vendredi, 23 janvier 2015 06:35

L'air du temps : Les stigmates d’une journée de folie

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Manifestants Charlie H NiameyPour avoir suivi le déroulement des événements ayant émaillé les tristes journées de samedi et de dimanche derniers de très loin, depuis Cotonou où nous prenions part à une formation des journalistes organisée par la Commission de l’UEMOA en prélude au Sommet des Chefs d’Etat et de Gouvernement de l’Union, nous n’avions pas perçu, tout de suite, l’ampleur des troubles, encore moins du désastre perpétré par les manifestants.

Dans le hall de l’hôtel Mariana Bénin où étaient logés tous les  invités du Sommet venus des huit pays membres de l’UEMOA, les chaines de télévisions relayaient en boucle les contours de la manifestation en mettant l’accent sur certains aspects très gênants de la chose, à  savoir l’incendie des églises et la destruction des biens publics et privés. En plus de voir les images sur l’écran, il nous fallait encore supporter les interrogations et les sarcasmes des autres confrères qui ne cessaient de nous demander : ‘’Mais qu’est-ce qui se passe chez vous là ?’’. En fait, dans beaucoup de cas, le ton était plus à l’accusation qu’à la compassion. Et vous devinez pourquoi…Autant dire que pour nous autres Nigériens qui étions au milieu de cette foule bigarrée des ressortissants de la sous-région, ces tristes événements ont été vécus dans un mélange d’amertume et de gêne: amertume de voir notre cher pays basculer dans l’horreur, le temps d’une saute d’humeur de jeunes gens, dont la plupart sont sans foi ni loi;  gêne de devoir supporter les remarques désobligeantes de certains observateurs.

Et à notre arrivée à Niamey, deux jours après les faits, en découvrant les décombres, les stigmates de ces douloureux événements sont plus visibles et plus cruelles que les frustrations ressenties face aux jugements qui se cachent derrière certains regards extérieurs. Des lieux de culte et des centres de loisirs calcinés, des rues et des carrefours salement endommagés par les flammes des pneus brûlés, des infrastructures démolies, des panneaux et des lampadaires littéralement désintégrés, bref, rien que des tas de ruines et la désolation ! Et que dire des lourdes pertes en vies humaines et des innombrables blessés? Des innocents, victimes d’une mort gratuite, et beaucoup  d’autres blessés pour rien…A cela, nous disons, non ! Non, aux fossoyeurs de la quiétude sociale et de la paix ! Non à la démolition des biens publics et privés, des immeubles construits brique par brique aux prix de mille efforts et sacrifices partis en fumée le temps d’une journée de folie…Oui, il est plus facile de détruire que de construire. Mais à  défaut de construire, tâchons de préserver les acquis.

Non, le spectacle et les scènes que nous avons offert aux yeux du reste du monde n’ont vraiment rien de la vraie image du Niger, notre cher pays. De tout temps et en toutes circonstances, le Niger a su montrer à la face du monde cette image d’un pays fier de sa dignité et garant des valeurs de paix et d’unité. Toutes choses pour lesquelles les Nigériens jouissent d’un grand respect une fois au-delà de nos frontières. Voilà pourquoi nous devons savoir contenir nos pulsions dévastatrices, quelle que soit la situation.

Assane Soumana

23 janvier 2015
Source : http://lesahel.org/