samedi, 01 décembre 2012 01:23

L’air du temps : si j’étais législateur…

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ETATS-GENERAUX-DE-LA-JUSTICEC’est avec un intérêt particulier que le commun des Nigériens a suivi les débats engagés tout au long des travaux des Etats généraux de la justice, largement couverts par les médias. Force est de constater que sur tous les thèmes abordés, les participants n’ont pas voulu adopter la langue de bois pour occulter certains contours sombres du système judiciaire national.

Cela a été surtout remarquable lorsque les participants au forum ont abordé la question relative au phénomène de la corruption. Sur ce point somme toute crucial, il est ressorti une certaine unanimité de vue sur le fait que la poire devrait être équitablement tranchée en deux entre les corrupteurs et les corrompus. S’accordant sur le fait qu’il n’y a pas de corrompus sans corrupteurs, des voix se sont élevées pour conclure, du haut de la tribune, qu’en fait de corruption, « nous sommes tous coupables ! ». Voilà qui est dit…Le mal est désormais identifié, maintenant, il s’agit de savoir quelles sont les mesures idoines qu’il nous revient de prendre pour l’extirper de notre vie. La solution semble des plus faciles aux yeux de certains qui pensent que les textes sont clairs et qu’il suffisait d’appliquer la loi dans toute sa rigueur pour en venir à bout du phénomène.

 

Mais en réalité, la solution n’est pas si simple que ça. Car, comme pour compliquer la tâche la loi, en frappant et le corrompu, et le corrupteur de la même peine, ne fait que susciter la création d’une sorte de complicité tacite, qu’on pourrait appeler la ‘’conspiration du silence’’, entre les deux acteurs. En effet, on voit mal un usager de service public qui a dû ‘’mettre la main à la poche’’ pour obtenir la signature d’un document se précipiter pour dénoncer celui qui l’a obligé à ‘’faire un geste’’, quand il sait qu’il sera finalement condamné de la même peine que le corrompu. Aussi, peut-on croire, en dépit des plaintes et des désapprobations générales enregistrées au cours des débats, que la corruption a encore des beaux jours devant elle quand la voie de la dénonciation n’est pas dégagée de tout risque de poursuite. Aussi, si, moi, j’étais législateur, je voterais toute de suite une loi pour récompenser le corrupteur passif qui viendrait à se plaindre de l’agent l’ayant obligé à le soudoyer. Si j’étais législateur, je voterais une autre loi pour récompenser mille fois, l’agent qui, résistant aux flammes de la tentation, crachera sur une belle ‘’botte’’ de billets de banque pour se plaindre de l’usager ayant tenté de le corrompre pour obtenir gain de cause dans un litige où il se savait perdant. Hélas, je ne suis pas ce faiseur de lois…

Assane Soumana

30 novembre 2012
publié le 30 novembre 2012
Source : Sahel Dimanche

Dernière modification le lundi, 03 décembre 2012 07:09