vendredi, 04 janvier 2013 07:00

L’air du temps : une couleuvre difficile à avaler…

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Assane Soumana 2M. Assane Soumana -Encore une histoire telle qu’en raffolent les Niaméens ! Une histoire à forte teneur de mystère et de sensation qui domine la chronique en faisant couler beaucoup de salive au sein de la ville. Elle se raconte à peu près en ces mots : ‘’Une femme vient de mettre au monde un serpent à la maternité.

On l’a vu à la télévision !...’’. Effectivement, les images insolites montrant un mystérieux serpent jaillissant de l’entre-jambe d’une dame couchée ont été diffusées, dimanche dernier, sur le ton d’un scoop, par certaines télévisions de la place. Ces lancinantes images du mystérieux ‘’bébé’’ et de sa ‘’mère-miraculée’’ ont été ensuite relayées et repassées presque en boucle sur les mêmes antennes. Pour une histoire croustillante, les amateurs en ont eu pour leur curiosité. Avant tout, ne leur en fallait-il pas une du genre pour éviter de voir leur gorge se dessécher à petit-feu, faute d’avoir trouvé quelque chose à se mettre sous la langue depuis un certain temps? Et aussitôt le système de communication de bouche à oreille, assurément très dynamique, fera le reste du boulot pour répandre la nouvelle dans tous les salons de la ville. Comme l’on peut l’imaginer, la nouvelle fit l’effet d’une bombe pour les femmes devant être admises en maternité pour la délivrance. Craignant les conséquences de cette énigme non encore élucidée, ces dernières évitèrent de se faire admettre dans la maternité hantée par l’image du…‘’serpentin’’. Non ! Au fait s’agit-il de ‘’serpentin’’ ou ‘’serpentine’’ ? Toujours est-il que le centre qui d’habitude enregistre plus d’une dizaine d’accouchements par jour, n’en a noté que trois au lendemain des faits. Réagissant à cette situation qui a commencé par prendre le revirement d’un jet de discrédit sur l’établissement concerné, les responsables sanitaires n’ont pas tardé à  réagir. Le Professeur gynécologue Madi Nayama est on ne peut plus clair : ‘’Il ne peut pas avoir d’accouchement d’un serpent par un humain. Car, les humains sont des mammifères et les ophidiens sont des ovipares, c'est-à-dire des être qui se reproduisent à travers des œufs. Et le ministre de la Santé Publique de conclure en ces mots : ‘’ça sent l’arnaque en plein nez…’’.  Autrement dit, une fois de plus, on a tenté de nous faire avaler une…couleuvre !

 

Dans tous les cas, des histoires rocambolesques comme celle-là, relèvent du domaine du déjà entendu. Rappelez-vous de la femme qui aurait été ‘’transformée en serpent pour se fondre dans la nature pour avoir obligé son mari à mettre en gage le Saint Coran pour lui acheter des chaussures’’. Souvenez-vous également, qu’en mars 2008, on a abreuvé le public d’une histoire de ‘’pluie de viande’’ qui aurait failli inonder un village dans la région de Tillabéri, sous le prétexte qu’une méchante marâtre a refusé un morceau de viande à un orphelin. C’est dans ces mêmes conditions qu’une rumeur non moins brumeuse a fait courir la hantise de l’apparition, dans la zone d’Ayorou, d’un monstrueux animal qui ne faisait des hippopotames qu’une bouchée. Il est vrai que l’humanité a besoin de ritualisation et de spiritualité pour mieux sonder l’inexplicable. Mais de là à célébrer le culte du mensonge, il y a un pas à  ne pas franchir.

Face à  de tels agissements, les services compétents doivent avec rigueur et énergie punir ces bonimenteurs patentés qui distillent des ‘’info’’ trop intox, pour délit de mensonge, tel que prescrit par la  loi en vigueur. Car, même si beaucoup de gens l’ignorent encore, le mensonge est un délit qui, tout comme le vol, peut conduire son auteur en prison.

Assane Soumana

04 janvier 2013
publié le 04 janvier 2013
source : Sahel Dimanche

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Dernière modification le samedi, 05 janvier 2013 09:06