samedi, 11 juin 2016 02:27

L'air du temps : Quand la boulimie plombe la foi et la dévotion

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Assane SoumanaMois de piété, de jeûne et de privation, le mois de Ramadan est aussi paradoxalement que cela paraisse, le mois de très haute consommation. La demande étant très forte sur le marché, le sucre et bien d’autres denrées font l’objet d’une vaste spéculation entretenue par des commerçants véreux. Car, l’occasion faisant le larron, les cupides commerçants trouvent là une bonne opportunité pour faire grimper les prix.

La tactique consiste à créer, à dessein, une pénurie des produits les plus prisés pendant cette période, notamment les céréales, le sucre, l’huile alimentaire, et autres produits de grande consommation, puis d’en augmenter les prix. Conséquence, le panier de la ménagère se rétrécit, et les fidèles jeûneurs sont obligés de s’adonner à certaines acrobaties pour joindre les deux bouts.


En dépit des dispositions prises par les autorités en vue d’atténuer un tant soit peu les effets de la boulimie financière des spéculateurs aux dents longues, généralement de concert avec ces mêmes commerçants, rien n’y fait. Passant outre les mesures des autorités, les appels à la retenue des oulémas, ainsi que leurs propres engagements pris,  beaucoup de vendeurs et de revendeurs n’en font qu’à leur sans foi ni loi n’en, font qu’à leur tête.


Sachant que la spéculation est un acte fortement interdit par l’Islam, nos irréductibles ‘’chasseurs de riiba’’ déroulent leur triste jeu, tout musulmans et jeuneurs qu’ils soient. Et, aussi paradoxal que cela puisse paraitre, à l’appel du muezzin, ces derniers sont les premiers à envahir les mosquées pour se placer au premier rang des fidèles.

 

Le plus dangereux avec ce jeu de surenchère, c’est de constater qu’en général, au Niger, quand les prix montent, même de façon circonstancielle, c’est pour ne plus redescendre. En effet, à chaque fois qu’on assiste à une hausse de prix à la suite d’une situation de pénurie des produits, lorsque l’on revient à la normale, cette hausse demeure intacte et pour toujours.


Du moins jusqu’à la prochaine pénurie qui entrainera une autre hausse. Ce qui fait dire aux observateurs attentifs qu’au Niger, quand les prix grimpent, ils ne redescendent jamais. Nous aurions voulu croire que le mois béni du Ramadan sera exempté d’un tel comportement assimilé à un grave péché. Hélas, ce n’est pas le cas…

Assane Soumana(onep)

11 juin 2016
Source : http://lesahel.org/