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Interview

Kalla Moutari Interview 02Pour le ministre nigérien de la défense, les rivalités communautaires, le manque de confiance en l’Etat et les trafics illicites profitent aux terroristes.
La bande sahélo-saharienne est au cœur des préoccupations sécuritaires des pays occidentaux mais les moyens engagés sont-ils à la hauteur de l’enjeu ? Alors que la force régionale du G5 Sahel se met en place et que des enquêteurs américains se sont rendus, dimanche 12 novembre, sur le site où quatre de leurs soldats ont été tués début octobre, le ministre nigérien de la défense, Kalla Moutari, s’exprime dans un entretien au Monde Afrique.

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Kalla Moutari estime que les forces armées nigériennes ainsi que celles de pays alliés, tels que la France et les Etats-Unis, ne sont pas parvenues à « faire la différence » dans le combat contre les groupes djihadistes qui opèrent à la frontière avec le Mali.

En un mois, deux attaques djihadistes le long de la frontière du Niger avec le Mali ont fait 22 morts parmi les forces de sécurité, dont quatre membres des forces spéciales américaines à Tongo Tongo le 4 octobre. Comment expliquer la fragilité de cette frontière ?
Kalla Moutari Les communautés de cette région [Peuls et Touaregs du groupe Daoussahak] ont développé une rivalité. Elles se renferment sur elles-mêmes, elles se protègent. Dans ce contexte, la lutte antiterroriste devient particulièrement difficile.

Le 21 octobre, treize gendarmes ont été tués à Ayorou, dans la région de Tillabéri (nord-ouest). Comment les assaillants ont-ils pu opérer une telle incursion et repartir au Mali voisin sans être inquiétés ?
Après l’attaque de la gendarmerie, nous les avons poursuivis. Les forces aériennes les ont repérés dans un village de la frontière, du côté malien. On ne pouvait pas vraiment intervenir afin d’épargner la population civile. Mais nous les avons « fixés » avec des avions équipés de caméras. L’idée était de les attaquer quand ils sortiraient du village. Or la traque s’est révélée infructueuse. Ils sont sortis, on ne les a pas vus. Cela fait mal. Il nous faut l’expliquer à l’opinion. Comment des armées équipées, la nôtre et celles de nos alliés [français et américains], ont-elles échoué jusqu’à présent à faire la différence ? C’est la question. Comment se fait-ils que les terroristes s’en sortent ainsi après leurs attaques ? Dans cette zone frontalière de Tillabéri, il nous faut nous organiser et convaincre. Or pour le moment, nos armées n’ont pas convaincu.

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Une des explications n’est-elle pas le défaut de coopération de la population locale ?
Il n’y a pas vraiment d’adhésion idéologique au projet djihadiste dans cette région. Il y a du trafic, du banditisme, des intérêts partagés autour d’activités illicites. Et il y a aussi la peur. Les terroristes liquident ceux qui leur résistent. Quand une armée ne protège pas, les gens tendent à ne pas s’exposer. Le jour où l’armée arrivera à protéger, la population collaborera, elle nous prêtera main-forte. Nous avons impérativement besoin de rassurer la population. Nous ne sommes pas encore adaptés à cette guerre qu’on nous impose.

Que pensez-vous du type de coopération que vous avez nouée avec vos partenaires français et américains ?
Nous attendons de nos amis qu’ils nous aident à mieux équiper nos armées, à partager les renseignements et à mieux former nos hommes. Pour le reste, on s’en occupe.

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Suggérez-vous que le partage du renseignement est insuffisant ?
Nous souhaiterions un partage plus franc des informations.

13 novembre 2017
Source : http://www.lemonde.fr/

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