zafaroudine. A son temps, un mois à l’avance, il commence les festivités du Mouloud. Il aménage des espaces, des stands, embellissait la ville et permettait aux groupes artistiques, aux niveaux des stands, de chanter des louanges au Prophète Mohamed (PSL). Chaque nuit, le roi passait de stand en stand pour voir et écouter les louanges. Au-delà de cette joie, de cette reconnaissance, de cette commémoration, le Mouloud consiste, à exprimer la gratitude de la Communauté, à Dieu, pour avoir donné à cette Ummah, ce Prophète magnifique et Messager d’Allah. C’est donc d’abord une façon de rendre grâce à Dieu, d’exprimer sa joie, ensuite on fait les louanges du Prophète. A l’occasion, on lit sa Sainte biographie (Sira), mais aussi, on présente sa Rissala, son Message universel, qu’il a apporté. On explique en quoi ce message consiste et quels sont les points saillants de ce message, destiné à toute l’humanité. Comme on ne peut exposer ce message en une seule nuit, on tient compte de l’actualité. C’est le cas actuellement du terrorisme. C’est en effet, le moment de montrer que le Prophète n’a ni amené, ni prêché le terrorisme. Au contraire, l’Islam est une religion de paix, c’est cela qu’il a prêché. On peut aussi parler, de nos jours de l’immigration, de la gouvernance. Ainsi, la biographie et la vie du Prophète offrent assez de matières pour gérer le présent et l’avenir de nos communautés.

On constate que de personnes de plusieurs nationalités viennent, chaque année à Kiota, pour célébrer le Mouloud. Qu’est-ce qui explique cet engouement ?

En général, les gens viennent d’un peu partout, mais le gros de la troupe vient du Nigeria voisin. Cette année aussi, malgré la fermeture de la frontière, les gens sont quand même venus en masse. Il y a eu un accord entre les autorités nigériennes et nigérianes, pour faire une petite ouverture, au niveau de la ville frontalière de Kamba, afin de permettre aux participants du Nigéria de prendre part à cette grande rencontre. Les gens viennent aussi du Sénégal, de la Côte d’Ivoire, du Ghana, du Togo, du Bénin, du Mali, du Soudan, du Tchad, du Cameroun, de la Mauritanie, du Maroc, d’Algérie, de l’Egypte, etc. il y a aussi ceux qui viennent de l’Europe. Toujours par rapport à l’affluence, chaque année elle devient, de plus en plus, importante. Ainsi, les participants augmentent d’année en année. Nous n’avons pas actuellement des statistiques précises. Mais selon les services de la Gendarmerie nationale, lors du Mouloud de 2016, environ 70.000 véhicules ont été recensé à l’entrée de Kiota. Cette année, la Police a promis de faire des statistiques, par rapports aux véhicules qui viennent à Kiota pour le Mouloud. Donc, quand on a 70.000 véhicules, toutes catégories confondues, et si on fait une moyenne de 10 personnes, on peut facilement arrondir le nombre de participants à 700.000 personnes, pour la veille et le jour du Mouloud. Si on augmente à ces chiffres le nombre de ceux qui étaient venus deux, trois jours et même une semaine avant le Mouloud, on peut estimer le nombre de participants, au cours de l’année 2016, à plus d’un million. Ainsi, selon la Gendarmerie nationale, le nombre de participants au Mouloud 2016, dépasse le million de personnes. Cette grande affluence montre que les Nigériens et les autres participants aiment leur religion, croient et aiment leur Messager et ont intégré le Mouloud comme une tradition, comme une culture. Il faut dire que le Mouloud est, après le pèlerinage à la Mecque, l’évènement le plus mobilisateur et cela que ce soit à Kiota ou ailleurs. Donc il est sérieusement ancré dans la tradition des musulmans.

Quelle autre dimension peut avoir le Mouloud ?

Non pas du tout. En effet, le Mouloud n’est pas que culturel, il est aussi social et économique. En effet, lors de cette activité, des mariages sont célébrés (plus de 100 mariages sont ainsi célébrés), des conversions à l’islam sont enregistrées. De nombreuses personnes qui ont duré sans se voir ou avoir de leurs nouvelles, se retrouvent entre parents, amis et connaissances. Par ailleurs, lors du Mouloud, diverses activités commerciales se développent plusieurs jours durant. Des petits aux grands commerces font des affaires durant cette période. Les gens trouvent tous ceux dont ils ont besoin pour les mariages, pour la consommation courante, etc. J’ai personnellement connu un cousin Touareg qui m’a affirmé avoir facilement écoulé 60 tonnes de dattes, une année, au cours d’une période du Mouloud. Durant des mois, les gens font des économies en attendant le Mouloud pour les dépenser. Les populations locales louent les devantures de leurs maisons, à des prix d’or, pour permettre aux vendeurs d’écouler leurs produits. Il y a une sorte de foire de la CEDEAO qui se tient, chaque année à Kiota. C’est dire qu’en plus de la dimension culturelle, le Mouloud a aussi une dimension sociale et économique.

Cette année Kiota célèbre la 67ème Edition du Mouloud. Quelle est la spécificité de cette édition par rapport aux précédentes

La particularité de cette édition est qu’on est à un tournant de l’organisation de cette commémoration. Plusieurs dispositions ont été prises pour sécuriser, encore plus, cette activité. En effet, cette année, pour des raisons sécuritaires, une particularité est observée dans l’organisation à savoir la mise en place d’un Commissariat de Police, l’encadrement de toute la zone par les Forces de Défense et de Sécurité, le placement de nombreuses grilles et portails (qui remplacent ainsi les grillages et les bois), pour le contrôle des entrées dans le périmètre de la mosquée et ses environs, ainsi que la confection des badges. Bref, cette année, le dispositif sécuritaire a été considérablement renforcé au niveau de la ville et ses environs. Les innovations, concernant l’organisation, dans les meilleures conditions de la fête du Mouloud vont se poursuivre l’année prochaine. Le Comité d’organisation, que je préside, est en train de travailler là-dessus. Par rapport à l’Université du Mouloud, nous ne l’avons pas organisé pour des raisons de calendrier. Nous avons déjà animé, trois nuits durant les soirées de Kiota. Mais nous comptons poursuivre ces rencontres au sortir du Mouloud, notamment par rapport aux conférences au niveau de certains endroits comme l’Université Abdou Moumouni, le CCOG. Toujours après le Mouloud nous allons décider par rapport aux activités culturelles qui concerneront le concours des chants soufis, aussi bien à Kiota que dans d’autres mosquées tidjanes. Nous allons également réfléchir sur le thème retenu cette année qui est ‘‘Les groupes Tidjanes au Niger face au nouveau texte de loi sur les cultes’’ et par rapport au document sur la Stratégie nationale pour la pratique des cultes, qui va changer les rapports que le fidèles entretiennent avec les cultes. Les Tidjanes, qui sont majoritaires au Niger, doivent en prendre connaissance et s’organiser et nous les convions à prendre part à ces universités pour suivre les échanges et s’informer sur la Tidjania et les voies à suivre pour se mettre en convergence avec ces nouveaux textes.

Réalisée par Mahamadou Diallo(onep)

18 novembre 2019
Source : http://www.lesahel.org

Imprimer E-mail

Interview