vendredi, 30 mars 2012 21:52

L’air du temps : confusion et paradoxe

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SanogoLe chef de la junte, le capitaine Amadou Sanogo, le 30 mars à Bamako Crédits photo : LUC GNAGO/REUTERSDepuis quelques jours, tous les projecteurs  de l’actualité sont braqués vers le Mali où, depuis un peu plus d’une semaine, règnent le paradoxe et la confusion. Le paradoxe qui apparaît à travers ces images mettant en scène des hommes en armes qui, après avoir perdu la face devant les

rebelles dans le nord du pays, décident de descendre, un mercredi 22 mars 2012, dans les rues de la capitale malienne, en tirant  des coups de feu à qui mieux-mieux, semant ainsi la panique générale dans tous les quartiers. La suite, on la connaît : après avoir investi les locaux de la télévision nationale pour y déloger journalistes et techniciens, les militaires, qui s’identifiaient jusque-là à des mutins, apparaissent au petit matin sous un tout autre visage, celui de putschistes ! La cause est entendue, mais la surprise des observateurs fut totale. D’autant que le pays n’était plus qu’à moins de deux mois des élections présidentielles devant permettre le passage du témoin, dans les pures règles de la démocratie, à celui qui sera appelé à succéder au Président sortant ATT.  Pour justifier cette irruption sur la scène politique, le nouvel homme fort du Mali invoque la ‘’faiblesse et l'incompétence" du Président ATT dans la gestion de la crise qui sévit dans le nord du pays, jetant ainsi des milliers de paisibles citoyens sur les chemins escarpés de l’exil. Et très paradoxalement, le Capitaine Sanogo, lui-même n’a trouvé mieux à faire que d’inviter les chefs de la rébellion à la table des négociations. Et au moment où les militaires cherchent à asseoir leur pouvoir les rebelles eux  avancent et occupent le terrain.
Et plus la communauté internationale condamne, plus la confusion s’installe. C’est ainsi que la classe politique malienne se retrouve divisée en deux pôles : le camp des ‘’pro-junte’’ et celui des ‘’anti-junte’’. C’est dans ce contexte, qu’à l’issue du Sommet extraordinaire des Chefs d’Etat de la CEDEAO sanctionné par une attitude de fermeté à l’encontre de la junte, le ton monta d’un cran à Bamako où plusieurs milliers de manifestants pro-junte prirent d’assaut les rues pour crier leur hostilité à la CEDEAO. Ils iront plus loin en occupant, hier, le tarmac de l’aéroport Sénou de Bamako où devaient atterrir les avions des cinq Chefs d’Etat désignés par la CEDEAO pour engager la médiation avec les putschistes. Même si, aux yeux de certains observateurs peu avertis, ce comportement des ‘’pro-junte’’ n’est qu’un épiphénomène, il y a lieu de mesurer la gravité d’un tel acte. On peut en effet penser que c’est tout l’avenir de l’intégration sous-régionale qui se joue actuellement dans ce dossier malien. Car, tout semble dire qu’on ne veut de l’intégration sous-régionale que pour jouir des immenses avantages qu’elle offre aux peuples réunis au sein de ce vaste de solidarité qu’est la CEDEAO. Ainsi, quand c’est pour jouir des privilèges de la libre circulation des personnes et des biens, on en veut et c’est formidable. Mais quand la CEDAO décide de sanctionner un acte anticonstitutionnel, on crie à l’ingérence. Voilà une autre bizarrerie qu’il convient de régler au plus vite pour permettre à l’intégration sous-régionale d’aller de l’avant et à pas sûrs.
Assane Soumana

30 mars 2012
Publié le 30 mars 2012
Source : Sahel Dimanche

Dernière modification le samedi, 31 mars 2012 05:34