L'air du temps : A Niamey, quand ça frime…

Quand on dit que ‘’femme n’a pas pitié de la vie’’, certains ne comprennent pas tout de suite. Pourtant, à Niamey, les bombances dans lesquelles excellent nos sœurs à l’occasion des réjouissances de mariage et de baptême suffisent à elles seules pour nous permettre d’en faire une claire perception. Pour frimer à l’occasion de ces cérémonies, les filles font feu de tout bois. C’est ainsi qu’elles ont inventé l’uniforme de mariage, elles y ont ajouté celle du baptême, puis autres tenues que chacune doit s’efforcer d’avoir pour certaines étapes précises de ces réjouissances. Et, mine de rien, pour un mariage ‘’digne de ce nom’’, les filles vous porteront pas moins de trois habits différents, les uns toujours plus coûteux que les autres : le pagne d’uniforme ouvert au ‘’grand public’’, le fameux bazin, avec les modèles comme ‘’Miel’’, ‘’Belle dame’’ et que sais-je encore, généralement porté au cours de la partie d’animation assurée par un orchestre, mais aussi la superbe tenue de soirée pour le cocktail de mariage. D’accord, c’est bien ! Mais, vu sous l’angle des dépenses superflues que tout cela implique, c’est vraiment…outrancier !

Tout cela pour frimer et épater les autres invités. S’y ajoutent les artifices et les manières. Passe encore l’extravagance du Make-up appliqué pour se faire un autre visage plus rayonnant. Et comme ces rencontres prennent souvent l’allure d’un véritable concours de beauté et de moyens matériels, la différence se joue au niveau de la démarche, de la manière particulière de porter le sac à main de grande marque, les lunettes de charme, et surtout les clés de la voiture, de façon à ce que les marques soient bien visibles, etc.

La marque du Smartphone entre également en ligne de compte dans ce jeu subtile du ‘’m’as-tu-vu-tisme’’. Ainsi, les détentrices des téléphones portables de grande marque et de dernière génération, assurément les plus coûteux, ne ratent pas la moindre occasion d’afficher l’ergonomie de leur appareil. Pour ce faire, les unes se plantent au milieu du cercle pour filmer quelques séquences du spectacle, la finalité étant de déployer joyeusement leur Smartphone de dernier cri. D’autres, en revanche, vont jusqu’à simuler des appels pour sortir leur IPhone, l’astuce consistant à exhiber sous les regards de la foule la fameuse pomme estampillée sur la façade arrière.

Et quand l’ambiance devient surchauffée, les sacs à main dévoilent leur contenu en se vidant. C’est là que commence le grand jeu ! Et là, les parties d’animation des orchestres dégénèrent en scènes de pluies diluviennes de billets craquants déversés sur la tête du chanteur, sinon d’une danseuse se trémoussant au milieu du cercle. Et, comme pour attiser la convoitise des envieux, ces scènes sont soigneusement filmées et partagées sur les réseaux sociaux où elles feront le tour du monde. Avant tout, n’est pas frimeuse qui veut…

Assane Soumana

15 novembre 2019
Source : http://www.lesahel.org/

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