vendredi, 27 juin 2014 05:33

L'air du temps : Haro sur la surenchère !

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Ramadan KarimA la veille de l’avènement du mois du Ramadan, tout tourne autour du sucre. En effet, selon une certaine tradition, désormais bien établie, à l’approche du Ramadan, tout bon ‘’patron’’ doit se soumettre à la règle consistant à distribuer l’indispensable sucre utilisé pour accompagner le jeûne du Ramadan aux parents, amis, connaissances et voisins.

Déroger à la règle pourrait être assimilé à l’avarice, voire à une certaine ingratitude. Aussi, actuellement, l’heure est au branle-bas général pour l’approvisionnement en sucre. Ce sont des tonnes et des tonnes de sucre qui sont acheminées ici et là, d’un point à l’autre de Niamey, voire vers l’intérieur du pays. Services, personnalités, responsables politiques, personnes nanties, chacun est tenu de distribuer l’incontournable cadeau de sucre.


Au regard de cette situation marquée par une très forte demande sur le marché, les prix du sucre et de bien d’autres denrées se trouvent placés au centre d’une vaste spéculation entretenue par des commerçants véreux aux dents longues. Car, l’occasion faisant le larron, les cupides commerçants y trouvent une bonne opportunité pour faire grimper les prix. Ainsi, ils créent  à dessein une pénurie des produits les plus prisés pendant cette période, notamment les céréales, le sucre, l’huile alimentaire, et autres produits de grande consommation, puis augmentent les prix. Conséquence, le panier de la ménagère se rétrécit, obligeant les jeûneurs à certaines acrobaties pour joindre les deux bouts. En dépit des dispositions prises par l’Etat, généralement de concert avec les mêmes commerçants, en vue d’atténuer la boulimie de ces derniers, rien n’y fit. Passant outre les décisions prises par les autorités et les appels à la retenue des oulémas, les spéculateurs sans foi ni loi n’en font qu’à leur tête. Sachant que la spéculation est un acte fortement interdit par l’Islam, nos irréductibles ‘’chasseurs de riba’’ déroulent leur triste jeu, avec le jeûne…’’à la bouche’’. Et, aussi paradoxalement que cela puisse paraitre,  à l’appel du muezzin, ces derniers sont les premiers à envahir les mosquées pour se placer au premier rang des fidèles.


Le plus dangereux avec ce jeu de surenchère, c’est de constater qu’en général au Niger, quand les prix montent, même de façon circonstancielle, c’est pour ne plus redescendre. En effet, à  chaque fois qu’on assiste à une hausse de prix à la suite d’une situation de pénurie des produits, lorsque l’on revient à la normale, cette hausse demeure intacte et pour toujours. Du moins, jusqu’à la prochaine  pénurie qui entrainera une autre hausse. Ce qui fait dire aux observateurs attentifs qu’au Niger, quand les prix grimpent, ils ne redescendent jamais. Nous aurions voulu croire que le mois béni du Ramadan sera exempté d’un tel comportement assimilé à un grave péché. Hélas, ce n’est pas le cas…

Assane Soumana

27 juin 2014
Publié le 27 juin 2014
Source : Le Sahel
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